‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 111 sur 120 · DON ALONZO, OCTAVIO · texte numérisé non relu

DON ALONZO, OCTAVIO

don alonzo, froissant une lettre qu'il tient à la main.

Je déteste Valence et n'y veux plus rester Une heure.

OCTAVIO

La réponse est' rude à supporter.

don alonzo, déchirant la lettre*

Cette lettre est infâme, et, pour me satisfaire,

Je la mets en morceaux; — ah ! que ne puis-je en faire

Autant du capitaine et de tous ces ingrats

A qui j'ai lâchement demandé cent ducats?

Hélas! il n'est donc pas d'amitié véritable;

Ainsi donc Lucien nous raconte une fable.

Avec ses sept amis à la gloire desquels

vSa main voulut bâtir sept temples éternels,

Ce fut un vain mensonge.

LOPK J)K VEGA.

OCTAVIO

Aux beaux temps de la Grèce L'amitié pouvait être un titre de noblesse ; Aux nôtres, c'est un mot qui n'est plus de saison, Mensonge et fausseté, voilà notre blason.

DON ALONZO

Désormais, Octavio, que penser et que faire?

Tout me manque à la fois, même le nécessaire ;

Presque nu, je ne sors que la nuit, pour errer.

Et je prends son manteau pour ne pas me montrer

Avec celui que j'ai, le jour, à la lumière.

Oui ! moi qui, comme un fou, le partageais naguère

Ou plutôt le donnais à tous ces faux amis,

Voiià l'état affreux où le destin m'a mis.

Ah ! maudit soit le sort ! maudite la fortune!

Maudit le jeu semblable aux phases de la lune,

Et maudit soit l'amour de ces femmes sans nom

Qui, devant vos écus, ne disent jamais nonl

Hé bien, conseille-moi ! dis-moi. que faut-il faire

Pour sortir de Valence et me tirer d'affaire ?

fi

OCTAVIO

Prenez donc patience ; il vous en faut beaucoup, C'est vrai, mais ayez-en, écoutez jusqu'au bout ; On m'a partout vanté votre frère le comte.

DON ALONZO

Qui ? le comte mon frère ?

OCTAVIO

Écoutez.

DON ALONZO

J'aurais honte!

LES FLKURS DE DON JUAN

Mais faites-en l'épreuve.

DON ALONZO

Ah ! ce serait en vain.

OCTAVIO

Mais non ! II a le cœur généreux, noble, humain ; Depuis son mariage, il reçoit à sa porte De nombreux mendiants, nobles ou non, qu'importe Aucun n'en est jamais sorti sans quelque don.

DON ALONZO

N'en dis pas davantage, Octavio.

OCTAVIO

Pourquoi donc?

DON ALONZO

Ah ! je mourrais de faim que jamais la misère Ne me conseillerait d'aller trouver mon frère Pour lui rien demander, à lui que j'ai chassé, A qui tout fut par moi constamment refusé ; Ce serait à sa haine offrir trop de vengeance. As-tu le sens commun ?

OCTAVIO

Écoutez ! patience !

DON ALONZO

La faim t'a rendu fou.

OCTAVIO

Gardez un peu d'espoir; Sa porte, tous les jours, est ouverte le soir; On y voit circuler, lorsque le ciel est sombre, De nobles hidalgos, pauvres, habillés d'ombre, Et demandant ainsi l'aumône, incognito.

Les valets, sur son ordre, éteignent le flambeau, Et lui, donne à chacun un doublon au passage, Et quatre quelquefois, quand on a l'avantage D'éveiller sa pitié par des récits plus beaux. Avancez ! Il est nuit et l'heure est à propos ; Grâce à l'obscurité l'on ne peut vous connaître.

DON ALONZO

Hélas !

OCTAYÏO.

Dites un mot et vous verrez paraître Quelqu'un! C'est le moyen de sortir d'embarras. Frappez ! on va venir !

DON ALONZO

Je tremble et n'ose pas ; N'est-ce pas me livrer à sa juste vengeance?

OCTAVIO

On sort de la maison.

DON ALONZO

Est-ce lui qui s'avance ?

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