SCÈNE X
(Un salon dans la maison de don Alvar, à Tolède.) DONA SOL, SON ÉCUYER ET LUCINDE.
dona sol, rentrant. Prends ce manteau , Lucinde , et toi (s' adressant à l'écuyer), allume promptement un flambeau. lucinde. Est-ce que le roi vient?
dona sol. Il viendra.
l'écuyer. Il n'y a rien d'invincible au monde. dona sol. Que dis-tu?
l'écuyer. Que je suis presque épouvanté de voir que vous vous soyez rendue. [Il sort.)
dona sol. Le salut de mon mari me contraint et m'oblige.
lucinde. Est-il possible que le roi exige un si grand témoignage.
dona sol. Où peut s'arrêter la ruse du démon ? oh ! combien je suis née malheureuse ! Ce fut un triste jour, Lucinde, que celui où j'allai au- devant de mon sort1. — Oh ! plût à Dieu que jamais madame Léonore ne fût venue d'Angleterre, pour la perte de mon honneur et de ma vie ! Qui aurait pu penser qu'il dût en résulter tant de mal! Et puisque c'était écrit, pourquoi suis-je la femme d'un homme si élevé et si noble, que l'infamie qui s'attachera à mon nom doit se graver sur le bronze pour l'éternité. Je sens un frisson mortel dans toutes les chairs de mon corps. (L'écuyer revient avec le flambeau allumé.)
l'écuyer. Madame, voici le flambeau.
1 Le roi est allé recevoir, hors des murs de sa capitale, Éléonore, princesse d'Angleterre, qu'il a épousée. C'est là qu'il a vu pour la première fois dona Sol, que la curiosité avait amenée à ce spectacle.