‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 35 sur 120 · Acte Ier, scène Y · texte numérisé non relu

Acte Ier, scène Y

LOPE 1) E VISGA.

De deux beaux bras où l'on s'enlace ?

Pour qui le soleil produit-il L'or de ses rayons, et la lune L'argent, et les mers du Brésil La perle fine, blonde ou brune ?

Pour qui, produit plus merveilleux, Mille pierres empruntent-elles Aux claires étoiles des cieux Leurs couleurs et leurs étincelles?

Pour qui tous ces divins travaux?

Jusqu'aux vers dont l'art se déploie!

Ils font des cocons leurs tombeaux D'où va ressusciter la soie, Pour revêtir ce corps charmant Auquel nous devons notre vie....

[En se tournant directement vers Frédéric, et fui prenant la main

Je parle sérieusement ;

Écoute-moi bien, je te prie,

Frédéric! je veux, de ce jour.

Que tu cherches avec constance

Un digne objet à ton amour,

De haute ou bien d'humble naissance;

N'importe ! ii faut s'y conformer;

Je le jure sur ma couronne

Et par Dieu ! nul près de mon troue

Ne pénétrera sans aimer !

Car je suis convaincu qu'un homme

Qui n'a pas aimé, ne saurait

Etre ni loyal ni discret,

Et ne peut être un gentilhomme !

Et, quand je te parle d'amour,

C'est, vois- tu, d'un amour honnête

Qu'on puisse montrer au grand jour,

Et non d'une folle conquête

Qui met au niveau de la bête

Celui qui change tour à tour.

Tu m'as donc bien compris ?

oh! si les femmes ne voyaient i»as. 277

FRÉDÉRIC

Oui, sire !

Dès aujourd'hui je chercherai, Si je trouve, alors j'aimerai. —

(A part:) A peine, hélas ! si je respire ; Pourquoi chercher, quand j'ai trouvé?

Quel aimable empereur ! et comme ce caractère courtois et chevaleresque excuse bien les craintes du pauvre Frédéric ! Mais il compte sans la curiosité, ce défaut si pardonnable, que Dieu, en nous donnant la vue, a mis à sa disposition le plus beau de nos organes. — Isabelle, vêtue en paysanne, est revenue dans la forêt avec Flora et un vieux serviteur pour voir cet empereur , défendu; Othon, resté seul, la rencontre; frappé de sa beauté, il se fait passer pour un simple seigneur de la cour, et lui adresse déjà de tendres compliments auxquels elle échappe par la fuite ; mais le vieil intendant, retenu par l'empereur, lui dévoile le rang et le nom de son père; et voilà Othon résolu à passer la nuit chez ce gentilhomme disgracié. Jugez de l'état du jaloux Frédéric à la nouvelle de cette décision! Accompagner l'empereur jusque dans la demeure du duc Octavio, c'est amener, soi-même, le loup dans la bergerie ! Que dira-t-il lorsqu'il saura que ce n'est pas le destin qu'il doit accuser, mais la curiosité d'Isabelle qui lui a désobéi? Et il le saura bientôt, car à peine l'empereur a-t-il pardonné au duc , qu'il raconte son aventure à Frédéric et le charge de plaider sa cause auprès de cette charmante enfant qu'il aime déjà et qu'il est tout disposé à adorer.

— Ah ! perfide! dit alors tout bas Frédéric à la coupable.

— Quelle faute ai-je faite?— Demande-le aux chênes sous l'ombrage desquels tu as vu César. Quelle trahison ! — Quelle folle jalousie !

Ici se termine le premier acte ; au second, nous sommes à Naples , et le duc Octavio, rentré en grâce, est revenu à la cour; l'empereur ne lui a pas seulement pardonné, il lui a rendu ses richesses et Fa attaché à sa personne : aussi partout on attribue la cause de cette soudaine faveur à l'amour que Fempereur a pour la fille du vieux duc. Frédéric a beau la défendre, les courtisans sourient, et le comte Alexandre, entre tous, désire autant que lui que le cœur de Fempereur ne soit pas engagé, car lui-même est amoureux de la belle Isabelle. Voyez ce que c'est que la curiosité ! que de dangers elle attire ! Isabelle, au lieu d'un amoureux, en a déjà trois ; qui sait jusqu'où le nombre en montera ? Il est vrai que Frédéric lui rend la justice de n'être jaloux que de Fempereur; aussi reçoit-il, avec un sourire moqueur, les confidences du comte Alexandre, qui lui peint son entrevue dans le gracieux madrigal que nous allons citer.

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