‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 36 sur 120 · ALEXANDRE ET FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

ALEXANDRE ET FRÉDÉRIC

ALEXANDRE

Près de ce ruisseau je la vis, un soir, De Flora suivie, un moment s'asseoir

Sur le gazon vert de la rive ; Sa douce présence éveilla les fleurs Qui, voulant lutter avec ses couleurs,

Prirent une teinte plus vive.

Avec la ligne qu'elle avait

De quelque pêcheur empruntée,

Chaque poisson qu'elle prenait

Semblait une étoile argentée,

Mais toujours il se débattait!

J'osai lui dire alors: Madame,

Vous ne péchez que des ingrats ;

4 Acte 2% scène Ir€.

on! si les femmes ne voyaient pas.

Si tout poisson était une âme, Bien vite il serait dans vos bras.

FRÉDÉRIC

Charmant !

ALEXANDRE

Vous riez !

FRÉDÉRIC

Beau spectacle !

J'aimerais à voir ce miracle!

Les âmes des beaux amoureux, Pendant en l'air, comme des tanches, A l'hameçon de deux mains blanches, A l'amorce de deux beaux yeux.

ALEXANDRE

Hélas ! bientôt le jour s'enfuit Et l'ombre vint, car Isabelle Partait... le soleil avec elle, Et tous deux nous laissaient la nuit !

Les eaux se troublèrent ; L'écho semblait triste et perclus ;

Les fleurs se pâmèrent Et les oiseaux ne chantaient plus !

Non , ce n'est pas ce langoureux personnage qui inquiète Frédéric; mais il songe aux dangers qu'offrent à la vertu l'amour d'un souverain, les tentations de la richesse et de la puissance. Il exprime son trouble et ses inquiétudes dans le sonnet suivant :

Frédéric, seul1.

Pour fêter ses amours l'oiseau dans la ramée, Jetant étourdiment sa chanson aux échos,

1 Acte 2e, scène IL

LOFE 1) ï> VEGA.

Ne voit pas le chasseur caché sous les ormeaux, Qui l'écoute en tenant son arbalète armée.

On le vise, on le manque, et d'une aile alarmée. En se taisant, il fuit aux arbres les plus hauts, Et bientôt redescend de rameaux en rameaux, Pour ne pas s'éloigner de sa compagne aimée.

Ainsi l'homme, en aimant, chante au bord de son nid : Mais s'il devient jaloux, hélas ! il s'en bannit, Et le soupçon lui jette une flèche aiguisée.

Il fuit, craint et soupçonne, il s'éloigne et revient. Et, tant que le chasseur près du nid se maintient, Son cœur vole inquiet, de pensée en pensée.

Puis arrive son valet Tristan, qu'il a envoyé dans la nouvelle maison qu'occupe, avec son père, la trop curieuse Isabelle. lien fait un tableau charmant et poétique. Quelle transformation ! Ce pauvre duc hier réduit à vivre dans l'indigence et dans l'exil, maintenant riche et possesseur d'un palais splendide! Quel pouvoir a donc la beauté? 11 est dommage, ajoute-t-il, que ce pouvoir soit généralement de courte durée, et il continue .

TRISTAN

Une femme est fort belle chose, Tant que vieillesse ne vient pas, Mais quand elle parait... hélas !

Quelle triste métamorphose !

Tous leurs emplois sont résignés, C'est le tour de notre vengeance ; Et ceux qu'elles ont ruinés, Se payent, en leur riant au nez, Les frais de leur impertinence.

Les pauvres amants dédaignés

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