II ! SI LES FEMMES NE VOYAIENT PAS
Changent en dédain leur louange.
Plus de divinité, plus d'ange !
La rose et le lys sont fanés ; Maintenant, les plus nonchalantes A se montrer sur leurs balcons, S'enrôlant dans les vieilles tantes, Gourent la rue en chaperons, A des heures compromettantes.
Et telle, que je comparais A lune et soleil tout ensemble, Vraiment, à s'y tromper, ressemble A quelqu'abbé rasé de frais, Surtout, si, pour comble d'attraits, L'embonpoint lui fait marcher l'amble.
Pourtant, il leur reste un espoir; Aussitôt que l'âge décline, N'ont-elles pas fille ou cousine Qu'elles élèvent pour les voir Hériter plus tard, j'imagine, De leur tyrannique pouvoir?
Quel bavardage ! répond Frédéric; arrive donc au fait. — J'ai vu Flora, et puis, devine. — Parie donc.
TRISTAN 1
Qui donc, si ce n'est Isabelle Qui vint, à ma voix, m'embrasser, Plus prompte que n'est l'hirondelle Quand le faucon vient à passer?
Et vers moi comment venait-elle ?
Dans une main, tous ses cheveux, Dans l'autre son peigne envieux De cette aimable courtoisie, Mais impuissante jalousie, Contre le soleil de ses yeux !
1 Acte 2e, scène III.
LOPE DE VEGà.
Et ces dépouilles ondoyantes, Lorsque je l'embrassai pour toi, Couvrirent (quel honneur pour moi!) Mes épaules reconnaissantes ; Alors je me crus, à mon tour, Sous cette mante improvisée Avec sa guirlande frisée, Un nouveau pèlerin d'amour. * Allant ainsi vers son estrade, Je me sentais plus fier encor Que César passant la parade Chamarré de la toison d'or. Elle s'assied et fait un signe D'approcher un coussin pour moi ; Je réponds je ne sais trop quoi, Mais à m'asseoir je me résigne.
C'est alors qu'elle a débuté Par parler de ta cruauté ; Pourquoi rester une semaine Sans venir la voir ?
FRÉDÉRIC
L'inhumaine Devrait bien pourtant le savoir, Parce qu'elle a trop voulu voir !
Tristan lui conseille de déclarer à l'empereur qu'il a fait choix d'une maîtresse, et que cette maîtresse est Isabelle. Ce conseil est bon, mais le pauvre Frédéric ne veut pas le suivre, il craint que l'empereur, jaloux, ne lui enlève sa faveur et ne l'exile de la cour. Que deviendrait-il alors? que deviendrait Isabelle abandonnée aux tentations qui viendraient l'assaillir?
Nous assistons au lever de l'empereur; l'un tient son miroir, l'autre son épée et son manteau; l'empereur,
oh! si les femmes ne voyaient pas. 283 en se mirant, s'occupe de la politique de ses États.
l'empereur. Avons-nous des nouvelles?
le comte Alexandre. Beaucoup, sire.
l'empereur. Oh ! il n'en manque jamais à la cour.
le comte Alexandre. Dans la nature , chaque animal engendre son semblable, et, pour beaucoup d'êtres, il n'est pas d'autre premier principe à leur existence que la terre, les cadavres et l'eau ; de même pour les nouvelles de cour, le plus grand nombre n'est engendré que par l'air, pour n'y vivre qu'un jour et mourir avant le soir.
l'empereur. Que dit-on de l'Italie?
le comte Alexandre. L'Italie fait du dégât aux Turcs.
l'empereur. Je crois que je leur ferai aussi un mauvais parti pour l'Albanie, si je puis. — Que dit-on de l'Espagne?
le comte Alexandre. Rien de nouveau, ce qui n'est pas peu dire. — On dit que Venise cherche à recouvrer Chypre...
Quel profond conseil de ministres ! Mais l'empereur est bientôt las de la politique, il va droit à Frédéric. — Ah î te voilà! pourquoi ne viens-tu pas me servir? Frédéric répond qu'il a enfin choisi une maîtresse et que sa pensée en £st tellement préoccupée qu'il oubliait ses fonctions. — Bravo ! dit l'empereur, nous irons la voir. Et il lui donne, en sortant, l'ordre de porter, de sa part, à Isabelle le titre de comtesse.
Nouvelle faveur, nouvelle preuve d'amour, nouveau motif de jalousie pour Frédéric! Pourtant, il devrait être tranquille, il est aimé et ne perdra pas le cœur de la bonne et douce jeune fille ; mais comment se tirera-t-il de l'embarras où il s'est mis lui-même en n'avouant pas son amour à l'empereur, bien plus, en lui disant qu'il a choisi une maîtresse? Le bruit en vient vite aux oreilles d'Isabelle. L'imprudent! c'est au moment où le duc Octavio, son
père, vient aux pieds de l'empereur lui dire qu'il désire marier sa fille, et qu'au milieu des nobles seigneurs qui l'entourent, il vient désigner lui-même celui que tous deux préfèrent, et qui n'est autre que Frédéric. L'empereur applaudit à ce choix ; mais Isabelle elle-même refuse ; Frédéric n'a-t-il pas dit à l'empereur qu'il en aimait une autre qu'elle?
Cette fois la brouille est presque complète, et la scène suivante va nous les montrer fort courroucés l'un contre l'autre.