‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 50 sur 120 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DON JUAN, GERMAIN

don jlan, regardant sortir Ocfavio.

Vois-tu connue il s'en va content de sa personne,

LES F T. EU H S DE DON JUAN

GERMA IN

Tu pâlis de colère !

DON JUAN

Eh! quoi ! cela Vétonne ?

On pâlirait à moins; quand l'infâme manant T'a jeté devant moi le nom de mendiant, J'en fus tout stupéfait; j'aurais dû, sur mon âme, Dégainer mon épée, et du bout de ma lame Dans sa vilaine peau te tailler un pourpoint. L'insolent ! Faut-il donc qu'on arrive à ce point De honte et de malheur qu'un noble gentilhomme Entende de sang froid ces mots d'un majordome : « Je parlerai pour vous, je le demanderai, Et si l'on dit un mot, hé bien ! j'obéirai ! »

GERMAIN

C'est son rôle, au surplus, d/obéir à son maître;

Mais pour toi, j'en conviens, le plus dur c'est peut-être

D'entendre se targuer de sa fidélité

Un valet qui nous dit avec fatuité :

« On me l'a défendu, son ordre est inflexible,

On ne peut rien pour vous, la chose est impossible. »

Et d'autres mots encor qui donnent le frisson

Ou qui vous font l'effet de grands coups de bâton !

DON JUAN

C'est à lui qu'il fallait donner la bastonnade. Germain, pour le punir de sa mine maussade,

GERMAIN

Apaise-toi, mon maître, et laisse faire au temps. Ton mérite et ton cœur sont comme deux enfants Que dans l'instant présent la fortune s'efforce De tenir au maillot pour essayer leur force ! Patience ! et plus tard on les verra grandir.

LOPE DE VEGÀ.

DON JUAN

Sur mon malheur, Germain, tu voudrais m'étourdir »

GERMAIN

Au ciel qui t'a fait bon, rends donc plus de justice ; Sois content de ton sort, pauvreté n'est pas vice; Vive Dieu ! mieux que toi je sais me consoler, Surtout lorsque j'entends autour de moi parler Et dire : « Quelle taille et quel air ! C'est dommage Que ce brave garçon n'ait pas eu l'héritage Et que ce sot aîné soit le seul héritier. Quel meurtre ! »

DON JUAN

Pauvre Juan!

Novice nautonnier Qui prend la pleine mer en ayant la fortune En poupe, et qui se plaint quand la vague importune Se dresse en l'air et donne à sa barque un roulis I Il faut rire, tu dois oublier tes soucis ; Jouons à notre tour comme sa seigneurie.

DON JUAN

Moi! comment! avec qui? Quelle plaisanterie ! Es-tu fou?

GERMAIN

Non ! J'ai même un peu d'argent encor Qui nous vient de ton frère... Ah! ce n'est pas de l'or.

DON JUAN

Tristesse et pauvreté sont les chances cruelles Qui tiennent la jeunesse et lui coupent les ailes; Je veux bien être pauvre, oui ! mais triste, jamais ! J'aime mieux de deux maux choisir le moins mauvais.

LES FLEURS DE DON JUAN

GERMAIN

Bravo! maître, bravo ! nargue de la tristesse,

DON JUAN

De tes leçons, Germain, j'admire la sagesse ; Avec qui vais-je donc jouer?

GERMAIN

Mais, avec moi 1

Avec toi ?

GERMAIN

Pourquoi pas?

DON JUAN

C'est que si l'on nous voit Jouer tous deux, Germain...

On n'aura qu'à se taire ; Quand on tire l'épée on a souvent affaire Au premier étourdi qui met flamberge au vent ; Il n'est donc pas plus mal ni plus déshonorant De jouer avec qui vous offre une partie.

DON JUAN

Des cartes! Je me rends à cette répartie.

germain, les tirant de sa poitrine.

En voici ; le joueur de cartes se munit.

DON JUAN

Quoi ! de cartes toujours ta poitrine est le nid.

germain.

Fut-il jamais, dis-moi, gilet ou chemisette

Meilleurs à la santé? demain je t'en achète De semblables ; allons, tu ris donc à présent?

don juan, riant.

Approche cette table ici, mauvais plaisant !

Jouons tous nos chagrins et perdons nos deux mises.

A quel jeu jouons-nous, puisque tu t'humanises?

DON JUAN

Au triomphe.

GERMAIN

Hé bien ! soit ! Je bats et vais donner.

(Ils se mettent à jouer.)

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