SCÈNE VIL DON ALONZO, DON LUIS
DON ALONZO
Que le sol dans son sein m'engloutisse vivant, Si jamais je rejoue, et qu'il en fasse autant Des joueurs forcenés dont la race est maudite !
DON LUIS
De ce serment pompeux j'en appelle bien vite. Nous verrons l'avenir; un sage a prétendu Que quiconque s'arrête, après avoir perdu, Fait preuve du plus rare et du plus grand courage.
DON ALONZO
Mais ne peut- on, au moins, en avoir de la rage?
D'accord ; mais il faudrait savoir feindre un peu mieux
DON ALONZO
Oui, c'est facile à dire, et l'axiome est vieux; Mais pour dissimuler, ma colère est trop prompte. Oh ! malédiction ! vous ne faites pas compte De chaque caractère, et traitez les joueurs Comme s'ils avaient tous de semblables humeurs; On fait l'indifférent, mais c'est du bout des lèvres.
(Après réflexion,)
N'en parlons plus; allons au quartier des orfèvres, J'ai quelque chose à vendre.
LES FLEURS DE DON JUAN
DON LUIS
Et ce fameux serment?
Et la terre qui doit vous engloutir vivant ?
DON ALONZO
Hé mais! j'y pense encor.
DON LUIS
Permettez que j'en doute ; Car vous n'en prenez pas, ce me semble, la route.
DON ALONZO
Bah! serment d'amoureux et serment de joueur Fondent comme la neige après la Chandeleur.
(Us sortent.)