‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 72 sur 120 · SCÈNE VIL DON ALONZO, DON LUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL DON ALONZO, DON LUIS

DON ALONZO

Que le sol dans son sein m'engloutisse vivant, Si jamais je rejoue, et qu'il en fasse autant Des joueurs forcenés dont la race est maudite !

DON LUIS

De ce serment pompeux j'en appelle bien vite. Nous verrons l'avenir; un sage a prétendu Que quiconque s'arrête, après avoir perdu, Fait preuve du plus rare et du plus grand courage.

DON ALONZO

Mais ne peut- on, au moins, en avoir de la rage?

D'accord ; mais il faudrait savoir feindre un peu mieux

DON ALONZO

Oui, c'est facile à dire, et l'axiome est vieux; Mais pour dissimuler, ma colère est trop prompte. Oh ! malédiction ! vous ne faites pas compte De chaque caractère, et traitez les joueurs Comme s'ils avaient tous de semblables humeurs; On fait l'indifférent, mais c'est du bout des lèvres.

(Après réflexion,)

N'en parlons plus; allons au quartier des orfèvres, J'ai quelque chose à vendre.

LES FLEURS DE DON JUAN

DON LUIS

Et ce fameux serment?

Et la terre qui doit vous engloutir vivant ?

DON ALONZO

Hé mais! j'y pense encor.

DON LUIS

Permettez que j'en doute ; Car vous n'en prenez pas, ce me semble, la route.

DON ALONZO

Bah! serment d'amoureux et serment de joueur Fondent comme la neige après la Chandeleur.

(Us sortent.)

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