‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 9 sur 120 · LE MARIAGE DANS LA MORT · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DANS LA MORT

bernardo. Mon père, mon père que tu tiens prisonnier. le roi. Prends cette bague, montre-la, on te rendra ton père.

Bernardo part, son cheval meurt de fatigue en amenant son maître à la forteresse de Luna. La bague du roi est un talisman ; la porte de la prison s'ouvre, le gouverneur de la forteresse l'introduit dans la prison de son père ; à peine Bernardo l'a-t-il vu, qu'il s'écrie :

bernardo. Oh! père et seigneur, mon père, mon père bienaimé, je verse à vos pieds des larmes de sang. — Oh ! cheveux blancs et vénérables, pardonnez-moi de ne pas vous avoir vus

plus tôt. J'ai eu mi marbre bien dur à attendrir Vous voyez

enfin arriver votre fils bien-aimé, c'est bien tard, bien tard.... Je vous reconnais bien, oh! mon père, reconnaissez-moi aussi.

(Il lui prend la main.) 0 main, bénis-moi Mais, mon Dieu !

qu'elle est froide! Mon père, ne voulez-vous pas me parler? Mon père, êtes-vous évanoui? Alcaïde, apportez de l'eau.

l'alcaïde. Sachez la vérité, seigneur, votre père bien-aimé est mort. Il y a trois jours quïl est expiré.

BERNARDO. Mort !

l'alcaïde. Il n'est que trop vrai.

bernardo. Hélas! Et je suis venu pour voir cela.

un assistant. Oh ! cruauté !

bernardo. Oh! roi parjure!

hernando diaz. De quoi est-il mort?

l'alcaïde. De maladie.

bernardo. Et je n'ai pu arriver jusqu'à lui, auparavant. Obi pauvre Bernardo, il te faudra donc rester bâtard! Mon père, m'abandonnez-vous ainsi ? N'avais-je donc pas mérité de vous voir vivant ?

hernando dîaz. J'ai pitié de vous voir , Bernardo , vous pleurez.

bernardo. Je ne pleure pas

Oh ! mon père bien-aimé, attendez un moment. (Se tournant

vers son cousin Hernando Diaz.) Hernando Diaz, dans quel couvent est ma mère, dona Ximenès?

hernando diaz. Au monastère que vous voyez en face de ce palais : sa vie se passe là dans une éternelle captivité.

bernardo. Attends-moi un peu ici vive Dieu, pauvre

Bernardo, tu ne resteras pas bâtard; l'église est de ce côté, n'est-ce pas?

HERNANDO. Oui.

Bernardo fait sortir sa mère du couvent et l'amène devant le cadavre de don Sancho.

bernardo. Mère, êtes-vous religieuse ?

DONA XIMENÈS. Non. »

bernardo. Avez-vous prononcé vos vœux?

dona ximenès. Je nai pas pu le faire puisque mon mari vivait.

bernardo. Il n'est plus vivant, il est mort; mais puisque vous n'avez pas prononcé vos vœux, venez et vous verrez votre époux.

dona ximenès, apercevant le corps de don Sancho. Oh ! seigneur comte !

bernardo. Il faut que vous me rendiez le bien dont vous m'avez privé. — Oui, il est mort, ne vous évanouissez pas, légitimez-moi aujourd'hui en lui donnant votre main.

dona ximenès , devant le corps de don Sancho. Est-il possible, ô mon époux, que je vous voie mortl

bernardo. Noble femme, infante, montrez un courage viril, ne pleurez pas ; car, vive Dieu ! ma mère, je perdrais le respect qui vous est dû.

dona ximenès. Que voulez-vous donc enfin, mon fils ?

bernardo. Je veux que vous épousiez mon père, donnez-moi votre main.

dona ximenès. La voici.

bernardo, prend la main de son père, et la joint à celle de sa mère. Vous mariez-vous avec lui, madame? dona ximenès. Oui, mais où voulez -vous en venir, mon fds?

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