‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 17 sur 65 · LUTTER · texte numérisé non relu

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avait porté des écrivains d'une probité non équivoque, notamment le fameux Erasme, à soutenir que toute Guerre. est défendue à un Chrétien. Cette opinion est pernicieuse et très justement réfutée par Grotius,dont la pensée éclectique évite les extrêmes et désabuse ceux qui croient qu'il n’y à rien d’innocent dans la Guerre, et ceux qui s’imaginent que tout y est permis sans restriction.

Grotius eut bien certainement un autre dessemm que de rappeler aux Conducteurs des Peuples leurs devoirs dans les horreurs de la Guerre. Sans doute c’est aux Guerriers qu’il s'adresse lorsqu'il leur dit : « Que les Lois se taisent parmi le bruit des Armes, j'y consens ; pourvu qu’on entende par là seulement et uniquement les Lois de la vie civile et des tribunaux particuliers qui n’ont lieu qu’en temps de Paix ; mais jamais les Lois qui sont éternelles et faites pour tous les temps : ces Lois non écrites que la Nature enseigne, et que le Peuple Romain proclamait virtuellement dans cette formule

sacrée : Puro, pioque duello quærendas censeo. »

Effectivement, il ne faut point oublier que le Spri-

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tuahisme Evangélique de l’illustre Rénovateur du Droit de la Nature recommande instamment aux Souverains, ces Ministres de l Humanité comme il les appelle, l’obligation sacrée de garder la Foi et de rechercher la Paix. Il va même jusqu’à adjurer le Seigneur de donner aux

Puissances l'intelligence des Lois divines et humaines.

Que veut donc Grotius en réalité ? D’une part purger la Terre du régime de la violence et de la force brutale, en d’autres termes abattre la tyrannie et le despotisme: ces chancres rongeurs de l'Indépendance des Nations ; et d'autre part, en rappelant les Hommes au sentiment de leur Dignité,et au respect de leurs Droits et de leurs Devoirs, d’après les saintes Lois de la Nature et les sublimes enseignements de Jésus-Christ, venu sur la Terre pour les faire respecter, réunir les Peuples sous le drapeau de l'Evangile et les faire vivre en Paix sous le règne de la Justice et de la Liberté. Voilà le but sublime

et les vues immenses du génie sacré de Grotius.

Ce sera de ce point de vue qu’il nous faudra mesurer son influence sur le progrès du Droit international en

Europe. Nous verrons que tous les systèmes philoso-

phiques du Droit, même ceux des écoles contemporaines, ont largement puisé aux saines et fortes doctrines de la Grande Lumière qui parut au commencement du XVI Siècle, précédée de quatre précurseurs : Oudendorp, Postel, Hemming et Winckler qui, sous le souflle de Liberté qui se dégagea de la Réforme, convergèrent, à leur insu et par une sorte de communion mystérieuse de pensées et de sentiments, vers le but philosophique et juridique qui devait rompre les lisières de la Théologie sous l’action de la Justice, et faciliter ainsi à Grotius la

constitution harmonique de la Science du Droit naturel.

Ainsi le grand objet de l'Œuvre de Grotius est d'établir les principes du Droit naturel qui s'appliquent aux Nations et aux Peuples libres. Rechercher les Lois qui lient les Communautés indépendantes dans leurs rapports mutuels de Guerre et de Paix était chose impossible sans éclairer les idées de Droit, de Souveraineté, de Domination sur les choses et Les personnes, de Guerre même. Sans doute les Scolastiques du moyen-âge, les Philosophes de la renaissance et les Théologiens casuistes avaient compris que les rapports entre les Sociétés ont leur Loi morale; mais leur Philosophie éthique touchant

le Droit de la Guerre et de la Paix était un chaos d'idées

incohérentes et arbitraires tirées des écoles de l’Antiquité, de l’Ecriture, des Pères et des Canons. Or, par une lecture prodigieuse, une méditation profonde et un discernement exquis, Grotius, qui ne pouvait être indifférent à la Religion, cette sublime poésie de la Justice et du Droit, s’avance tout chargé de ses préjugés théologiques, au milieu ‘du flux et reflux de la pensée casuitique, navigue heureusement avec la boussole de la Raison et de la Révélation sur la mer orageuse des principes internationaux, et conduit au port tous les esprits qui cherchent les véritables fondements du Droit naturel dans l’action conjointe et solidaire des Forces morales et intellectuelles qui constituent l’âme

des Sociétés et des Peuples.

La Sociabilité, voilà pour Grotius la source du Droit naturel.C'est qu’effectivement avecl'É galité etla Liberté, la Sociabilité constitue la qualité fondamentale de la Personnalité Humaine. Pour connaitre les principes organisateurs de la Sociabilité, il faut approfondir tous les rapports de l'Homme avec ses Semblables, avec la Nature et avec Dieu ; c’est-à-dire connaître l'Homme

dans son organisme spirituel et physique, et saisir les

rapports harmoniques qui existent dans le milieu social

où l'Homme est appelé à se perfectionner.

Grotius qui avait cultivé dans tous ses éléments et sous toutes ses faces le grand Dogme Chrétien, créateur et transformateur de toutes les Libertés modernes, et qui proclamait que Jésus-Christ avait le mieux connu notre Nature rationnelle et sociable, médita profondément ces paroles du Sauveur, jetées sous tous les vents de la

terre pour donner à chacun la Conscience de ses Droits :

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