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rendre ce qui n’est pas rigoureusement dû : par exemple : la Reconnaissance d'un Peuple qu’on aurait comblé de
bienfaits et qui tomberait dans l'Ingratitude.
Il était facile de prévoir que Grotius, si scrupuleux dans son casuisme, imposerait aux Conducteurs des Peuples le devoir de ne jamais entreprendre la Guerre
dans les Causes *douteuses (Ch. 23 L. 2). Précisant Porigine du doute en matière morale, et prohibant l'action contre la lumière dela Conscience, il veut. qu’on emploie tous les moyens pour éviter le fléau de la Guerre, qu’on æit recours à des conférences, à des arbitrages et
même à la voie du sort et au combat singulier.
CLITE
Dans une Cause douteuse, et bien que chacune des
parties soit tenue d'éviter la Guerre, le demandeur ÿ
est plutôt obligé que le défendeur ; car il est non seulement de Droit civil mais aussi de Droit naturel que dans une égalité de Droits et de Raisons le possesseur a lPavantage : in pari caus@ possessor pohor haberi debet. (Dig. Lib. 50. Tit. 17. L. 128). Mais si aucune Ides parties n’est en possession, il faut partager le litige
Sous peine d’être réputé injuste et déraisonnable.
US
Résolvant la question de savoir si une Guerre peut être juste réciproquement, il fait judicieusement observer que, touchant la cause et le sujet, cela ne peut être puisqu'il ne peut y avoir deux Droits opposés. Voiei au
surplus comment s'exprime Grotius : « Je dis qu’en
prenant le mot de Justice dans sa signification particu-,
lière et dans ses relations avec l'acte, la Guerre, non plus qu’un Procès, ne saurait être juste des deux côtés ; parce que la nature des choses ne permet pas qu’on ait un pouvoir moral ou un véritable droit sur deux choses
contraires. » Toutefois comme les Hommes peuvent se
tromper sur leurs droits réels, il est possible qu’une
Guerre soit juste, de part et d'autre, par rapport aux Agents : car on n’agit injustement que quand on sait que ce qu’on fait est injuste. Eh bien! souvent les Hommes ignorent, tant en faitqu’en droit, bien des choses d’où peuvent naître certains droits. Ainsi, il peut arriver, en matière de Procès, qu'aucune des parties ne
soit coupable ni d’injustice ni d'aucun autre défaut,
sourtout lorsque l’une d'elles ou toutes les deux, loi
d'agir en justice en leur propre nom, plaident au contraire pour autrui : par exemple un tuteur pour son pupille, puisqu'il ne peut négliger ses droits même
litigieux.
Il ne faut pas se déterminer légèrement à entreprendre la Guerre lors même qu’on en a de justes sujets (L. 2. Ch. 24.). C’est là un Devoir plutôt moral que rigoureusement Juste. Mais en dehors des Devoirs qui nous sont imposés par l'Humanité et la Religion, 1l est souvent de notre intérêt ou de celui des nôtres de s’abstenir d’en venir aux Armes. Cependant l’Auteur dit très peu de chose sur cette matière qui se rattache au surplus à la prudence civile dont il ne doit pas s'occuper. En terminant, Grotius s’inspire de Sénèque. Il veut que
les Hommes ne soient pas prodigues du sang de leur
semblables, et que les Princes ne recherchent la Gloire
qu'en vue de porter la Paix et la Prospérité, mais nullement pour être les Fléaux de l'Humanité: voulant dire que le carnage des Peuples et le saccagement des villes sont des actions dont les auteurs peuvent être regardés comme le grand fléau de la Peste ; au lieu qu'il n’y a rien de plus digne d’un Roi que de travailler à la con-
servation de tous, ce qui ne peut être que le fruit de la Paix.
Il pose en principe que le premier devoir d’un Sou-
verain est de secourir son Peuple (Ch. 25 L. 2.). Mais
comme le devoir d’un Souverain est avant tout de conserver l’universalité des Citoyens, il est d'avis qu’il vaut mieux sacrifier un innocent que d'exposer le Corps entier du Peuple à périr. Lorsqu'Alexandre-le-Grand envoya demander aux Athéniens les dix orateurs qui avaient soulevé le Peuple contre lui, du nombre desquels était Démosthènes, Phocion les exhorta à souffrir la mort à l’exemple des filles de Léus. Voici un cas ; que l’Orateur de Rome résout selon ce principe : Si étant sur mer avec des Amis, des Pirates menacent de fondre sur notre navire avec leurs flottes, à moins que je ne leur soie livré, et qu’alors mes Compagnons préfèrent la mort à mon esclavage, je m’engloutirais tout vivant dans les flots de l'Océan pour les sauver à raison même de leur affection, plutôt que de les exposer Je ne dis pas à une mort inévitable mais à un grand danger. Ailleurs ce même Orateur donne pour maxime : qu’un Homme sage et de probité qui respecte les Lois et qui n’ignore pas les Devoirs d’un Citoyen, songe à procurer le Bien Public plutôt que l'avantage d’une seule per-
sonne où même son propre avantage.
GLVII
Abordant les raisons qui autorisent les Inférieurs à
porter les Armes légitimemest pour leurs Supérieurs, 1l