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est d'avis que malgré les ordres du supérieur on ne doit point aller à la Guerre si on la croit injuste; et qu’il est du devoir d’un bon Souverain de ne point contraindre à prendre les Armes ceux des nationaux qui doutent de la Justice de la Guerre, sauf à leur imposer un tribut extraordinaire. En parlant des personnes qui ont refusé obéissance au Souverain en matières de choses deshonnêtes il cite le noble exemple du Jurisconsulte Papinien. L'Empereur Caracalla, ayant fait mourir son frère, voulut obliger Papinien à lui composer un discours pour excuser ce meurtre devant le Sénat ou devant le Peuple. Mais le Jurisconsulte répondit qu’il n’était pas aussi facile d’excuser un Parricide que de le commettre, et que c’était un second Parricide, après avoir Ôté la vie à un Innocent, de l’accuser encore et de chercher à flétrir sa mémoire. L'esprit très scrupuleux de Grotius le porte à dire que les Bourreaux, avant d'exécuter un Criminel condamné à mort, doivent s'assurer de la Justice de la Condamnation. L’expression de l’Auteur a été plus loin que sa pensée : 1l croit que les Bourreaux ne doivent point prêter leur bras à l’exécution qu’on leur commande lorsqu'ils sont convarn-
eus de l'innocence du Condamné.
» \ f . à Il faut, après la défense des Citoyens, que le Souve-
rain remplisse l'obligation d'aider par les Armes non seulement ses Alliés mais aussi tous les Peuples qui sont injustement insultés. Car, d’une part, celui qui ne défend pas son Allié, quand il le peut, est aussi coupable que l’Agresseur ; et d'autre part, les Hommes sont nés pour s’aider les uns les autres. Cicéron dit formellement que ne pas défendre, quand on le peut, ceux que l’on voit exposés à recevoir quelqu'injure, c’est une chose aussi criminelle que d’abandonner dans le besoin, son Père ou sa Mère, ses Amis ou sa Patrie.
Il est donc glorieux de délivrer un Peuple de l’oppression. Quoique la tyrannie ne soit quelquefois qu’un prétexte, on ne doit pas pour cela, faillir à proclamer la sainteté d’une intervention qui n’est basée que sur la reddition de la Liberté. Grotius déplore la lâcheté de ceux qui servent une cause par l’appât d’un salaire. À ses yeux de pareils gens vendent leur vie pour de l'argent. Ils sont pires que les Bourreaux qui ne tuent que des Criminels : comparaison dont le philosophe
Antisthène se servait par rapport aux Tyrans qui font
mourir des Innocents. |
Après avoir traité des Personnes qui font la Guerre,
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et des raisons qui autorisent à prendre les Armes, Grotius passe aux Droits de la Guerre proprement dits. Tout ce qui peut se faire dans la Guerre est permis, soit par le Droit de Nature, soit par le Droit des Gens. Ainsi tout ce qui est nécessaire, non pas d’une nécessité physique et infaillible, mais d’une nécessité morale pour arriver à un but légitime, est en soi légitime : proposition qu’il circonscrit au Droit, sans l’étendre à la qualité morale des actions. Il est donc permis d’user de Violence contre les injustes Agresseurs ou les Ennemis quelqu’ils soient, encore bien que des Innocents puis-
sent souffrir préjudice.
Grotius rapporte au Droit Naturel la question de savoir si des tiers Neutres peuvent fournir à notre Ennemi des Armes et autres munitions de Guerre. À l’époque où il écrivait, le Droit des Gens ne lui fournissait aucune base certaine pour asseoir son opinion. Ce qui est digne de remarque, c’est que pour avoir le droit d'agir tant civilement que criminellement contre ceux qui procuraient à l’Ennemi de la Confrebande de Guerre, il fallait avoir notifié la déclaration des Hostilités aux Peuples
neutres, afin qu'ils soient instruits et des raisons Justi-
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ficatives de prendre les Armes et des espérances qu’on *
a de tirer raison des Injustices.
Venons maintenant à la manière d’agir contre l’Ennemi. La Terreur et la Force ouverte sont le caractère propre de la Guerre et la voie la plus commune ; mais les Ruses et les Tromperies ne sont-elles pas aussi des moyens légitimes ? L'ancienne pratique des Nations comme l'autorité des Écrivains antiques justifie l’emploi de la ruse. Parmi les Théologiens, St.-Augustin dit formellement que dans une Guerre juste, soit que l’on combatte à force ouverte où qu’on dresse des embûches, on ne fait rien de contraire à la Justice. De son côté St.-Chrysostome remarque que les Empereurs qui ont ‘remporté la Victoire par quelque stratagème sont ceux qu’on loue le plus. Ce qui revient à dire que le Guerrier peut et doit avoir le caractère du Lion et du Renard, en sachant mêler les ruses et les artifices à la
simplicité et à la générosité.
Grotius examine ce qu’il faut entendre par tromperies, ruses, artifices. [1 admet Ja légitimité des indications
trompeuses ; il passe, ensuite, à la question des termes