VIE DE GROTIUS
Protexisti me à conventa malignantium, à multitudine operantium iniquitatem. Quia exacuerunt ut gladium linguas suas : intenderunt arcum, rem amaram, ut sagittent in occultis immaculatum. — Confandantur, et deficiant detrahentes animæ mæ : operiantur confusione et pudore, qui quærunt mala mihi,
Ps.63.5.4.5. — 70,15.
Vous serez bienheureux quand les hommes vous haïront, qu'ils vous rejetteront, vous diront des injures et repousseront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l'Homme, — Réjouissez-vous en ce jour-là, et soyez dans l’allégresse…
Luc.6.22.25.
Quand les Lois de la Nature s’effacent, qu’à leurs commandements tutélaires succèdent l’arbitraire et la violence des factions politiques et religieuses ; dans ces temps de malheurs publics, la divine Providence, pour consoler l'Humanité, accorde parfois à la Terre un homme que le génie et la vertu placent au-dessus de ses contemporains. Au milieu d’un sièele d’anarchie et de corruption, il reflète la Justice vivante et le Patriotisme des anciens jours. Son courage sait braver les factions et la persécution ; ses écrits deviennent plus puissants que les armes. Il sauve la Liberté tant qu’elle peut
être sauvée ; et, quand il tombe avec elle, il lègue à la
postérité une impérissable admiration, de grands et d'utiles exemples ; et, avec son âme, l’histoire de sa noble vie. — Tel fut Grotius quand les fameuses querelles des Arminiens et des Gomaristes agitaient la Hollande; et quand son noble ami Barnevelt, qu'il avait soutenu par ses écrits et par son crédit, portait sa tête sur l’échafaud en fondant la République des
Provinces-Unies.
Le celèbre Hugue de Groot, plus connu sous le nom de Hugo Grotius, l’un des plus grands hommes de l’Europe, et le plus savant homme qui ait paru dans le monde depuis Aristote, était fils d'Overchie et de Jean de Groot, bourgmestre de Delft et curateur de l’Université de Leyde. Il est né à Delft le 10 avril 1583, le jour de Pasques. Ayant reçu de l’Auteur de la Nature un génie profond, un jugement solide et une mémoire merveilleuse, il fait briller ces qualités dès l’âge le plus tendre : Ille dum puer fuit, vir esse cœpit : namque re-
liqui viri tandem fuere, Grotius vir natus est.
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Les progrès de ses études sont rapides. A l’âge de huit
ans (1591) ïl fait des vers latins qu’un vieux poëte ne
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désavouerait pas. Son père, qui avait étudié le droit dans la faculté d'Orléans, et qui, revenu dans sa patrie, suivit le Barreau, s’appliqua à former l'esprit et le cœur de Grotius, pour en faire un savant et un homme de bien. Tout jeune, notre Auteur donne les plus grandes espérances. Au dire des Gens de Lettres il annonce un esprit prodigieux : portentosi juvenem ingenii. Il est envoyé à La Haye, où le célèbre ministre arminien Uytembogard dirige ses études jusqu’à l’âge de douze ans. Puis, pendant trois ans, 1l vient se perfectionner à la fameuse Université de Leyde, sous la conduite de -Junius et la direction de Scaliger, l’ornement de l’Uni-
versité.
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À l’exemple de son père, Grotius travaille jour et nuit : Sed sæpè tenebras furari studiis, et nocte extendere vitam monstravit genitor. — Il lui semble que le temps marche avec la rapidité de la foudre. A toute heure on le voit s’écrier avec le poëte : hor4 ruit. À l’âge de seize ans (1597), ce jeune homme sans exemple, juvenem sine exemplo, soutient, avec les plus grands applaudissements, des thèses publiques sur les Mathématiques, la Philosophie et la Jurisprudence. Il est encore plus
habile dans les Belles-Lettres, ainsi que le prouve le,