‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 46 sur 65 · EX · texte numérisé non relu

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Grotius ne voit dans la Liberté des Mers que le maintien du Droit Naturel, le Droit de chaque Peuple, les intérêts de chaque Puissance à librement commercer d'un bout du monde à l’autre. Selden, au contraire, traite la Mer en esclave, l’a fait servir aux vues ambitieuses de sa Patrie, et veut faire croire aux Nations, que l'Océan n’est qu’un domaine britannique, un champ clos que seul le Peuple Anglais peut exploiter, défendre et parcourir. Il est facile de pressentir lequel des deux

systèmes devait triompher : la Victoire fut à Grotius.

Ne voulait-il pas le maintien des Droits éternels de la

Nature ?

I faut donc reconnaitre avec Grotius, dont Martens

reproduit la doctrine que : ni le vaste Océan qui recou-#

vre la plus grande partie de notre Globe, ni la Mer des

Indes formant l’une des quatre Mers dans lesquelles on le divise idéalement, n’ont pu être acquis exclusivement par une Nation quelconque. Ce n’est pas la difficulté seule d'en maintenir la possession qui s’y oppose, c’est le défaut d’une raison justificative pour soustraire à la Communauté primitive d'usage ce qui suffit aux besoins detous. La jalousie de Commerce n’est pas un titre à une telle exemption : n1 la priorité du temps, ni les concessions papales, ni la preseription, n’ont pu frustrer le reste des Nations de l'Univers de la jouissance d’un

Droit commun à tous.

Ajoutons que l'Eau de la Mer est comme l’Air, fluide, contiguë à la Terre, mais sans cohérence ni homogénéité avec l'élément solide. L'Eau n’est pas plus fixée sur la Terre que l'Air ne l’est sur toute la convexité du Globe. Qui oserait dire que l’aéronaute traversant Pair en Ballon, comme nous l'avons fait en 1853, fait acte de possession sur le sol délaissé au-dessus duquel il navigue ? Personne. Et cependant le Ballon est une espèce de Vaisseau, quoiqu'il ne soit ni armé, ni mâté. Il en est de même du fond de la Mer : On peut parcou-

rir l'Océan sur les ondes fugitives, mais on ne peut

prendre possession de ses abîmes.

Quoiqu'il en soit, l'Angleterre qui fut par intervalles la terre classique de la Liberté, à la vérité comme les éclairs sont la lumière des nuits orageuses, ne craignit pas, avant Cromwell, de vouloir mettre la Mer en féodalité, en faisant le Monde esclave de sa puissance navale. Alors le Gouvernement Anglais se croyait seul sur la Terre. Quand il voyait la Mer, entourée de ses flots, 11 pensait que les bornes de sa puissance n’étaient autres que les bornes du vaste Océan ; mais il oubliait que Rome ne fit la guerre à Carthage que comme cité monopolisante et usurpatrice ; et que la puissance exclusive sur l’Océan, par cela même qu’elle est incompatible avec les intérêts de tous les Peuples, est destruc-

tive de la Liberté de sa propre Nation.

XHII

L’ambition perd les Nations comme les Individus. L’ambition de l’Empire de la Mer, est la plus folle de toutes. Sur Mer, les lignes de démarcation et les bornes des propriétés y sont tour à tour fixées par les Vaisseaux de chaque Nation et effacées sans cesse par les

flots mobiles de l'Océan.

— apr —

Au temps de Grotius, l’Europe navigatrice prit possession de l'Univers. Il n’est plus ce temps où l’Europe, stationnaire dans sa Politique, rétrograde dans son Commerce, inattentive dans ses Colonies, un Peuple couvrait le Monde de son oppression. Chose inouie! pendant queles Nations se déchiraient sur le Continent pour des opinions religieuses, ce peuple maritime se faisait regarder comme le Tuteur de la Liberté et comme cherchant à établir l’Équilibre et l’Égalité. Le Commerce de toutes les Nations lui était assujetti comme une sorte de péage ; ses châteaux flottants étaient établis sur tous les parages. Il commandait Foi et Hommage sur tous les Continents. Quels enseignements pour les

Nations !

On ne sait ce que la Mer veut, disaient les Anciens.

| Ce que la Mer veut : c’est la Liberté ! Voyez son agita-

| tion constante, ses révolutions perpétuelles, ses tem- | pêtes effroyables, ses vagues mobiles, son étendue qui | semble illimitée, ses vastes plaines où nulle trace de | Propriété ne peut s'établir, où toutes les langues sont

| parlées, où tous les pavillons se déploient, où toutes les

Nations et les Peuplades du Globe lancent leurs Vaisseaux formidables et leurs fragiles canots ; n’est-ce pas là que les Vaisseaux de toutes les Sociétés Humaines

labourent un Domaine Commun et constituent la vivante

image de la Liberté ?

Les Nations ne peuvent être puissantes et heureuses sans le Commerce. C’est le résultat du genre actuel de Civilisation. Le Travail, organe de la production, forme la richesse des Peuples. Le Commerce, débouché de la Production, opère, sous l'empire du Droit des Gens, l’étroite union des Nations. La Puissance Industrielle

de terre et de mer doit ramener la Paix dans le Monde.

Le premier Intérêt des Peuples c’est la Paix. Sans Elle :

point d'Industrie, point de Commerce, point de Bonheur Social. Ce n’est donc pas la Morale et la Raison seules

qui demandent la Paix c’est l’Intérêt matériel des Peuples

qui la commande avec l Autorité des plus pressants besoins.

Chaque commotion imprimée à l'Ordre matériel glace :

les Transactions d’épouvante et les menace de ruine.

Sans le Commerce Maritime elles deviendraient désertes

les routes que les Marchands audacieux et actifs par-

courent sur l'Océan.

La Mer a toujours été Libre : Elle a ouvert ses flancs aux Opprimés et aux Oppresseurs, aux Tyrans ambitieux comme aux Navigateurs paisibles, aux petits Etats comme aux grandes Puissances, aux Peuples barbares comme aux Nations civilisées. Voyez les sillons que tracent les Flottes orgueilleuses et terribles quand elles courent la carrière de la Guerre pour mettre la Vertu

à la place du Crime : ces Forteresses flottantes ne laissent

aucune marque de leur passage.

La Mer sera toujours Libre. Il n'appartient qu'à la Liberté de régner sur l'Océan. La Liberté est le premier de tous les Droits. L’Auteur de la Nature l’a imprimée à tout ce qui existe, aux Êtres individuels comme aux Êtres collectifs. Assurer la Liberté des Mers c’est ouvrir l'Univers au Commerce, à l'Industrie, aux Lumières : c’est réaliser avec Grrotius son Principe si simple et si fécond de la Sociabilité. Oui la Liberté des Mers est le plus grand avantage du Monde. Toutes les Nations veulent concourir à un But commun de Droits et de Devoirs, dans lequel tous les Peuples sont unis par les

Intérêts fondamentaux de la Vie. Avec la Liberté des

Sue

Mers, chaque Peuple, chaque Gouvernement a sa part de Commerce, d'Industrie, de Richesse, de Travail, de Navigation que sa Population, son Territoire , son Agriculture, ses Côtes, ses Fleuves, ses Arts, son Génie lui assignent parmi les Puissances Commerciales et

Maritimes.

Il manquait au Monde une déclaration des Droits des Nations. Il manquait un acte de Navigation générale fondé sur le Droit Naturel et sur le Droit des Gens. Les Maximes de la déclaration solennelle du traité de Paris, en 1856, ont virtuellement proclamé la Liberté des Mers, l’Affranchissement du Commerce nautique, la Punition de la Piraterie, et même explicitement aboli la Course, couvert la Marchandise ennemie par le Pavillon neutre, prohibé la saisie de la Marchandise Neutre voyageant sous Pavillon ennemi ; la Contrebande de Guerre exceptée. Il reste à reconnaître le grand Principe naturel de l’Inviolabilité de la Propriété privée sur Mer comme sur Terre. Une fois proclamé, le Droit public maritime sera écrit uniformément et consacré par toutes les Nations. Il ne manquera plus qu’un Pacte universel organisant militairement sur Terre et sur Mer

le maintien des Droits des Peuples. =

Le 208. —

Que voulait Grotius? Qu'il fût gravé sur tous les Pavillons des Vaisseaux Mare Liberum : Liberté des Mers ; égalité des Droits pour toutes les Nations, c’està-dire Paix au Monde. Ombre de Grotius, réjouis-toi. Le Droit Naturel est écrit dans toutes les âmes ; la Foi publique règne dans tous les Traités ; le Droit des Gens est sacré dans tous les Cabinets ; tous les points de la Terre sont éclairés par le Soleil de la Liberté. Oui, réjouis-toi, Restaurateur de la Philosophie du Droit, par un retour énergique au Dictamen Rationis, les liens réciproques des Nations se reserrent, la Morale des États se perfectionne, et la CIVILISATION CHRÉTIENNE, Principe dermer et final du Droit des Gens, MONTE VERS

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