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Grotius sent remuer au fond de son âme cette vérité trop longtemps méconnue : que les Nations maritimes sont les plus fortes, les plus éclairées et les plus indépendantes. Il proclame donc la Liberté des Mers ; et, pour tous les Peuples, l’Affranchissement du Commerce (Ch. 4 à 6). Il exhorte, en particulier, les Hollandais à commercer avec les Indes, en temps de Paix comme en temps de Guerre. De son regard mystérieusement économique, Grotius aperçoit que la Navigation, permise à tous par le Droit des Gens, doit porter dans les diverses contrées du Globe, le flambeau des Sciences et des Arts, les pensées des Philosophes et le code des
Léoislateurs.
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La Sociabilité, que Grotius roule, sans cesse, dans ses pensées, lui fait combattre l'isolement des Peuples. Il veut que chaque Pavillon domine l'Océan, que chaque Nation y tienne son rang, qu’elles soient liées entre elles par la Liberté du Commerce qu’elles doivent réciproquement garder et respecter (Ch. 8). En un mot Grotius enseigne le Devoir de religieusement conserver
l'Indépendance Maritime.
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Grotius, dédiant son Mare liberum à tous les Peuples libres du Monde Chrétien, fait connaître, dans un langage laconique, les fondements du Droit de tous et de chacun sur la Communauté de la pleine Mer. Fundamentum struemus hanc juris gentium quod primariam vocant requlam certissimam, cujus perspicua el immutabilis est ratio : licere cuivis genti quamwvis alteram adhre, cumque ea negociarr. Deus ipse hoc per Naturam lo-
quitur.
Dans son fameux Traité de Jure Belli ac Pacis, voici
‘les Raisons morales et naturelles par lesquelles 1l prouve
que-la Haute Mer ne peut devenir un Domaine privé : « Dicimus Mare sumptum ant sub ratione integri, ant sub rahione præcipuarum parttum, in proprium jus abire non posse, quod quia de privatis quidam côhcedent, non de populhs, probamus prémum ex moral ratione : quia causa ob quam à communione discessum est, hic cessat : est enim tant Maris magnitudo, ut ad quemvis usum omnibus populis sufficrat, ad aquam hauriendam, ad piscatum,
ad Navigationem : idem dicendum esset de Aere, si quis
ejus usus esse possel, ad quem terræ usus non esset neces- LA
sarius ul est ad aucupia ; unde illa legem accimant ab ec qui in terra imperium habet. Est et naturalis ratio quæ Mare consideratum ut diximus, proprium fiert vetat : quia occupalio non procedit nisi in re terminata: liquida, quia per se non terminantur, occupari nequeunt, nisi ul contenta in re alia, quomodo lacus et siagna occupata sunt, term flumina, quia ripis continentur. Mare ver terrä non continetur, pars lerræ, aut terræ majus: unde
terram Mari contineri veteres dixere. »
Il faut lire en entier les treize chapitres de cet Ouvrage patriotique en faveur de la Liberté de la Mer. Grotius prouve : que les Portugais n’ont pu acquérir, par le Droit de la Guerre, la Souveraineté des Pays situés dans les Indes Orientales ; que la donation d'Alexandre VIE est illusoire ; que les Portugais ne sont pas les premiers qui aient navigué dans la Mer des Indes, puisqu'elle a été connue aux Carthaginoïis et aux Romains ; que le Pape n’est point Souverain de la Mer, qu'il n’a pu donner une Chose hors du Conunerce ; que la Mer Orientale, ou le droit d'y naviguer exclusivement, ne peut appartenir aux Portugais par prescription, puisque la prescription n'étant que de Droit civil ne
peut rien contre le Droit naturel en vertu duquel la
Navigation est permise à tous les Peuples; qu'il est absurde d'imaginer que la Nation qui la première aurait navigué dans une Mer, serait censée en avoir pris possession ; qu'un Vaisseau qui fend les Eaux d’une Mer ne donne pas plus de droit sur cette Mer qu'il ne
laisse de trace de sa route ; etc.
Un Auteur Espagnol écrivit contre la doctrine de Grotius. Son Ouvrage à pour titre : De Justo imperio Lusitanorum Asiatico. Grotius rendit Justice à cet Écrivain remarquable, comme il rendit Justice à l’Auteur Anglais qui, dans le Mare Clausum seu de Domino
Maris, entreprit la réfutation du Mare Liberum.
Effectivement, un Homme s’est rencontré dans les premiers rangs parmi les écrivains érudits, ingénieux et subtils : ce fut Selden. Il plaide avec éloquence, dans l'intérêt de sa Patrie reconnaissante, l’Empire des Mers qu’il décerne au Peuple Britannique. Il épuise avec art les principes et les exemples de tous les temps et de tous les âges. Selden termine ainsi sa fameuse dissertation. Cœtèrum universis quæ hactenus extat
sœculorum Gentium que moribus, de Jure tam plurimorum
civili quam comununi seu interveniente deprumpta sunt, rite perpensis,nemo (puto) dubitavit quin neque in natura ipsius maris, neque injure sive divino, sive natural, sive gentium quid maneat, quod ita dominio ejus privato reluctetur, ut id non jure omni modo, atque exploratissimo queat admilti ; adeoque quin jure qualicumque dominii privati capax sit qualicumque mare, quod erat demonstrandum.