‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 57 sur 65 · ŒUVRES THÉOLOGIQUES ET MORALE · texte numérisé non relu

ŒUVRES THÉOLOGIQUES ET MORALE

Heu, beu, heu, Domine Deus : ecce tu fecisti Cœlum et Terram in fortitudine tua magna, et in brachio tuo extento : non erit tibi difficile omne verbum : Qui facis misericordiam in millibus, et reddis iniquitatem patrum in sinum filiorum eorum post eos : Fortissime, magne, et putens, Dominus exer cituum nomen tibi. Magnus consilio et incomprehensibilis cogitatu : CUJUS OCULT APERTI SUNT SUPER OMNES VIAS FILIO- RUM ADAM, UT REDDAS UNICUIQUE SECUNDUM VIAS SUAS, ET SECUN— DM FRUCTUM AD INVENTIONUM EJUS.

JeremM, 32.17 à 19.

Est-il quelqu'un parrai vous sage et instruit ? Qu'il fasse paraitre ses œuvres dans le cours d’une bonne vie, avec une sagesse pleine de douceur. Mais si vous avez dans le cœur une jalousie amère et un esprit de contention, ne vous glorifiez point, et ne mentez point contre la Vérité. Ce n’est point la la sagesse qui vient d’en haut, mais une sagesse terrestre, animale, diabolique. Car où il y a jalousie et contention, là aussi est le trouble et toute espèce de mal.

Jaco, 5.13 16,

En approfondissant les quatre volumes in-folio des Œuvres théologiques et morales de Grotius l'esprit est saisi d’admiration et véritablement surnaturalisé. L'intelligence se demande, avec inquiétude, comment elle osera tenter de substantiellement condenser les sublimes pensées de notre Auteur, dont l’idée mère est de sonder les Lois harmoniques de la Liberté et de l'Ordre dans leurs manifestations permanentes à travers le monde

physique, le monde intellectuel et le monde moral.

Après avoir nourri notre âme des pensées de Grotius, et véritablement consommé la manducation spirituelle de ses Œuvres, nous avons, avec la Grâce de Dieu, parachevé le travail suivant qui nous a coûté de patientes veilles. Daigne le Seigneur qu’il ne soit point indigne

du souffle inspirateur de l’illustre Grotius.

Ne sommes-nous pas des Hommes mortels, les uns semblables aux autres, sortis tous de Celui qui le premier fut formé de terre ? Nos Corps ne prirent-ils pas leurs appareils de vie dans le sein de nos mères? Ne fut-ce pas là que les éléments constitutifs de notre être subirent leur mystérieuses et vivifiantes élaborations ? Ne sommes-nous pas descendus physiquement des formations primitives échappées à la Parole: ce grand fleuve de vie qui est la source des existences ? Rudiments élémentaires de toutes les Genèses premières, ne fûmes-nous pas formés de leurs combinaisons harmo-

nisées ?

IT] Ne fut-ce pas le Tout-Puissant qui disciplina les

contradictions substantielles de notre vie, et fixa les

Lois de l'accroissement de nos Corps par l’agglomération

progressive de molécules constituantes? Ne fut-ce pas Lui qui protégea notre cerveau sous la voûte du crâne, et fit aboutir sur la face de l'Homme, ce sanctuaire de l’Intelligence, tous les agents organisés de l’économie vivante ? Ne fut-ce pas Lui qui nous donna l’Ouie, pour saisir les vibrations du son ; l’Odorat pour aspirer les parfums exquis de la Nature ; le Goût, pour discerner les saveurs agréables des Substances? Ne fut-ce pas Lui qui creusa l'orbite de l’OEïl pour y placer l'organe de la vue, ce fidèle et éloquent révélateur de la pensée ? Ne fut-ce pas Dieu qui plaça dans nos Corps tous les appareils de la vie organique, correspondant aux Sens : au moyen desquels nous nous mettons en rapport avec les

Monde extérieur ?

Sortis des entrailles maternelles, nous fûmes jetés sur la même Terre, pour y respirer l’Aïr commun ; et quand, pour la première fois nous nous fimes entendre, ce fut en pleurant. Tout l’espace de temps qui s’écoule depuis notre naissance jusqu’à la tombe, nous subissons les Lois du Monde matériel dans ses contradictions apparentes avec le Monde moral. Notre Nature, dans le dualisme humain, nous apparaît effectivement sous ses

deux faces: charnelle et spirituelle ; toujours adverses

jusqu’à la mort, quoique en œuvre incessante de réconciliation. Matériaux de la Civilisation, la Vie et la Mort sont les deux alternatives de l'Humanité. C’est à l'Homme, dont le premier devoir est de se connaïître, qu'il appartient de pénétrer ces deux puissances en lutte,

et de déterminer leurs manifestations incessantes.

Qu'est-ce que le Corps de l’Homme jusqu’à sa destruction? Celui de l’animal transfiguré, redressé vers le Ciel, planant sur la Terre du regard, pondéré par la sensation etle mouvement, saisissant la Nature par les sens, communiquant avec la vie universelle pour la dramatiser dans la Sensibilité. Voilà l'Homme physique. Synthèse vivante des trois règnes de la Nature, il renferme le Minéral par ses os, le Végélal par ses cheveux, l’Animal par son système nerveux. Glorieux répertoire de la Création, portant en lui-mème tous les êtres antérieurs à sa venue, ilse nourrit de tout ce qui s’enracine et se meut sur le Globe, dévore les éléments et mêle à sa substance jusqu'à la moindre étincelle d'électricité.

Ces phénomènes de la vie physique, qui se reprodui-

ront jusqu'à la cessation des fonctions vitales par la non

résistance des corps organisés aux causes qui tendent à les détruire, sont la dramatisation du Monde matériel. Le voyez-vous ballotté sur la vague flottante d’une perpétuelle palingénésie, passant tour à tour de la vie au néant ; et manifestant son existence à travers un flux et reflux de destruction et de génération. La Terre, berceau de tous les Etres, est aussi leur tombe : ils ont pour sépulture les entrailles qui les ont portés. Voilà l'Homme : il fleurit le matin, sèche le soir, passe comme l'ombre. Humains, puisqu'il nous faut naviguer sur le fleuve incommensurable de l'Espace, sans pouvoir renfermer une goutte de l'Océan éternel dans le cercle étroit de nos jours mortels ; que dans leurs périgrinations laborieuses nos Ames se meuvent par une volonté sainte suivant la ligne du Droit et du Devoir : ces deux faces de la Loi ; qu’elles aiment par le cœur, connaissent par l'intelligence et précipitent, dans l'effort de leurs

actions, leur course vers l’Éternité.

Le souflle de Dieu, cet esprit de Vie échappé à la vertu du Tout-Puissant, créa en nous l’Ame faite à sa ressemblance. Placée dans nos corps, mais née dans les x Cieux, faite à l’image de la Cause Suprême, l’Ame pos-

sèdeeffectivement la Sensibilité, l Amour etl’Intelligence.

N'a-t-elle pas la Conscience pour connaître ses facultés, la Mémoire pour retenir leurs actes, et la Volonté pour les diriger ? N'est-ce pas avec ces facultés simultanément agissantes et perpétuellement combinées que l’Ame saisit le Monde intellectuel, le Monde physique et le Monde moral ? Dans le Monde physique, n’admire-t-elle pas, par intuition spontanée, les forces de la Nature, la vertu des Éléments, la propriété des Corps ? Et par les procédés de la Raïson réfléchie ne saisit-elle pas les lois de la Pesanteur et celles de la Chaleur, les lois de la Porosité et celles de l’Impénétrabilité, les phénomènes de la Fermentation, de l'Électricité et de la Lumière, les développements du Feu et de la Flamme, leur explosion

dans les nues et dans les volcans ?

Lorsque l’Ame augmente la force de ses facultés par l'attention, n’arrive-t-elle pas dans ses considérations réfléchies à connaître l’harmonie des Sphères célestes, le mouvement de la Terre, celui de la Lune et celui de la Mer, les Lois du règne Minéral, celles de la Végétation dans les plantes, l’organisation dans les Corps vivants, en un mot tous les prodiges de la Vie? Si délaissant le Monde extérieur où Dieu se manifeste

glorieusement par ses pensées qui sont les Lois de

l'Univers, l'Homme porte sa raison dans le Monde intérieur : quel sublime Spectacle ! Ne.sommes-nous pas en possession, sans les former,de Croyances universelles et nécessaires, de Lois marquées des mains de la Nature, dans les profondeurs de la Pensée, pour gouverner notre Raison ? Croyances universelles quoique s’appliquant à des Phénomenès particuliers ; Lois nécessaires quoique mêlées aux Choses contingentes ; Croyances infinies et Lois absolues quoique s'appliquant à un Monde fini et

relatif.

Si la Conscience et les Sens ne suggéraient des notions particulières et contingentes, la Raïson ne pourrait révéler à l'Homme ces croyances universelles. Pour la Pensée, qu'est-ce effectivement que l'Espace sans les millions de mondes qui le remplissent, le Temps sans la succession des évènements, la Cause sans ses effets, la Substance sans ses modes? Ce sont là des Vérités de sentiment que l'Homme respire avec la vie. En réalité nos Sens servent donc à réveiller nos Idées, à nous pousser à la recherche des Causes primitives. Oui, la Sensibilité appellela Raison à expérimenter les phénomènes de l’Entendement, à distinguer les Lois et les Croyances qui gouvernent les Pensées et les Actes

de | Humanité.

C’est à la Raison que l'Homme doit toute son Intelligence : elle est le sanctuaire de la Vérité, le tabernacle de la Conscience. NH n’est donné qu’à l’Intelligence de se connaître elle même. La pierre tombe, elle n’a point conscience de sa chute; la foudre calcine et pulvérise, elle ignore son redoutable pouvoir; la fleur ne sait rien de sa grâce; l’animal sait ses instincts et ne les interroge pas : seul, l'Homme porte en lui-même un esprit qui, non content d’embrasser le monde, s’inquiète de se comprendre. En procédant par la Lumière du cœur, cette Raison spontanée qui est la vraie logique de la nature, nous découvrons, par une sorte d’intuition pure etimmédiate, les Vérités éternelles qui gouvernent l'Humanité. Or cette Lumière, qui éclaire tout Homme venant en ce monde, le porte à reconnaître qu’il n’y a d'Éternel, d’Immuable et d’Indépendant que Dieu ; que ce n’est qu’en LUI, comme source de l’ÊTRE, que se trouve la raison des choses ; qu’il est la Substance des vérités incréées, comme il est la Cause des existences

créées.

Etrange mystère! Le Principe générateur, la Cause

éternelle des Genèses, mêlé à tout par ses Attributs,

est séparé de tout par sa Nature; dans le monde par - ses qualités, hors du monde par sa Substance. C’est ainsi que Dieu se manifeste dans la vie universelle par les Lois de la Nature qui découvrent et voilent en même temps son Essence éternelle. Tous les êtres de la Création nous parlent de Dieu. Les phénomènes harmoniques de la Nature, certifiant avec force les croyances de l'Humanité, lui font crier sous tous les vents de la Terre : UNITÉ des UNITÉS, monade primitive, Celui qui

est à lui seul l’ETERNITÉ, Père et Conservateur des

Etres, DIEU, dans les Hauteurs des Cieux, repose iné- | branlable : IL EST!!!

__ Inconcevable et immanifesté, mystique et impéné- | trable, Dieu se traduit, pour l'esprit, en Mystère et en Foi. Aussi,quand la Foi s'écroule tout l'Homme tremble. C’est que l'Humanité ne vit que par ia Foi, la Raison ancrée sur la Liberté: sans la FOI l'Homme s’isole au | sommet du DoutE et cherche son aplomb sur le VIpg. Le Créateur a pourvu à la vie des Corps en leur préparant l'Air qui vivifie, et à la vie des Ames en leur imposant la CERTITUDE qui est l'air de l’Intelligence. Voilà pourquoi, semblable à l’astronome qui scrute les

profondeurs du Ciel, sans chercher à troubler l’ordre

de l'Univers, le vrai Philosophe n’est jamais tenté de s’insurger contre les fondements de la Raison: il étudie les principes de la Science et des Lois qui président au développement de l'Esprit, sans s’épuiser à chercher le pourquoi de sa Pensée.

Les Intelligences, dévorées par le Doute, qui creusent autour des fondements de la Certitude, sentent tourbillonner leur Ame : le vertige s'empare de leurs Pensées. Loi d’airain de la Nécessité et de la Fatalité, la Certitude est le Soleil de la Foi. Le Doute, au contraire, ressemble aux nuages qui voilent la face du Soleil : il obscurcit la Raison. Et de même que le Soleil aveugle ceux qui doutent de sa lumière, de même aussi la Certitude enveloppe de ténèbres le Sceptique qui ose contrôler ses assises. La Certitude, telle est donc la Lumière divine que nous portons au fond de notre Ame et qui nous fait lire sur l’écueil ou vient se briser la sagesse humaine cette Loi de notre Conditionnalité : Tu n'iras pas plus loin.. Celui qui a écrit cette Vérité éternelle est l’Auteur de tous les Etres, le Législateur du Monde des Corps et du Monde des Esprits, la Raison dernière de toutes choses, c’est-à-dire le Dieu Mystérieux, où viennent se briser les catégories de Temps,de Génération et de Mort.

Voici venir le Roi de la Création, le Souverain de lui-même, l Usufruitier des Œuvres de Dieu: HOMME. Descendu physiquement de la Terre, et métaphysiquement du Ciel, il s’avance revêtu de Forces selon sa nature, puissant sur tout ce qui habite le Globe, et grand par sa Liberté de pensée, de parole et d'action. Son Esprit, rempli de la lumière de l’Intelligence, possède le discernement ; et la Science de l'esprit créé en lui-même distingue le Bien et le Mal. Glorieusement abandonné à l'élection de son propre conseil, l'Homme choisit librement la vie ou la mort, suivant qu'il accomplit ou viole la Loi qui règne seule assise sur la volonté de l'Éternel. Si loin d’abuser de sa Liberté en la soumettant au joug des passions mauvaises, l'Homme l’élargit au contraire sous la discipline du Devoir, on le voit diriger ses actions selon la Loi, se déclarer pour

la Vérité et opérer des œuvres de Justice.

Son cœur marche dans le chemin de la Pureté, son esprit repose dans le sentier de la Lumière : toutes ses voies sont droites, son activité a des issues bonnes.

Moissonnant dans le champ de la lutte, il récolte le

Travail avec ses vertus, la Douceur avec son calme, la Sobriété avec sa mesure, le Désintéressement avec sa paix, la Chasteté avec ses aménités, la Bienfaisance avec ses richesses, l’Humilité avec sa raison. Ses pieds ne foulent point les sentiers impurs ; ses épaules ne sont jamais chargées du manteau de plomb de l'injustice, ses sens sont disciplinés, sa bouche ne prononce que des paroles vraies, sa langue ne blesse jamais Autrui. La Protection est dans la serénité de son regard, le Dévouement dans la droiture de son cœur, et la Justice dans la charité de son âme. Toutes ses pensées sont vraies, toutes ses voies sont droites : la Vérité est dans son Intelligence, l'Ordre dans ses Affections et dans ses Actes. Sa Conscience lui rend bon témoignage de ses

Œuvres. IL EST DIGNE !!!

L'Homme fait-il, au contraire, un coupable abus de sa Liberté en l’abandonnant aux Passions mauvaises qui la tyrannisent, on le voit diriger ses actions contre la Loi,se déclarer contre la Vérité et opérer des œuvres d’Injustice. Son cœur s’égare dans l’Impureté, son esprit aime l’atmosphère des Ténèbres : toutes ses voies \

sont obliques, son activité à des issues mauvaises.

Moissonnant dans le champ de la défaite, il récolte la

PA

Paresse avec ses vices ; la Colère avec ses orages ; la Gourmandise avec ses dégoûts ; l’Envie avec ses inquiétudes ; la Luxure avec ses remords ; l’Avarice avec ses miseres et l'Orgueil avec ses folies. Ses mains sont pleines de Rapines ; ses pieds chaussent les sandales de la Prostitution ; ses épaules sont enveloppées dans la manteau de l’'Iniquité ; ses sens sont déréglés ; sa bouche est armée de Tromperie ; sa langue coupe comme un rasoir. Le Mépris est dans l’inquiétude de son regard ; la Trahison dans l'astuce de son âme ; la Corruption dans l’égoïsme de son cœur. Toutes ses pensées sont fausses ; toutes ses voies sont injustes : le Mensonge est dans son Intelligence, le Désordre dans ses Affections et dans ses Actes. Le trouble est dans cet Homme : la duplicité de sa Conscienee lui rend mauvais témoignage

de ses Œuvres, et le perce de l'épée à deux tranchants

du Remords. IL EST INDIGNE !!!

Voilà le dualisme de l'Homme, les poses antagoniques de la Liberté. Ne soyons point des sépulcres ambulants: nos voies sont connues de l’Éternel qui pèse les cœurs. À cette époque de transfiguration où les branches desséchées tombent de l'arbre de l Humanité,

gardons-nous du fanatisme froid de la logique du Mal,

HIER de

nourrissons contre la Corruption et l’Iniquité la colère réfléchie de la Conviction. Le ferment de tous nos vices, le principe de toutes nos trahisons, le secret de toutes nos misères, et la cause de toute rapine, c’est la Corruption du Cœur. Telle est la Confession que l'Homme qui ne ment point fait au Tribunal de sa Conscience. L’Anarchie morale a tout envahi : elle a passé du Cœur à lIntelligence, de l’Intelligence au Corps, du Corps aux Choses. Est-ce-à-dire que la Propriété ressemble au cœur de l'Homme, qu’elle est impure, frelatée, sophistiquée, souillée? Non, certes. La Propriété, cette communion de l'Homme avec la Nature, est, au plus haut degré, éminemment sacrée: fruit glorieux de la dépense des forces matérielles ou spirituelles, elle constitue dans nos descendants en os et en chair la prolongation de notre existence au-delà du trépas. Oui la Propriété est si hautement à l’état saint, dans ses générations laborieuses, qu’elle veut des exploitations pures et des jouissances légitimes. Elle fait la Guerre aux affections concubinaires qui épuisent les

Choses et souillent le Domaine.

Le Christianisme, en prêchant la doctrine de la Priva-

tion et de la Continence,enfanta l’Épargne, cette humble

Immortalité de chaque Famille. En entassant le lendemain sur la veille, le sacrifice sur le sacrifice, l’Épargne devient l’apprentissage de la Vertu, enseigne la Prévoyance et commande la Privation. Du jour donc où le plus Pauvre, perdu dans la nuit de sa Misère, immole un besoin en économie, l’Épargne, dans une mystique Conception, engendre saintement la Propriété rédemptrice. Muette confidente de l'espérance de l'Homme, elle le console comme la Prophétesse mystérieuse de sa transfiguration,et lui fournit, par le Travail de la pensée, le pouvoir de conquérir sa place au soleil de la Cité intellectuelle. Oui l'Épargne est véritablement la privation ajoutée à la privation, et dès lors l’incarnation sacrée dans l'avenir, de Consommations possibles dans le présent, et qui s’évanouiraient dans une Jouissance éphémère immédiatement évoquée. De même que V’Écriture envolée au souffle du progrès va sans cesse retirant les âmes de l’Ignorance et les marques du signe de l'élection pour les introduire au parvis sacré de l'Intelligence, de même aussi la Propriété engendrée par le Travail et l'Épargne rachète la vie de l'Homme

de son état de dépendance et de misère.

Chose prodigieuse ! Voici, avec le règne de la Foi et

de la Justice dans les actions de l'Homme, la Propriété foncièrement spiritualisée ; le Domaine à venir prenant possession du temps qui n’est pas encore, dans le Crédit qui lié à l’Épargne constitue le Capital matériel et spirituel. Suprême résumé de la Propriété accumulée durant de longs âges, véritable legs de l'Humanité disparue à l'Humanité présente, viatique des Générations futures, le Capital est dans son infatigable apostolat la sentinelle avancée du Travail, dans le grand Combat

que l'Humanité livre à la Nature depuis la Malédiction du Globe.

Voici un atôme des Mondes créés, la Terre : lieu de passage des Mortels dont la vie n’est qu’une journée laborieuse dans les siècles. Et sur ce point de l'Univers marche le Dominateur du Monde, en proie à la Souffrance et au Combat. Dans son développement et au milieu d’une lutte perpétuelle, l'Homme va en effet, de la Fatalité à la Liberté, de l’Instinct à la Raïson, de la Matière à l'Esprit ; mais consolé dans la Guerre laborieuse par les glorieux attributs de ses Œuvres,l Homme, dans ses actions utiles, devient, par la Vertu méritoire de son activité sociale, le sublime Continuateur de la

Création. Aussi Dieu, l’Auteur de la Nature, attacha

* le bonheur à l'emploi du temps ; la peine à sa perte. Et voici que le Travail, avec ses affections pures, est empreint d’une Réalité qui élève et fortilie, qu’au contraire l’Inertie,avec ses penchants délétères engendre la souillure et l’épuisement. Heureux l'Homme qui force chaque minute lui payer son tribut. Malheureux lOisif:

son cœur est dévoré par le vautour des mauvais désirs.

Par le Travail, ce compagnon du pur amour, l'Homme grandit en force et en beauté, connaît les mobiles de sa volonté, les ressorts de son cœur, ses besoins,ses efforts, sa constitution, ses penchants et ses tendances. Mais surtout par le Travail douloureux et saint de la pensée, Pomme devient maître de ses affections, suit sa Raison et sa Conscience et triomphe moralement de Juimême. Par l'émission de vie et d'esprit que le Travail exige, comme il plaît, comme il intéresse, comme il passionne. Que dis-je? Il devient une nécessité plus impérieuse que la Subsistance. C’est que seul le Travail est le complément de l'opération créatrice, le principe du Progrès, dès lors la plus sublime manifestation de l’Activité humaine. Oui l'Homme laborieux est grand : ses actions, ses mouvements, ses discours, ses pensées,

ses produits, en un mot toutes ses affections, portent le

caractere de l'Art, la recherche du Vrai et la perfection du Beau.

Penseurs, qui tenez de votre génie le Sacerdoce de la Publicité, vous avez une sainte Mission à remplir, dans ces temps douloureux où le Sceplicisme semble être l’effet et le châtiment de l’anarchie des idées : Glorifiez, exaltez, divinisez le Travail. Dans votre foi scientifique et raisonnée, comme il convient à propos de choses laissées aux investigations des Hommes, prononcez avec Grotius ce mot si consolant qui ouvre le symbole des Chrétiens : JE CROIS à la Force, à la Saintété et à la Victoire du Travail!!! Qu'est-ce qui exprime le Dévoñment du Cœur et l’Élargissement de l’ Ame? Toi seul, Ô Travail. Par tes procédés de plus en plus glorieux dans les Arts et dans les Sciences, frappe d’étonnement les Hommes du siècle; stigmatise au front des Improductifs la honte irrémissible de leur Inertie, console les Ouvriers de la pensée, fortifie tous les Guerriers de l'intelligence et blesse à mort, sous la juste Malédiction de l’Activité sociale, tous les hommes d’iniquité qui croupissent dans l’Inaction et l’aveuglement de leur Mollesse.

De même que pour détrôner la Foudre, le Paraton-

nee tte dé. me

nerre conspire avec elle et synthétise le dualisme électrique ; pour te poser comme réalité et t'objectifier comme produit, tu es, 0 Travail, en conspiration permanente avec les Élémens; et tu deviens, dans la lutte, le triomphateur de la Nature. Tes Phénomènes, dans leurs formes, leurs accidents et leurs rapports, ne dictent-ils pas les Lois qui régissent la Production, soit dans ses manifestations spontanées, soit dans ses évolutions systématiques; et ne constituent-ils pas le foyer de la Vie universelle en synthétisant toutes les réalisations de l’Ame sociale? Travail ! n’est-ce pas toi qui est la source intarissable de toute Puissance physique, intellectuelle et morale ? N'est-ce pas toi, qui au milieu de tes agitations métaphysiques proclame que les anomalies de la Valeur engendrent la théorie de l’Infélicité. Avance donc, à travers les âges, comme la Loi perpétuelle du Progrès ; traduis tes métemphsycoses par la foi vitale de tes antiques traditions et d’après les procédés de tes manifestations séculaires, et règne glorieusement comme seule cause de Vie, d’Intelligence,

d'Amour et de Liberté.

Le Travail est partout, la Souffrance est partout :

mais il y à des Travaux stériles et des Travaux féconds ;

aps

des Souffrances infâmes et des Souffrances glorieuses.… Voyez le Laboureur : s’exposant à la pluie, au soleil et aux vents, il prépare la moisson qui doit fructifier en Automne ; son travail est fécond. Et l’Artisan : ne se lève-t-il pas avant l’aube ? allumant sa lampe, fatiguant sans relâche, 1l gagne le pain quotidien de la Famille, son logement, son vêtement ; son travail est fécond. Et le Matelot : ne traverse-t-il pas les Mers? se livrant à la fureur des flots et aux complots des tempêtes ; il marche d’écueil en écueil, faisant la Guerre aux éléments ; son travail est fécond. Et le Marchand : refuset-il une minute à son activité ? ne se plaignant d’aucune peine, il use son corps et oublie le sommeil : son travail est fécond. Et le Penseur : au milieu du silence de la nuit, l’âme toujours éveillée, ne remonte-t-il pas à la source du Bien et du Mal? se livrant au rude labeur des Méditations, il châtie de sa plume acérée l’Oisiveté criminelle : son travail est fécond. C’est ainsi que tous les Hommes d'activité et de fatigue, toutes les Intelligences de la lutte et du combat marchent sur la terre ferme

de la Civilisation.

Mais à côté de ces glorieux Combattants dans l’arène

laborieuse, que voyons-nous? Des Insensés qui ne visi-

| tent jamais le champ du Travail, mais perdent leurs jours dans l'Oisiveté. Ennemis d’eux mêmes et de leurs semblables, véritables frèlons au milieu des abeilles, n’apportant ni miel ni cire à la ruche de l'Humanité, ces Parasites sont en rebellion contre leur âme et contre Dieu. Bannissant l'Éternel de leurs pensées, prenant les Sens déréglés pour conseil, des ténèbres froides et: pleines de vains fantômes les accablent, et les portent à l’aliénation impure de leur Liberté. Dans leurs mains * l'emploi du temps ne sera jamais l'agent tout puissant du Bien. Pourquoi se réposent-ils sur les eaux croupissantes du Désœuvrement , sans jamais naviguer sur l'Océan éternel du Mouvement progressif ? Ne sem-

blent-ils pas comme étouffés dans le lac stagnant et

fangeux du Désordre ?

Chose horrible ! ils maudissent la Liberté d'Action qui peut seule développer leurs facultés, pourvoir à leurs besoins, améliorer leur condition et les éloigne de la brute. Malheur aux hommes d'inertie et à toutes les victimes de l’Oisiveté, ils ne sortiront jamais du Dénûment de l’Ignorance, de l’Abaissement et de la Misère. Livrés au monde des Passions mauvaises, ensevelis dans

les ténèbres, l’astre de la Science ne se lèvera jamais

sur leur âme. Tous les ressorts de leur volonté ne sontils pas relâchés ; toutes les forces de leur intelligence ne sont-elles pas engourdies? Leur vie, retirée au fond de leur cœur, s’y consume désespérée comme une lampe dans un tombeau. Aussi, leur destinée est pesante et pleine de douleur : fuyant le châtiment de l’Ennui, ce serpent de l’Inquiétude les enlace toute leur vie. La conscience de leur inutilité les frappe d'une langueur qui pèse sur eux plus que toutes les fatigues. Le Temps lui-même, ce Bien sacré plus précieux que l'or, est, pour eux, un fardeau plus pesant et plus vil que le

plomb.

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