‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 58 sur 65 · XX VIT · texte numérisé non relu

XX VIT

Ce n’est pas tout. Chaque heure perdue, quoiqu’engloutie dans le gouffre du passé, est toujours errante devant leur mémoire pour afliger leur pensée. Le spectre noir qu’on appelle le Remords déchirant, fait de leurs Corps la caverne des Souffrances,et de leur Esprit l’antre du Désespoir. N'est-ce pas lui qui dit à l'Homme frappé au cœur du signe de sa faute : puisque ta as manqué à la Religion sainte du Travail dont les Lois sont écrites dans ta conscience, erre dans le chemin de la Tribulation ; que ton Oisiveté te poursuive partout,

même dans le désert moral, jusqu'à ce que la flamme

de purification qu'on appelle le Repentir ait dévoré tes entrailles, et purifié, dans une Rédemption laborieuse,

l'atmosphère de ton âme ?

La cause de tous ces Déréglements c’est la dépravation du Cœur, de l’Intelligence, du Corps et des Choses. Toutes les victimes du Désœuvrement visitent la demeure corrompue de la Luxure pour former un pacte impur avec les Filles maudites de l’énervante Volupté. Condamnées par les maximes des Philosophes, dénoncées au Magistrat Suprème par la loi du Travail, frappées d’anathême par la Religion de Jésus-Christ, ne sontelles pas un Outrage perpétuel à la Misère du Peuple ? Créature de Satan, cachant dans son sein flétri le Désespoir et la Lâcheté,la Luxure commence l’œuvre de la Dégradation humaine. Dans ses honteux plaisirs, elle abaisse les insensés qui la courtisent jusqu’à l’ignominie des pourceaux : comme ces animaux immondes ‘ils se roulent sur le fumier de l’orgie. Luxure délétère et méphytique qu'elle est affreuse ta dégradation. Vois tes Esclaves : leurs pâles visages témoignent qu'ils sont les impurs martyrs de la Débauche, qu’ils marchent immiséricordieusement à la mort sous les drapeaux de

l’'Abomination. Ils éprouvent les lassitudes de l’Impu-

ae

dicité avant d’en sentir la honte. Flétris par de monstrueux excès, le corps usé, l'intelligence abrutie, ils .respirént la peste. L’épée à deux tranchants du Talion moissonne les Ouvriers d’iniquité : les spectres livides qui flairent les lèvres des mourants semblent les étreindre de leurs baisers impurs pour sceller le contrat qui

les unit à la mort. Horreur! la pourriture poursuit

leurs os ; leur chair est prématurément dévorée par les

vers de la tombe. Ce ne sont que des Cadavres ambulants

‘inoculant à leur Postérité tous les maux de la Terre. ”

Leur Génération s’exhibe à la face du Soleil, drapée

dans le manteau de l’Ignominie et de l’Irrémiscibilité

de la Honte.

Veille sur toi, belle jeune Fille,les Lions de la Luxure rôdent au tour de ton Ame. Il sort de leur bouche im-

. pure des serments sans foi et sans fidélité. Ils ne jurent que pour te faire outrage. Une fois qu'ils auront cueilli les feuilles parfumées de ta virginité, assouvi leurs passions sur les ruines de ton Honneur, ces Misérables insulteront à ta Disgrâce pour ne te laisser que les épines meurtrières qui doivent accabler le reste de tes jours. N'oublie jamais que leur Réputation exhale l'odeur

du Crime : on redoute leur approche son les fuit comme

la Peste ; ils vivent et respirent dans une atmosphère de Lubricité. Qu'ils soient Maudits ; qu’ils meurent de la mort des Damnés ; et que leur Maison, impure comme leur cœur, soit un poteau d’Infamie. Malheur à ceux qui ne veulent pas comprendre que l’haleine du Débauché

tue; qu'il sort de lui-même une vapeur de Malédiction.

Dans l’abime où se retire son âme entendez-vous le râle de sa Conscience ? Quel est ce vent brûlant qui dessèche son cœur? Pourquoi l'orage du Désespoir grondet-il sur sa raison ? Terrible mais sublime Loi de l'Éternel : les Hommes qui abusent du temps et consument leur vie dans l’Oisiveté criminelle, sont tourmentés et dévorés dans leur existence. Reconnaïissons done que, sur la Terre, tous les Hommes ont leur labeur soit de corps, soit d'esprit, soit de cœur. Ceux qui disent : nous ne travaillerons pas, sont les plus Misérables. Comme les vers dévorent un cadavre, les Vices les

dévorent, l’Ennui les accable, le Désespoir les tue.

Veille aussi sur toi, Jeune Homme. Evite la Femme souillée par l’adultère : son sang est corrompu , le

poison de sa chair fait respirer le deshonneur à son

époux. C’est en vain qu’elle cache son infidélité, et qu’elle donne au Vice les dehors de la Vertu, au Crime les allures de la Sainteté : son cœur est toujours dévoré par le vautour des mauvais désirs. Qu'il est accablant ce reproche éternel qui s'échappe de sa conscience : Pourquoi maudissant le plus beau présent du Ciel, et profanant l'Union la plus sainte, as-tu souillé ton sein avec des étrangers, avec les fragments impurs de ta foi brisée et de tes serments rompus? Que la honte et lignominie accompagnent ta vie et soient les stigmates ineffaçables de ta profanation. Que la pensée chrétienne qui a révélé au Monde la forme la plus épurée du véritable amour fasse comprendre l’union mystique de l’âme avec le Christ où rayonne comme sur la face d’une épouse adorée la beauté même de la sainteté. Mères! élevez vos Filles en dignité, à l'ombre de l'Évangile, jusqu’à ce qu’elles ambitionnent la sanctification d’un Époux ; et qu’alors leurs vertus répandent la grâce de leur âme sur le cœur de l'Homme : les fleurs de la Sagesse épanouies sur leur sein exhaleront une atmosphère de vérération; et leur descendance loin d’être une filiation de la race des mauvais Génies, sera une posté-

rité parfumée de tendresse et bénie pour l’Éternité.

Hommes aux voies ténébreuses, vous dont le senti-

roms

Ai

ment et la vie sont oblitérés, abandonnez au feu et à la flamme les Plaisirs et la Mollesse ; retirez-vous des défections de l’Inertie ; rappelez la vertu de l’âme pour reconquérir le temps usurpé par l’Inaction ; rendez l'existence à cet amas de mouvements que le vice a anéantis ; chassez de vous-mêmes l’Oisiveté: ce crible de la Perdition. Le Crime capital qui à nom Paresse est l'Océan où mugissent les Passions mauvaises : ses rivages sont visités par le Désœuvrement, le Désespoir et la Lâcheté. Faites sortir toutes les erreurs de votre Raison, tous les doutes de votre Volonté et toutes les douleurs de votre Mémoire: et pour cela qu'un Cœur nouveau surgisse en vous-mêmes ; et vous vivrez. Alors la Science de Vérité illuminera votre Intelligence ;

la nuit fuira de votre paupière.

Travailleurs quilevez des mains pures vers Dieu, n'est-ce pas que la Vie est la Liberté gouvernée par la Prudence qui découle de la SAGESSE, de cette Vertu qu'avant toutes choses l’Éternel a engendrée de lui-même et qui s'appelle le VERBE DE DIEU? Cultivons cette Terre nouvelle, la Terre de la Liberté où triomphent la Persévérance et le Sacrifice. Marchons en phalanges serrées

sous le drapeau du TRAVAIL. Élevons de plus en plus

haut la Civilisation, en réalisant progressivement par des TRAVAUX SÉRIEUX, l'ŒUVRE DE DIEU DANS L'HUMANITÉ : fortifiés par cette pensée consolante et vraie que les Soldats du TRÈS-HAUT ne sont jamais délaissés dans le Combat ni éteints dans la Mort;

mais recoivent en leur temps la Gloire et l’Immortalité.

Prends garde, heureux Mortel, tu contractes une dette avec le Malheur. L’Adversité, comme un créancier sévère, s'apprête à te demander les intérêts accumulés de ses délais. Elle fait souvent de la Prospérité passée un fouet. dechirant : semblable aux vains Plaisirs qui se révoltent contre nous, comme de faux Amis dont la Tendresse s’est changée en Haine. Donc, ne dédaigne jamais le réduit où l'Homme de bien consomme sa vie : c’est au bord de la tombe que la Vertu se déclare, que la Vérité luit dans son éclat, que tombe le masque de l'Hypocrite, que le cœur se découvre et paraît nu. Ne

méprise point les malheurs qui t’instruisent ; ce sont eux

qui te crient : ne t’appuie point sur la terre, ses biens

sont plus frêles que des roseaux.

Armé d’une pointe qui déchire l’abus des biens,

perce le cœur et le laisse sanglant et désespéré. Il n’a point vécu d’avare qui n’ait avoué en mourant, à l'heure fatale où l'Homme ne ment plus, que tout l'or qu'il avait amassé n’était que peine et vanité. Méprisons ces Ames stupides qui font leur Dieu de la poussière de l'or ; éloignons-nous de ces Hommes abrutis qui,dévorés de la soif du gain, passent toute leur vie à emplir leurs coffres-forts, se traînent dans la bassesse, se dévouent

au mépris et boivent la honte sans la sentir.

XXAXVI

Quel est notre trésor ? L'argent nous dit : ce n’est pas moi, mon éclat vous trompe ; si j'enrichis la terre, je suis pauvre pour vous; je ne fais qu’exciter vos besoins. Lorsque votre pouls si faible, qui ne bat si longtemps que par miracle, s'arrêtera pour toujours, w'irai-je pas dans la main de nouveaux maitres qui insulteront, peut-être, à votre avarice ? Travaillons donc à nous préserver de l’Égoïsme : de cet exacteur cruel et inexorable nous faisant souffrir et de nos

besoins qui se multiplient et de nos désirs qui s’irritent.

XAXVIE

Globes lumineux suspendus au-dessus de la Terre pour

attirer le cœur delHomme, qu'ils sont à plaindrè ceux

sn 918 —

qui méprisent les leçons que vous retracez à la Raison. Qui n’apercoit dans chaque système planétaire, l'image d’une Société bien policée où règne la Concorde et l’'Harmonie? Une sorte d'amitié commune semble les unir ; il se fait entre eux un échange réciproque de lumière : tous éclairent et sont éclairés ; tous attirent etsont attirés. Habitants du même ciel toujours fidèles aux Lois de leur Patrie, aucun ne s’écarte du plan général ; aucun n’agit contre l’intérêt de tous. Contemplons les astres : leur échange continuel de services et de clartés est un tableau vivant où nous pouvons apprendre

à aimer nos semblables et à chercher notre bien-être

dans la Félicité Publique.

XXXVITI

Arrachons l'Égoïsme de nos cœurs ; suivons les Lois de la Nature, comme les globes lumineux qui s'attirent mutuellement et produisent l'harmonie céleste. Oui l'Égoïsme corrompt le cœur, reserre l’âme, obscurcit l’entendement. Dans sa demeure, toutes les espérances se détruisent, toutes les fleurs se flétrissent, tous les germes avortent, comme ces fruits qu'une gelée frappe de mort, et qui végètent suspendus à une branche stérilisée. Quel est-cet homme, enchaîné par le Monde,

courbé vers la Terre, fermant son intelligence à l'Esprit

de Dieu, arrachant son cœur de sa poitrine pour y placer un froid métal ? C’est l’Égoïste, c’est l'Avare : race de Caïn, sans entrailles et sans espérances, frappée de stérilité et de mort, branche sèche qui sera condamnée coupée et jetée au feu. Ah! qu’il doit être affreux de finir ses jours en disant : nul cœur n’a été heureux par mon moyen; nulle félicité d'homme n’a été mon ouvrage; j'ai passé impassible et nul comme le glacier qui, dans les antres des montagnes, a résisté aux feux du midi; mais qui n’est pas descendu dans la vallée protéger de son eau les pâturages flétris par les rayons brûlants du jour. Quittant le théâtre de la vie, laissant tomber son masque de chair, entendez-vous l’Égoïste près d’entrer dans le sein de la Justice divine jetant ce cri terrible : Malheur à moi, j'avais des Lazares à ma porte, je n’ai pas eu souci de leurs maux et les chiens plus compatissants que moi venaient sécher leurs plaies. Les tourments de l’âme, la fièvre qui dévore, le remords qui

tue ; voila ma récompense.

Chose sublime! lorsque l’Amour de soi, au lieu de s’'emprisonner solitairement au fond de chaque cœur et d'y constituer J'égoïsme individuel, va toujours s’uni-

versalisant, suivant les Lois souveraines de l'Ordre ,

l'Homme aime plus que lui-même. Dans son ascension graduelle le cœur de l'Homme rencontre la Famille dont il est membre, et aïme la Famille plus que lui-même ; et plus que celle-ci, la grande Famille qui embrasse toutes les autres, c’est-à-dire l'Humanité. L'Homme, en effet, par l'épanouissement de son Ame, par la dilatation de son Cœur, préfère la Vie collective à la Vie individuelle, et l’Auteur de la Vie, Celui qui est, à toutes les Vies créées. Or, par cette préférence amoureuse, le Cœur retourne à son Principe éternel qui est aussi son Terme infini. Voilà comment l’Amour est la base de nos Droits comme la base de nos Devoirs : Aimer Dieu et son Prochain comme Soi-même c’est la loi du Droit comme la loi du Devoir ; la loi de tous les Temps comme la loi de tous les Ages. Ecrite par Moïse sur le Sinaï, au milieu du tonnerre et des éclairs, révélée dans sa perfection par Jésus-Christ notre Législateur par excellence comme Verbe de Dieu, que cette Loi d'amour, principe et fin du Droit et du Devoir, se développe en nous, à travers les siècles, dans sa majesté

inviolable.

Tout Homme veut être heureux ; mais pour parvenir

à l'être il faut savoir ce que c’est que le Bonheur. Où

Page 1