‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 1 sur 134 · DOYEN DE LA FACULTÉ DE DROIT DE DIJON · texte numérisé non relu

DOYEN DE LA FACULTÉ DE DROIT DE DIJON

C'est dans rancicnnc province de Franche-Comté, entre Besançon et Pontarlicr, à trois lieues de la petite ville d'Ornans, à deux de la source de la Loue, sur l'un des contreforts les plus élevés de la chaîne du Jura, que s'étagent les rares habitations du hameau où Proudhon reçut le jour.

Les premières années de sa vie se passèrent au milieu de ces horizons sévères, et il est permis de croire qu'il dut à l'impression profonde causée par cette nature sauvage, ses goûts simples, son ardeur au travail et sa robuste santé.

Fidèle à ses souvenirs d'enfance, c'est à ses chères montagnes qu'il venait régulièrement chaque année demander, à l'époque des vacances, un repos nécessaire après ses longs travaux, tant il est vrai de dire, avec le poëte :

Nescio qua natale solum dulcedine cunctos Ducit, et immemores non sinit esse sui.

On était alors au temps où la littérature, sortant du domaine de l'art, traitait, avec plus de légèreté que de prudence toutes les questions politiques, religieuses et sociales. Mais Proudhon était un esprit moins littéraire que positif; aussi ces nouveautés n'eurent-elles pas d'influence sérieuse sur ses idées. Elevé dans le respect de l'autorité, qu'elle s'appelle la Religion, l'Etat ou la Famille, il s'attacha plutôt aux principes sages et modérés de Malesherbes et de Turgot, qu'aux exagérations politiques des précurseurs do la Révolution française. S'il prêta quelquefois une oreille favorable à ses promesses libérales, c'est qu'il les croyait sincères et réalisables dans dosages

limites. Dès que l'anarchie fit la loi, il s'éloigna d'elle avec indignation et consacra tous ses efforts au triomphe de la cause du droit. Sa nature, essentiellement loyale et honnête, souffrant de tant d'injustices, accueillit avec joie le régime nouveau qui rouvrit les églises, rendit à la France le calme et la prospérité et donna libre carrière à son goût pour l'étude. S'il eut parfois ses jours d'épreuves, il les dut à la rigueur de ses principes; mais justice lui fut toujours rendue. La Restauration, qui n'ignorait pas ses préférences pour l'Empire, finit par comprendre qu'elle aurait tort de priver l'enseignement de ses lumières; aussi put -il, pendant de longues années, réunir autour de sa chaire l'élite de la jeunesse des deux Bourgognes, et mourir, comme le sage, dans un âge avancé, entouré du respect de sa famille et de l'estime de ses concitoyens, léguant aux uns une réputation sans tache, aux autres, le fruit de ses labeurs consigné dans ses immortels traités, à tous, sa vie comme exemple.

Tel a été Proudhon, tel nous nous proposons de le faire connaître. Plusieurs, avant nous, ont retracé dans un langage élevé les traits saillants de son caractère et de sa vie; nous n'avons pas la prétention de dire mieux qu'eux; nous chercherons seulement à dire plus. La forme de l'éloge, seule employée jusqu'à ce jour, se prête mal à l'exposé complet de la vie d'un homme simple et laborieux comme l'était Proudhon, Grâce aux trésors pieusement conservés par ses fils et mis à notre disposition avec une complaisance sans exemple, nous franchirons le seuil de son cabinet, nous le verrons, tantôt à son travail, tantôt à sa famille ; nous le suivrons à l'école, nous chercherons en un mot à le faire connaître tout entier. *

{. Que M. Camille Proudhon, conseiller honoraire à la Cour d'appel de Besançon, veuille bien recevoir ici, d'une manière toute particulière, l'expression de notre reconnaissance pour la bonté qu'il nous a témoignée dès le jour où nous avons pris la liberté de recourir à ses souvenirs, et l'empressement qu'il a mis à nous communiquer sans réserve ses précieuses archives de famille.

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