Eloge, p
Souvent Proudhon avait manifesté le désir de mourir sur la brèche. Ses vœux furent exaucés ; car il surveillait l'impression de ce traité au moment où la mort vint le surprendre. Mais sa dernière œuvre a été religieusement livrée au public empressé, par les soins pieux de l'un de ses fils. *
Nous connaissons maintenant Proudhon : tel il a été, tel il est resté dans le souvenir de ceux qui l'ont connu et, s'il lui était donné de revenir au milieu de nous, il retrouverait encore sensible l'impulsion qu'il a imprimée aux études dans une Ecole que nous pouvons considérer comme son œuvre.
Il verrait avec joie ces professeurs, naguères ses élèves, instruits par sa parole, formés à ses exemples, animés d'un zèle que son souvenir échauffe encore, continuer un enseignement qu'il a créé; il serait heureux de voir ses traits gravés sur le bronze 2, ou reproduits par le crayon de son meilleur
1. Proudhon avait coutume de mettre la dernière main à ses compositions avant d'en livrer le premier cahier à l'imprimeur. Ainsi avait été composé le Traité du domaine de propriété. Le tome I et le tome II, jusqu'à la 26" feuille inclusivement, ont été imprimés sous les yeux de l'auteur; le reste de l'impressioa fut exécuté par les soins de M. C. Proudhon, alors juge d'instruction au tribunal de Besançon, aujourd'hui conseiller honoraire à la cour d'appel de la même ville. [Traité du domaine de propriété. Avis au lecteur, p. 2.)
2. Vers 1835, le graveur J.-B. Maire, originaire des montagnes du Doubs et habitant Besançon, conçut l'idée de reproduire sur le bronze les traits d'un certain nombre de célébrités franc-comtoises. Encouragé par M. Weiss, conservateur de la bibliothèque de Besançon, il ouvrit une souscription et commença l'exécution de son projet que la mort vint interrompre. 11 fit frapper dix-huit médailles, au nombre desquelles se trouve celle qui représente les traits de Proudhon, en costume de professeur de droit. Elle a 54 millim. de diamètre et porte ces mots dans le champ de la face principale : J.-B.-V. PROUDHON, JURISCONSULTE. Le nom du graveur j.-b. maire
élève, qui fut en même temps son premier biographe ', orner le cabinet du magistrat, du professeur, de l'homme de loi ; mais combien son cœur se dilaterait plus encore en trouvant, sur les tablettes de leur bibliothèque, ses Traités consultés avec fruit ou cités avec honneur !
Longtemps encore son ombre planera sur les lieux qu'il a le plus particulièrement fréquentés. Mais sa réputation a franchi ces étroites limites : si la Franche-Comté s'honore de lui avoir donné naissance et la Bourgogne d'être son pays d'adoption, la science moderne tout entière le revendique comme l'un des premiers commentateurs de notre nouvelle législation, digne de soutenir la comparaison avec ses plus illustres contemporains. Si Toullier donna un excellent Traité des obligations, Proudhon ne forma-t-il pas de toutes pièces celui de V Usufruit? Et si Merlin fut plus brillant dans ses Questions de droit, ne trouve-t-on pas plus de profondeur dans les Consultations de Proudhon?
De même qu'il avait commencé ses leçons en enseignant les règles du droit naturel, les preuves de la spiritualité de l'àme et les maximes générales sur les devoirs de l'homme envers
et la date, 1837, se trouvent sur la gauche. Enfin, le revers porte rinscriplion suivante :