‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 40 sur 134 · Mém. justif. de 1816, p. 2G · texte numérisé non relu

Mém. justif. de 1816, p. 2G

2. Le 30 fructidor an X (17 septembre 1802), Fourcroy invitait le préfet du Doubs à lui adresser la liste des lauréats de la distribution des prix du 27 thermidor (15 août) ; cette demande avait pour objet, disait-il, de faire connaître au gouvernement les jeunes gens qui se disliuguaicnt dans chaque École centrale, les espérances qu'il peut en concevoir et les encouragements qu'il peut Ctre convenable de leur donner.

Proudhon signale, pour le cours de législation, Cl.-L, Bouvenot, D. Lescot, F. Babpy, F.-L. Calet (Droz, p. 185.)

sans morale et sans religion. Les professeurs ont enseigné dans le désert, parce qu'on a proclamé imprudemment qu'il ne fallait pas parler de religion dans les écoles. »

Cette loi, qui mettait fin à un système incomplet et déplorable d'enseignement, ne reçut pas une exécution immédiate. Fourcroy, qui avait reconnu le mérite de Proudhon, le pria, sur la demande des conseils généraux des trois départements formés de l'ancienne Franche- Comté, de continuer ses leçons jusqu'à l'établissement, que l'on croyait alors prochain, d'une université à Besançon i. Il le fit avec un désintéressement et un zèle qui ne se démentirent jamais. Installé dans l'une des salles du grand séminaire, il continua gratuitement ses cours, de 1803 à 1806, refusant énergiquement toute rémunération.

Ce n'était pas assez pour la sollicitude paternelle qu'il portait à ses élèves. Les registres publics destinés aux inscriptions n'existaient plus; il en ouvrit un particulier, qu'il tenait luimême, prit soin de le faire coter et parapher, chaque année, par l'administration municipale ~ et obtint plus tard, en faveur

1. V. uotamment la lettre adressée à Proudon, le 28 floréal an XI (18 mai 1803), par les membres du conseil général du Doubs. (Pièce iustif no XVlll.)

2. Ce registre, ouvert le 15 messidor an XI (4 juillet 1803), a été régulièrement tenu jusqu'en l'an XIV. Chaque année, dans la première quinzaine de brumaire, « en la grande salle de la maison dite du Séminaire, ensuite d'annonce publique, et pour répondre à l'invitation qui lui avait été faite par le conseil général du département du Doubs, par lettre du 28 floréal an XI, en présence du maire de Besançon, le citoyen Proudhon déclarait qu'il se proposait de continuer son cours d'enseignement; ensuite de quoi, après avoir adressé quelques exhortations à la jeunesse, il invitait ceux qui' voudraient suivre son cours à se faire inscrire dans le mois pour constater leur fréquence. » (Préambule du registre d'inscription.)

A la rentrée de l'an XII, Proudhon fit un discours sur ïUtilité de l'étude de la législation; son cours était fréquenté par soixante et un élèves. En l'an XIII, il développa les Avantages qui devaient résulter pour l étude de la législation, de rétablissement du nouveau code civil des Français, dont il fit apercevoir les heureux résultats pour le bonheur public ; il réunit quatrevingt-deux élèves autour de sa chaire. En l'an XI V^ le professeur indiqua de nouveau tous les Avantages du Code Napoléon. La liste des inscriptions pour celte dernière année est incomplète. Quelques mois plus tard les écoles de droit étaient fondées. (Arch. fam.)

de ceux qui y étaient régulièrement inscrits, l'autorisation de passer des examens. *

Cette fois du moins, Proudhon ne fut pas récompensé de son dévouement par l'ingratitude : le conseil municipal de Besançon, les conseils généraux du Doubs, de la Haute-Saône et du Jura, lui témoignèrent à plusieurs reprises leur reconnaissance et, le 21 floréal an XI (11 mai 1803), ils la renouvelaient encore dans les vœux exprimés au gouvernement pour l'établissement d'une école de droit à Besançon. ~

Le conseiller d'Etat Fourcroy, chargé de la direction de l'instruction publique, lui adressait aussi des félicitations pour le passé et des espérances pour l'avenir.

a Je ne peux qu'applaudir, — lui écrivait-il, le 1" nivôse an XII (23 décembre 1803), — au zèle qui vous engage à continuer vos leçons de jurisprudence à Besançon, jusqu'à l'organisation des écoles de droit. Vos lumières et vos travaux vous ont mérité l'estime et la reconnaissance des trois départements dont se compose l'ancienne Franche -Comté. C'est avoir acquis un titre recommandable auprès du gouvernement.

» Soyez persuadé, Citoyen, de mon empressement à faire valoir vos services lorsque l'on s'occupera de l'organisation des écoles de droit. » ^

Ajoutons encore, avant de clore ce chapitre, que le 12 ventôse an X (3 mars 1802), au moment où la ville de Besançon faisait les démarches nécessaires à l'obtention d'un lycée, c'est Proudhon qui fut chargé « de rédiger les lettres à adresser, relativement à cet objet, aux citoyens Moncey, Thibaudeau, Grappe, Desmeunier, et au ministre de l'intérieur. Trois jours après, ces lettres étaient lues en conseil et deux commissaires.

1. En vertu de l'art. 21 de la loi du 22 ventôse an XII (13 mars 1804), rendu applicable aux élèves qui avaient suivi les leçons de Proudhon par une lettre de Fourcroy, en date du 27 frimaire an XIII (18 décembre 1804). (V. pièce justif., no XXII.)

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