‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 44 sur 134 · Villequez, id, p · texte numérisé non relu

Villequez, id, p

nos réclamations et vous demander le prix de tout l'honneur qu'ils ont fait à la France, et ne devra-t-il pas suffire, pour justifier nos plus hautes prétentions, de vous rappeler leurs noms immortels? *

» Dépouillons-nous cependant, pour un moment, de ce prestige de gloire; descendons nus dans l'arène et combattons nos rivaux à armes égales.

» Ils auraient vu fleurir parmi eux l'étude de la jurisprudence ! Chez-nous, cette étude a toujours été cultivée plus paisiblement, à la vérité, mais avec non moins de succès et d'éclat.

» Ils se glorifient de plusieurs magistrats distingués, de quelque savants jurisconsultes ! Ah ! qu'ils ne nous forcent pas à réveiller les mânes de cette multitude de grands magistrats, de jurisconsultes célèbres et d'éloquents orateurs qu'a fait naître la patrie du président Bouhicr !

i> Que l'on divise la population de la France en dix parties égales, Dijon se trouvera placé au centre de douze départements et d'une population de 3,000,000 d'hommes. Cette position seule n'est-elle pas un moyen décisif ?

» Mais, dira-t-on, le but du gouvernement est d'attirer les étrangers en France !

» Croit-on que vingt lieues de plus puissent arrêter les étrangers que l'étude du droit aurait attirés jusqu'à notre frontière ?

» Pardonnez-nous, général, cet enthousiasme involontaire et cet orgueil patriotique avec lequel nous soutenons ici nos droits ! Pourriez-vous nous en faire un crime et doutez-vous qu'un jour, chaque partie de la France ne réclame avec plus

1. On lit en note, au bas du Mémoire, le nom de cinquante-neuf bourguipuons illustres, dans les lettres, les sciences et les arts, parmi lesquels brillent, en première ligne, saint Bernard, Bossuet, Bouhifr, le président de Brosses, Chasseuenz, Davot, Declievannes, Doueau, Jcanniu, Crébillon, Bulfon, La Monnoye, Piron, M™"» de Sévigné, Bussy-Rabutin, Rameau, Saumaise, Vauban, etc., etc. — Chaque nom est accompagné d'une notice succincte.

d'ardeur encore sa part de cet honneur éternel que vous aurez versé sur elle ? » '

Un décret du quatrième jour complémentaire de l'an XII (21 septembre 1804) mit fin à cette compétition, en fixant à Dijon la seconde école de droit de l'empire. Napoléon, qui s'était personnellement réservé le choix du directeur et des professeurs, fit, en général, la part égale entre les hommes du passé et les jurisconsultes ayant fait leurs preuves pendant la période révolutionnaire. A Dijon, notamment, deux des cinq professeurs nommés faisaient partie de l'ancienne Université 2. Les trois autres avaient été professeurs de législation aux écoles centrales du Doubs, de la Côte-d'Or et de la Haute-Saône. ^

Au milieu de ses collègues, et bien au dessus d'eux, brillait Proudhon. Sa réputation de modération et de savoir n'était pas ignorée de l'empereur qui, voyant son nom figurer le second seulement sur le projet de décret, biffa de sa main celui qui le précédait, et y substitua le sien. C'était le 17 janvier 1806, à Munich *, au lendemain de la bataille d'Austerlitz. Le 4 avril suivant, un second décret élevait Proudhon aux fonctions de directeur de l'école récemment créée ^. Cette double faveur, due à l'initiative personnelle de l'empereur, fit naître dans son cœur un attachement et une reconnaissance inaltérables pour le souverain qui avait su le distinguer.

1. Document inédit, sans date précise, communiqué à l'auteur par M. H. Beaune, procureur générai à Lyon. On lit seulement en marge : « Samedy 25 frimaire (probablement an XII — 17 décembre 1803), j'ai remis à M. Lejéas le mis au net de l'adresse. »

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