‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 76 sur 134 · Lagier, p · texte numérisé non relu

Lagier, p

de l'un de ses fils, lorsque après une première journée de voyage il se sentit légèrement enrhumé. Il se reposa le 12 à Besançon et partit le 13 pour Dijon, où il témoignait un grand empressement d'arriver; le trajet se fit dans d'excellentes conditions et par un temps superbe. Le soleil de la Saint-Martin était venu réchauffer cette existence sur le point de s'éteindre, et son fils eut un instant la pensée que ses inquiétudes étaient exagérées. Son illusion ne dura pas : à peine arrivé, le vénérable doyen fut atteint d'une grande faiblesse, accompagnée de pesanteurs et d'assoupissements, interrompus seulement par quelques quintes de toux. La nuit fut calme; le 14 au matin, l'engourdissement avait persisté et le malade s'exprimait avec difficulté; à la suite d'une saignée, il fut un peu ranimé; mais le soir, les mêmes symptômes reparurent plus graves que le matin et durèrent pendant toute la journée du 15. Cependant vers six heures, le malade se trouva mieux, il parlait plus facilement et était moins absorbé; le 16 et le 17, l'amélioration se soutint; mais le 18 la faiblesse augmenta ; le 19 l'état devint plus alarmant, néanmoins, Proudhon conservait toute sa lucidité d'esprit et s'entretenait encore avec ses chers enfants. Le soir, il perdit connaissance et ne la recouvra plus; le 20, il reçut l'extrême-onction et, à quatre heures de l'après-midi, rendit son âme à Dieu, en laissant à ses fils désolés le souvenir d'une vie constamment dévouée, l'expression de regrets universels, et des œuvres qui ont placé leur auteur au premier rang parmi les jurisconsultes modernes. *

Le jeudi 22 novembre, à trois heures de l'après-midi, on lui rendit les derniers devoirs. Une foule immense accompagna religieusement son convoi 2. Les professeurs à la faculté de

1. Correspondance de M. Hippolyte Proudhon avec son frère Camille (Arch. fam.) et l'acte de décès de Proudhon aux pièces just, u» LIV.

2. V. le Journal de la Côle-d'Or des 23,23 et 28 novembre 1828, et le Spectateur de Dijon des 2t, 23 et 25 du même moi9.

droit S le recteur de l'académie de Dijon -, le préfet de la Côte-d'Or ^, des membres de la cour et du tribunal civil, tout le barreau, un détachement du dix-huitième de ligne, tous les étudiants en droit, assistèrent à la cérémonie funèbre * et en rehaussèrent la solennité par leur présence. °

La ville de Dijon ne fut point ingrate pour la mémoire de Proudhon; sur la proposition du maire, Victor Dumay, le conseil municipal, dans sa séance du 11 mai 1839, lui rendit un juste hommage « en donnant son nom à la rue du Vieux- Marché dans laquelle il était décédé et en plaçant sur la façade de la maison qu'il y avait habitée pendant plus de trente-deux ans, une inscription en marbre ^, indicative de la date de sa naissance et de sa mort. » '^

Page 1