‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 8 sur 134 · Lagier, p · texte numérisé non relu

Lagier, p

3. « Je me rappelle que, passant uu jour avec mon père dans la rue Saint- Vincent, il me montra une petite cliambre à deux fenêtres, au rez-de-chaussée, sur le devant de la maison portant aujourd'hui le n* 9, et me dit : J'ai habité là. Mais il ne me fixa pas la date. » (Lettre de M. C. Proudhou à l'auteur, en date du 19 février 1878.)

débutant. Sans cesse les plaideurs passaient indifférents à sa porte, pour aller frapper à celle de son voisin.

Un jour cependant un huissier de village, qui avait tout son avoir engagé dans un procès et qui avait en vain sollicité le concours des meilleurs avocats de Besançon, vint, à tout hasard, consulter Proudhon. Ce nom inconnu ne lui inspirait aucune confiance et il s'attendait à recevoir encore une réponse défavorable. Il s'était trompé. En apercevant, penché sur une table couverte de livres, un jeune homme sérieux et attentif à ses explications, il reprend courage. Proudhon examine avec soin le sac de procédure et finit par dire à son client : Votre procès est bon! Mais il doute de lui, il veut faire connaître sa manière de voir à son savant voisin, provoque chez lui une conférence de jurisconsultes, expose son opinion devant ses confrères et finit par les convaincre. « Vous avez raison, lui disent-ils, vos moyens sont bons et nous n'avions pas envisagé la question à ce point de vue. » Proudhon se retirait modestement, laissant à une voix plus autorisée que la sienne le soin de développer ses arguments devant la justice; mais l'huissier voulut que son jeune conseil plaidât lui-même l'affaire devant le Parlement. Il s'acquitta si bien de cette mission qu'il gagna son procès et reçut les éloges du président. ^

i. Il est impossible de fixer exactement la date de ce procès, dans l'ignorance du nom des parties, en l'absence d'annuaires indiquant l'adresse des avocats et en présence de la confusion qui règne dans les archives du parlement de Besançon; mais le fait est incontestable. Proudhon l'a souvent raconté à ses fils; l'un d'eux nous l'a confirmé. En tout cas, M. Lagier se trompe en disant (p. 30) qu'il plaida cette afi'aire devant le Parlement sept ans après ses débuts au barreau. En effet, Proudhon avait été reçu avocat le 15 mars i785. L'incident que nous rapportons se placerait donc en 1792. Or, à cette époque, les Parlements, supprimés en fait dès 1789, avaient été remplacés par les Tribunaux d'appel en 1790, (Décrets des 3 novembre 1789, 16-24 août et 11 septembre 1790.) Proudon n'attendit donc pas sept ans ses premiers succès. D'ailleurs, nous le voyons, dès 1790, membre de l'administration du département du Doubs; il est élu, la même année, juge de district} en 1791, député suppléant à l'Assemblée législative, et en 1792, juge de paix à Nods, Il uo pouvait donc plus alors plaider à Hesançou.

Dès l'année 1789, Proudhon publiait deux mémoires à l'appui de causes importantes dont il était chargé. Il s'agissait, dans l'une, de décider si, un premier testament révoqué par un testament postérieur revêtu des formes prescrites par la loi, reprend, par la cancellation de ce dernier, l'existence légale qu'il avait perdue ^. Dans la seconde, les magistrats avaient à résoudre la question de savoir si un fils mineur et non émancipé, peut se marier sans la volonté de son père. ^

C'est encore à cette époque que se rattachent les premiers travaux restés inédits de Proudhon. Le plus ancien nous parait être un cahier d'une centaine de pages in-4° contenant des observations sur un traité manuscrit intitulé : Essai sur V Usure que l'auteur, son ami, avait soumis à son appréciation. '^

Tout en reconnaissant, dans cet ouvrage, « le génie de l'auteur, dont l'esprit élevé plane au dessus des opinions vulgaires et sait s'ouvrir en plus d'un genre des voycs nouvelles 4 », Proudhon ne lui ménage pas les critiques. L'examen de ces observations nous conduirait trop loin. Leur lecture est attrayante et les citations empruntées à l'auteur de l'essai, désigné sous le nom de'^M. B***, nous font regretter de ne pas connaître son œuvre.

Proudhon a pris soin de nous indiquer les circonstances dans lesquelles il s'est livré à ce travail, qu'il termine par une note ainsi conçue : A legibus romanis per momenta divcrtendo, haec per modum relaxationis animi, amicitix dedimus, in mense decembri, anni 1786. Proudhon, avocat, in pago Cha~ nant.

Proudhon avait l'habitude de consigner par écrit la substance de ses lectures. C'est ainsi qu'à peine sorti des bancs de l'école, il coUigeait ces Annotationes ex Vinnio selectae qui ne forment pas moins de six à sept cents pages in-4''. Voici

1. Mémoire pour les époux Grattard; BesaQ(;on, Couché, in-4% 1788.

2. Mémoire pour Joseph Hitier ; Besançon, Méloyer, in-4°, 1789.

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