‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 7 sur 134 · Quinze cahiers mss. in-4°. (Arch. famille · texte numérisé non relu

Quinze cahiers mss. in-4°. (Arch. famille

3 Ouvrages à lire pour l'étude du droit canonique : « Histoire du concordat et de la pragmatique sanction, par M. Dupuy. - Spécimen juris canomci par M Doujat. ~ Traité des libertés de l'Église gallicane, in-l2, par M. Pithou. - La Pragmatique sanction. - Le Concordat passé entre Léon X et François J". Le Concile de Trente. - Les Ordonnances de 1539, celles d'Orléans, de Moulins, d'Amboise, de Blois, de Melun; les Édits de 1606, 1678, 1684, 1673, 1682 1686, 1690, 1695. - Traité, de M. Le Vayer, sur l'autorité des Rots en matière de régale, et celui du même auteur sur l'autorité du Roi sur l âge nécessaire à la profession religieuse. - Grotius, De imperio summarum potestatum circa sacra. (Ouvrage qu'il faut lire altentivement ou ne pas le voir.)- L'Institution du droit ecclésiastique, par M. l'abbé Fleury. - Duaren, De sacrts ecclesiœ ministeriis. - Paratilles, de Canisius, pour les Décrétales. - Les ordonnances sur les matières ecclésiastiques sont presque toutes rassemblées dans le 3« volume du Nouveau traité des Bénéfices, in-4», édition de l73o. — Fragnan et Gonzalez, ultramontains, qui, par conséquent doivent être lus avec précaution. -Florent et Acosta, auteurs français.- Adrien VI et Innocent IV, qui ont écrit comme docteurs avant d'ûtre papes. »

concours qui ont eu lieu pondant ses études, a-t-il remporté les premiers prix. ^

On touchait alors à la Révolution française, et plus les idées d'égalité se répandaient dans les masses, plus aussi les susceptibilités de l'aristocratie étaient éveillées. A cette époque, le régiment du roi tenait garnison à Besançon. Les jeunes officiers, tous gentilshommes, affectaient un certain dédain pour les élèves de l'Université. Des querelles s'élevèrent bientôt entre eux et, un soir, à la porte de la salle de spectacle, un étudiant fut lâchement frappé par derrière d'un coup d'épée et assassiné. On ne put connaître son meurtrier, mais ses camarades jurèrent de le venger. Autant ils rencontraient d'officiers, autant ils en provoquaient. Plusieurs furent tués dans la journée : le régiment fut obligé de quitter la ville, le départ eut lieu pendant la nuit et on prit soin d'étendre à terre de la paille pour étouffer le pas des chevaux. Proudhon, comme ses camarades, plus qu'eux peut-être, à cause de sa nature droite et généreuse, prit part à cette querelle et soutint l'honneur de l'école outragée.

Cependant il avait un caractère doux et affectueux. Le trait suivant va révéler toute la bonté dont son âme était remplie, a J'ai été un peu loin », disait-il avec tristesse, un jour qu'il avait eu une vive discussion avec l'un de ses amis, « et pourtant, je ne voudrais pas me brouiller avec lui pour tout mon mobilier ! » C'était toute la fortune dont il pouvait disposer.

Bachelier en droit le 16 juillet 1784, licencié le 1 1 mars 1785 et docteur le 7 août 1789 ~, Proudhon avait été admis au nombre des avocats, par le Parlement de Besançon, dans le mois qui suivit sa licence. En décembre 1789, il prit part à

i. Biographie sommaire. — En 1785, Proudhon remporta le premier prix de licence. [Almanach historique de Besançon et de la Franche-Comté, pour l'année 1785, p. 106.)

2. Les diplômes en parchemin, constatant ces trois grades, sont encore munis du sceau de l'université de Franche-Comté, renfermé dans une boîte en fer-blanc. (\rch. fam.)

un concours ouvert pour remplacer Belon, Tun de ses professeurs, qui venait de mourir.

Les aspirants, d'abord au nombre de sept, se trouvèrent réduits à cinq, à la fin de la lutte. Grappe, l'un d'eux, obtint sept voix pour le premier rang, tandis que Proudhon en eût le même nombre pour la seconde place, et une seule pour la première. '

Grappe était plus âgé que Proudhon, il avait déjà subi avec distinction, en 1779, les épreuves d'un premier concours devant la même université. Depuis lors, il s était acquis une réputation distinguée au barreau ; il avait montré, dans cette nouvelle dispute, des connaissances étendues et variées, un esprit pénétrant et juste, des idées claires et précises, une élocution facile et correcte; Thonnêtcté de sa conduite, la douceur do son caractère, le rendaient aussi recommandable que ses talents. Il fut présenté le premier au roi et fut nommé.

Proudhon manquait un peu d'assurance, il était plus jeune et s'exprimait moins facilement que son concurrent. Il fut présenté le second; mais un échec, dans de telles conditions, est presque un triomphe. « A une profondeur d'érudition qui étonne dans un homme de trente-un ans, disaient ses juges, le sieur Proudhon réunit une grande force de jugement, beaucoup de méthode, de présence d'esprit, de modestie. S'il possédait dans un égal degré le talent d'expliquer ses pensées et de s'exprimer en latin avec plus de correction et de facilité, plusieurs suffrages lui auraient déféré le premier ordre, où un seul Ta placé. » ^

1. M. Estignard, p. 290, commet une double erreur en disant que le résultat de la lutte fut un instant douteux et que Proudhon aspirait à la chaire de Seguin. Grappe fut nommé à i'i.nanimité moins une voix, et Seguin était juge du concours. M. Villcquez {Revue de lég. franc, et étrang., 1873, p. 79.) tombe aussi dans la première de ces erreurs.

2. « Les juges do ce concours étaient :M.le conseiller Hugon. M. le conseillerdoyen Delaviron, premier et troisième distributeurs, MM. Seguin, doyen, Calf de Noroy, Courvoisier et d'AuxiroD, professeurs es droits, et MM. Lombard et nouvonot, avocats électeurs :

Cette lutte, dans le champ clos du concours, fut loin de refroidir l'amitié qui unissait déjà les deux adversaires. Plus tard, quand Proudhon dirigera l'école de droit de Dijon, nous verrons Grappe, qui alors sera professeur à Paris, consulter avec confiance, dans des questions difficiles, son ancien rival et le remercier avec effusion de l'envoi de ses traités. ^

Débuter au barreau, s'y faire connaître, chacun le sait, n'est pas chose facile ; mais Proudhon mettait alors en pratique les conseils qu'il donnait plus tard à ses élèves : « Il faut étudier, disait -il, il faut méditer longtemps après avoir quitté les bancs, et ne point perdre courage, car le succès est au bout. » 2

En effet le succès vint le trouver au moment où il s'y attendait le moins. Notre jeune docteur était inscrit au barreau depuis plusieurs années et cependant son savoir incontestable ne lui avait point encore attiré de clientèle. Il habitait alors dans la rue de Saint- Vincent, ù Besançon ^, la même maison qu'un ancien avocat dont la réputation portait ombrage au

« Les cinq aspirants qui ont concouru sont, suivant l'ancienneté de leur âge :

» Le si^ Jean-François Berthelot, de Paris, âgé de quarante-cinq ans;

» Le sr Pierre-Joseph Grappe, de Trébief, âgé de trente-trois ans;

» Le s' Jean-Baptiste-Victor Proudhon, de Chasnans, âgé de trente et un ans ;

» Le s' Claude-François Guillemet, de Besançon, âgé de vingt-neuf ans;

» Et le sf Jean-Étienne-Marcelin Lieffroy, de Besançon, dgé de vingtquatre ans;

» Le s'' docteur Lescot et le s'' docteur Petilperriu se sont retirés, le premier, sans avoir fait les leçons, le second, après les avoir faites, l'un et l'autre pour cause de maladie à eux survenue. »

(Extrait des registres de l'université de Besançon, séance du 19 décembre 1789. — Copie authentique, arch. famille.)

1. V. lettre de Grappe à Proudhon, du 4 décembre J824. (Arch. fam.)

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