‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 33 sur 103 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

THÉODORE et TRISTAN.

TRISTAN

ous pouvez entrer ; personne en ce salon.

Je n'ai pas pu donnir,

Ce n'est pas sans raison ; M la comtesse a pu vous reconnaître... gare I Votre compteesttout fait, car la dame est bizarre, Et n'entend pas raison sur l'article d'amour. Il mes conseils aussi pourquoi resteï-vous sourd? l'avais beau vous crier : Laissez coucher Marcelle : Vous tac m' écouliez pas.

TBËODOnE,

Ah ! je n'écoulais qu'elle C'était vous qui parliei. N'importe.

Hais, Tri«t»D.

M'anra-t-on reconnu?

Je m'en demande autant.

La comtesse et ses gens nous soupçonnent, sans doute.

THÉODORE

Lorsque je reucoptrai Fabien sur notre roflte, J'ai failli le tuer.

Le moyen était beau I ^ Moi, je ooifEai sa lampe arec mon vieux cbapsau ; C'était bien plus adroit.

THÉODORE

Et surtout plus comique; Car, sans toi, l'aventure aurait élé tragique.

J'en ris encor : le dr61e est resté tout penaud D'être ainsi salué par mon coup de chapeau.

"rélÊODORB.

Ce jour va décider, peut-être, de ma vie.

TBISTAN.

Croyez-voiis donc, monsieur, que l'on en ait envie? Mais vous voilà bien tous, et vous croyez toujours Vous autres amoureux, qu'on eu veut i vos jours.

THÉODORE

Mais que faire, Tristan, dans cette conjoncture?

TRISTAN

Cesser d'aimer Marcelle, ou courir l'aventure De perdre votre place et votre traitement ; Vous savez là-dessus quel est mon sentiment. Je dis que la comtesse, avec son caractère Jaloux, même envieux, orgueilleux, volontaire, Ne pourra pardonner qu'un autre ait de l'amour, Quand elle n'en a pas : c'est clair comme le jour.

TQéODOBE.

Oublier ce qu'on aime est chose difficile.

TRISTAN

Je m'en vais vous prouver à quel point c'est facile ; Écoutez ce sermon.

THÉODORE

Il sera long 1 surtout.

Si je te laisse aller, la bride sur le cou.

TRISTAN

Il faut un certain artl mais la première chose, Pour oublier l'effet, est d'oublier la cause, Et réciproquement : c'est là qu'est l'embarras. Il faudrait le vouloir, mais on ne le veut pas ; L'on est désespéré, mais toujours on espère ; C'est à ces faux espoirs qu'il faut faire la guerre. Le cœur à la raison fait prendre un mauvais pli, Mais le meilleur moyen d'oublier, c'est l'oubli 1

lin

248 LOFE UE YEUA.

Riez; mais croyez-moi, je ae suis pas trop bëte ; Une comparaison me revient dans la lêle. Arrêtez le ressort d'une montre un seul jour, Et vous oublierez l'heure ; ainsi donc votre amour, Ressort qui donne au sang cette ardeur trop active, TTélant plus remonté par l'imaginative, Na marquera plus rien sur le cadran du cœur. TH^ODone.

'ristan, ce sermon-lfi te fait beaucoup d'honneur; Hais lu ne pourras pas détruire

Je la transporte ailleurs, et c'est là qu'est ma gloire ;

Je la porte d'un coup sur les dilFormilés

Des femmes qu'on adore, et non sur leurs beautés.

Vous les voyez toujours aux balcons suspendues.

Pied cambré, tailla fine, et les yeux vers les nues,

Avec une mantille, en robe de satin,

Dents d'ivoire, main blanche, ongle rose, et... quel teint !

Puis vous vous laissez prendre à cette architecture,

Sans songer que toujours cette beauté si pure

Jkiit à la couturière, au dentiste, au coiffeur,

La moitié des beautés qui vous ont pris le c«eur.

Sou venez- vous, morbleu ! quelle n'est pas un ange ;

Qu'elle a des cors aux pieds, s'enrhume, tousse et mange

Peut-être au point d'avoir une indigestion.

Reconnaissez- vous là votre perfection?

Faites d'elle, en un mot, une vieille bien laide.

Le corps dé6guré par un mal sans remède,

Et que l'on mène enfin mourir à l'hôpital.

Voudrez-Tous raaintenantlui faire un piédestal?

Riez, riez, traitez ça de billevesées;

Si l'ail dans un repas vous donnait des nausées.

Au moins, sans en manger, vous resteriez vingt jours;

Et vous aimez quand même... au diable les amours 1

0 chirurgien grossier 1 ft cure pitoyable!

Tes remèdes, mon cher, ne valent pas le diable ; Avec tous tes sermons, tu n'es qu'un charlatan ; Un ignorant, un âne ; infortuné Tristan ! Tu ne sauras jamais apprécier la femme, Être angélique etpur dont le cœur est de flamme. Et le front transparent autant que le cristal..,

TRISTAN

Et plus fragile encor... mais vous méjugez mal,

Car j'eus une maîtresse... Elle était fort gourmande,

Et ses plus beaux attraits étaient de contrebande.

Entre mille défauts, elle avait cinquante ans.

Avec un embonpoint des plus appétissants;

Elle aurait engouffré dans son ventre élastique

Les dossiers réunis d'un notaire authentique,

Les sermons d'un curé, tous les vers d'un auteur.

Et les Grecs, dans ses flancs, auraient été, d'honneur.

Plus à l'aise qu'au fond du cheval qui prit Troie ;

Et, comme ce noyer où vivaient dans la joie.

Un laboureur, sa femme et cinq ou six garçons.

Ce ventre, avec eux tous, eût logé leurs moissons ;

Et pourtant, je l'aimais, voyez la belle affaire !

Et voulant l'oublier, je n'y savais que faire ;

Car je pensais toujours à la neige, au jasmin,

A l'ivoire, à l'argent, au corset de satin.

Au cotillon, que sais-je ! et c'était mal s'y prendre I

Mais je fis mieux plus tard, et vous l'allez comprendre :

Je me mis à penser à d'affreux potirons.

Étalant au soleil leurs flancs dodus et ronds,

A d'informes bahuts, à de lourdes valises.

Aux malles des courriers, à des dômes d'églises.

Et le moyen fut bon, car l'amour s'en alla.

Et fit place bientôt au dédain..., et voilà.

Monsieur, ce qu'il faut faire avec votre Marcelle.

THÉODORE

Tu blasphèmes, Tristan, je ne pourrais en elle

230 LOPE DE VEGl.

Trouver aucun début qui puisse balancer

Les doux attraits auxquels je dois toujours penser.

Pensei-y donc, monsieur, failes-on la folie,

TnÉODOBE.

Oh! vois-tu, cher Tristan, c'est qu'elle est si jolie !

Libre à vous de le croire, et, tout en y pensant, Pensez aussi, monsieur, qu'il faut, dès k présent, Renoncer à U place où vous mit la comtesse. Décidez ; c'est le cl)oix qu'aujourd'hui l'on vous laisse

TIltODORt,

On vient de ce c6té... C'est elle, où nie cacher? Je crains de lui parler.

SCÈXE XIII.

l.^ couTESSE. le venais vous chercher.

TBiODOpE.

S'il est vrai, comme ici je le gage, Qu'on nous ait reconnus, faisons notre bagage ; Nous serons trois, je pense, à vider la muson.

Je voulais vous parler, en voici la raison : Une sincère amie, assez embarrassée D'expliquer le secret de sa propre pensée, Ue charge de ce soin ; j'ai bien fait ce billet. Car je l'aime et voudrais faire ce qui lui plait ; Ce sont choses d'amour, et moi, je les ignore,

veux consulter votre goût, Théodore, 3z donc cet écrit ; lisez-le.

THÉODORE

En vérité, lurai pas, madame, assez de vanité croire faire mieux que vous n'avez pu faire ; nter après vous serait trop téméraire ; pouvez envoyer, madame, ce billet, 3rtant de vos mains il doit être parfait.

ti tOMTBSSB.

:, lisez, vous dis-je.

^ THÉODORE

En ce cas, pour ajiprendre tyle tout nouveau que je ne puis comprendre, qui n'ai jusqu'ici jamais traité d'amour.

LA COMTESSE

lis d'amour?

THÉODORE

Jamais 1 au moins jusqu'à ce jour, les propres défauts j'ai trop la conscience, trop de modestie et trop de défiance.

LA COMTESSE

e voit, s'il est vrai, que pour vous cacher mieut, les plis d'un manteau vous vous couvrez les yeux.

tBÉODORE.

madame, comment? Qui donc a pu vous dire?...

iX èoMTESëÈ.

es, mon intendant n'est pas homme à médire; )us vit hier soir, avec votre chapeau, se, ne faisant qu'un avec votte manteau.

THÉODORE

ût, n'en doutez pas, quelque plaisanterie ! ^rent, avec Fabien, nous passons notre vie ire de ces tours, mais j'ai des envieux.

LA COMTESSE

Ou des jaloux... (Lui tendant le sonnet.) Lisez.

TnÉODORE.

Ce sera merveilleux (Il Ut,)

« Aimer de voir une autre aimer, est de l'envie, Mais être; avant d'aimer, jalouse, est un instinct Merveilleux de l'amour, dont le but incertain Se dérobe si bien, que d'abord on le nie.

Mon amour, si j'en ai, vient de la jalousie; Je les confonds tous deux, peut-être, dans mon sein. Loin de m'en repentir, si j'en veux au destin, C'est qu'étant la plus belle, on ne m'ait pas choisie.

Je me méfie, et c'est sans cause, — je me sens Jalouse sans amour, et pourtant je comprends Qu'il faut aimer alors que je veux que l'on m'aime ;

Qui voudrait m'y forcer ne me comprend pas bien ; Je ne m'en défends pas, — et je n'ajoute rien. Comprenne qui pourra; — je me comprends moi-même. »

LA COMTESSE

Hé bien?

THÉODORE

Charmant billet ! Pourtant, par quel détour Un sentiment jaloux fait-il naître l'amour ? L'amour qui, plus souvent, meurt par la jalousie.

LA COMTESSE

Elle crut que toujours (c'était sa fantaisie), Le cœur de ce galant serait inoccupé ; Le voyant tout à coup d'un autre amour frappé, Jalouse, elle l'aima. La chose peut-elle être?

THÉODORE

Soit; mais ce sentiment a-t-il jamais pu naître, Sans avoir commencé par un amour secrel ? L'effet vient d'une cause; autrement, point d'effet.

LA COMTESSE

Que sais-je, Théodore? Et pourtant cette dame M'a dit n'avoir jamais, dans le fond de son âme, Eu pour lui qu'un penchant naturel et sans but ; Mais le voyant aimer autre part... elle crut. Dans les sentiers couverts de son âme orgueilleuse Voir de mille désirs la troupe impétueuse Assaillir, à l'envi, les sentiments discrets Qu'elle s'était juré de ne quitter jamais.

THÉODORE

Le billet, cependant, me paraît plein de charmes; Je ne puis l'égaler, et je vous rends les armes.

LA COMTESSE

Essayez d'y répondre.

THÉODORE

Oh ! je n'oserai pas !

LA COMTESSE

Je vous en prie, osez.

THÉODORE

C'est vouloir, en ce cas, M'exposer à prouver mon inexpérience.

LA COMTESSE

Allez répondre, allez.

Après une scène dans laquelle la comtesse interroge Tristan sur le caractère et les habitudes de son maître, celui-ci revient avec le sonnet suivant qui est la réponse à celui de la comtesse :

« Aimer, lorsque l'on voit aimer une autre dame, Serait être envieux, à moins d'aimer d'abord Et naturellement ; car l'on croirait à tort Qu'un amour étranger communique sa flamme.

954 LOPB DE VEOA.

L'amour, apercevant l'amour chez une femme, Peut donc se déclarer pour connailre son sort, El, comme la rougeur monte au front sans effort, La bouche peut trahir ce qui trouble notre Ame.

Je n'en dirai pas plus, de crainte d'offenser, Si l'on me juge indigne un moment d'y penser; Car je n'ai point d'espoir au bonheur qui m'invite.

J'offre ce que je sais être au fond de mon cœur, Et je n'avouerai pas mon trop peu de valeur, Pour ne pas me vanter de ce que je mérite. »

La comtesse Jonne des éloges à ce sonnet énigmatique qu'elle prétend valoir mieux que le sien : * Aimer n'estiamais une offense, dit-*lle ; un homme, en aimant au-dessus de soi, ne peut offenser une femme et l'offenserait plutût en ne l'aimant pas. Si donc ton cœur est ambitieux, prends confiance : L'amour n'est pas autre chose qu'une lutte, et les femmes ne sont pas de mai'lre : J'emporte avec moi ce billet, je veux le relire. »

Théodore, resté seul,' s'abandonne aux rêves de l'orgueil et de l'ambition. Désormais il veut aimer Diane et renoncer à Marcelle. La pauvre fllle apprend cet arrêt de li bouche même de son ingrat amant ; et le vaniteux jeune homme, dans une scène avec la comtesse qui terminale premier acte, semble voir se confirmer ses nouvelles espérances de fortune et de grandeur.

Mais, dans le deuxième acte, la comtesse, qui volt le mariage rompu entre Théodore et Marcelle, sent aussitôt sod propre cœur se calmer à mesure que s'émousse l'aiguillon de l'envie. Elle réfléchit à la différence du rang qui la sépare de Théodore, son humble secrétaire ; elle le trouve même bien audacieux d'avoir osé interpréter par l'amour ce qui n'était qu'un caprice bienveillant.

Le comte Ludovico et le marquis Ricardo lui ont fait officiellement la demande de sa main, et elle trouve plaisant de faire décider k Théodore lui-môme le choix qu'elle doit faire entre ses deux nobles prétendants. Voici la scène :

THÉOPORE ^

On m'a dit de venir vou» retrouver ici.

LA COMTESSE

Depuis une heure au moins j'attendais.

THÉODORE

Me voici ; Madame, excusez-moi si je vous fis attendre.

LA COMTESSE

Vous devez avoir vu ces cavaliers descendre, Chacun d'eux s'offre à moi pour être mon époux.

THÉODORE

Je les ai vus sortir.

LA COMTESSE

Coçamei^t les trouvez-vous ?

N'ont-ils pas bonne grâce?

THÉODORE

Excellente tournure !

là COMTESSE.

Hé bien ! saQl votre avis, je ne puis, je vous jure, Me décider ; lequel 4ois-je cjioisir des deux, Pour en f^ire un mari?

THÉODORE

Madame, je ne peux, En vérité, donner un avis de la sorte ; Et ce choix, c'est à vous seulement qu'il importe , Car, quel que soit celui que vous voudrez choisir, Je Taccepte pour maître avec égal plaisir.

4 Acte !•', scène VI.

LA GOUTESSE.

C'est .mal payer l'estime où j'ai votre personne, Et, dans un cas si grave, un tel refus m'étonne.

THÉODORE

Mon Dieu ! n'avez-vous pas, madame, à vos côtés, Des gens plus vieux que moi, plus expérimentés? Et votre majordome, en pareille matière, Est rhomme qu'il vous faut.

LA COMTESSE

C'est vous que je préfère ; Si je vous donne un maître en prenant un époux , Je veux qu'il vous convienne; écoutez; entre nous, Je crois que le marquis a meilleure tournure Que l'autre, mon cousin.

THÉODORE

-^ Je le crois.

LA COMTESSE

J'en suis sûre.

Alors mon choix est fait ; je prendrai le marquis, Vous irez le lui dire.

Voilà le pauvre Théodore bien décontenancé; précipité du ciel où les ailes de son imagination l'avaient si rapidement fait monter, il se compare lui-même à Timprudent Icare; que va-t-il faire? Il retourne à Marcelle.

Nous allons citer cette scène de réconciliation qui a une grande ressemblance avec celle de Valère, Marianne et Dorinedans Tartuffe, acte II, scène 3.

THÉODORE, MARCELLE et TRISTAN '.

THÉODORE

Hé ! Marcelle , c'est moi.

M'as-tu donc oublié?

MARCELLE

Qui, vous?

THÉODORE

Moi, Théodore;

MARCELLE

J'y fais tous mes efforts ; Puisque tu m'oubliais, j'en ai peu de remords. Mais pourquoi m'appeler, et d'où te vient Vaudace, Après ce que tu fis, de me parler en face?

THÉODORE

Je voulus éprouver ta constance, et, vraiment. L'épreuve, grâce à toi, n'a duré qu'un moment. Un autre amour bientôt en a donné la preuve.

MARGELLE

Théodore, celui qui veut mettre à l'épreuve. Ou la femme ou le verre, a perdu le bon sens. Je ne suis pas ta dupe, et je sais que tu mens; Car je te connais bien, mon pauvre Théodore; Ces beaux rêves dorés que tu poursuis encore T*ont rendu fou; dis-moi, comment cela va-t-il? Se sont-ils envolés comme un beau jour d'avril? Te coûtent-ils autant, ou bien plus qu'ils ne valent? Dis -moi si tes succès et ton bonheur égalent De ce nouvel objet les tout divins attraits; Qu'est^il donc arrivé? qu'est-ce? tu me parais Tout ti'oublé, Théodore ; est-il vrai? le vent change, Et tu viens retrouver la mortelle après l'^ange;

* Acte 2*, scène IX.

2qS Lp|>£ DK YEGA.

Ou bien, de me railler, aurais- tu le désir? Pourtant, je l'avouerai, j'aurais certain plaisir, Si tu réalisais ma sectètè espérance.

THÉODORE

Si ton espoir, Marcelle, a pour but la véiigeattce, Jouis-en, tu le peux... Mais consulte ton cœur; Se venger fut toujours itidigne du vainqueur. Consulte aussi l'Amour, il est noble, il pardonne ; Oui, je reviens à toi, tu triomphes, sois bonne, Marcelle, et s'il te reste encore un peu d'amour, Excuse ma faiblesse et reviens à ton tour. Je pourrais, crois-le bien, si j'en avais envie, Poursuivre encor le hMt où s'égarait ma v|§ ; Si je suis revenu, c'est ton dou^ souvenir Qui dans mon inconstance a su me reteniir... Et toi, Marcelle, aussi, réveille ta mémoire, Mon aveu repentant relève ta victoire.

MARCELLE

Que Dieu de tes sucpès n'arrête pas le cours ! Sois galant, tu fais bien ; retourne à tes amours ; Ne va pas reculer, car ta noble maîtresse. Sans doute appellerait lâcheté ta faiblesse ; Suis ton étoile, et moi, j'irai de mon côté Où me conduit la mienne... est-<2e infidélité. D'aimer Fabien? mais non ; c'est sage prévoyance ; Il est pauvre, c'est vrai; mais j'aurai la vengeance. Reste donc avec Dieu ! J'aime mieux m'absteilir De te voir ; puis Fabien n'aurait qu'à revenir ; Ce cher Fabien, de qui je suis presque la femme 1...

(Marcelle va pour sortir,)

THÉODORE, à Tristan»

Tristan, elle s'en va; retiens-la doncl

TRISTAN, arrêtant Marcelle.

Madame,

uie, s'il revient, c'est qu'il n'a pas cessé DUS aimer... Il a racheté le pâBsé emandant sa grâce... écoutez-moi, Marcelle.

MARCELLE, indéctse.

. Tristan, que veux-tu?

TRISTAN

Pardonnez au rebellé.

MARCELLE

Tristan, laisse-moi, je t'en prie... *

TRISTAN

Un éclair asse pas plus vite, au sein profond de l'air, ce rayon d'amour qu'a lancé dans son âme îgard tentateur de l'orgueilleuse dame ; ez bien qu'à présent il dédaigne son or ; it que vos beaux yeux valent mieux qu'un trésor ; imour voyageur n'était qu'une comète...

is! viens Théodore...

THÉODORE

A quoi hou? la coquette l'a-t-elle pas dit qu'elle adorait Fabien?., 'en vais...

TRISTAN

Voilà l'autre.

THÉODORE. '

Elle fera fort bien îpouser.

TRISTAN

Vraiment ! oh ! la belle colère 1 s ! finissons-en ; venez, laissez-moi faire ; ez-moi cette main, et, sans plus de façon, 1 se réconcilie !

ce moment de la scène, la comtesse arrive et écoute la conver-

Au diabl'j la leçon I Crois-tu donc me convaincre?.,

TBiSTitN, laat l'fcBvIer et l'adreitani à .WarcetU.

tl me charge, madame, De prendre votre main; c'est lui qui la réclame.

THÉODORE

Quand j'offrais à Marcelle iin cœur libre d'atnour, Ne m'a-t-elle paa dit

Ce n'était (ju'im délour, Une ruse.

Non pas, c'ëlait vérité pure 1

Taisez-vous donc, morbleu! la voilà qui murmure... Bon ! vous êtes aussi par Irop niais tous les deux !

THËOPOHE.

J'ai faille premier pas, maintenant je ne veux En aucune façon...

Pour moi, si le tonnerre...

Bon Dieul ne jures pas!

Ah ! malgré ma colère, Je me sens défaillir. ^

TRISTIN.

Marcelle, tenez bon 1

«ARCELLE.

Laisse-moi donc, Tristan, rentrer dans ta maison.

THÉODOBE.

Hé! laisse-la partir!..

TRISTAN

Morbleu ! qu'elle s'en aille î

THÉODORE

Non, Tristan, retiens-la.

TRISTAN

Revers de la médaille !

Lorsque je les rappelle, ils partent furieux; Je les laisse partir... ils reviennent tous deux.

MARCELLE

Oh ! mon cher Théodore 1

THÉODORE

Oh ! Marcelle !

MARCELLE

Je ne puis m*en aller.

THÉODORE

Ni moi.

MARCELLE

De t'ouvrir mes deux bras !

Ohl ma vie!

J'ai bien envie

^ THEODORE

Je m'y jette.

TRISTAN

Ma foi I Il semble qu'on avait bien peu besoin de moi ; Pourquoi donc, s'il vous plaît, me donner tant de peine ?

THÉODORE

Tu m'as bien maltraité, Tristan...

TRISTAN

Je prends haleine ; Ouf! triomphe complet!... on s'embrasse à présent; J'aurais bien voulu voir qu'il en fût autrement.

9^ LQfE DI VeCA.

«ADCELLE, à Théodore.

Si je devais jamaiG, une heure, une seconde, Trésor, le préférer qui que ce soit au monde, F&ia-inoi mourir.

Et moi. si je devais jamais T'oublier, oh! Marcelle, écoute mes souhaits : Qu'au bi'as de œ Fabien, moi-mfirue, je l'envoie,

Veus-tu bien mêriliîr ton pardon?

TIlÉaDODK.

. Avec joie!

yiie n" feraia-je point? iiark'?

Dis seulement :

Toutes ifs femmes' sont.., affreuses !...

Surtout auprès de loi,., c'est là tout ?

HARCELLK.

Théodore, J'ai, dans le fond du cœur, certain soupçon encore , Que, malgré tes serments, je voudrais éclaircir; Tristan n'est pas de trop.

Quand mSme le propos serait à mon adresse; Allez, allez toujours!,..

£U laide.

i'y consens : c'est un vrai laideron.

MARCELLE

Et qu'elle est sotte !...

THÉODORE

Oui, sotte!

MARCELLE

Intrigante.

THÉODORE

Un démon !

Cette scène, malheureuseiiieiit pour Marcelle, n'a pas seulement Tristan pour témoin ; la jalouse comtesse écoutait à la porte. Elle a impatiemment attendu le moment de parler à Théodore. Honteuse de cet amour disproportionné, ne voulant, comme dit Tristan, ni manger, ni laisser manger, mais, avant- tout, envieuse et jalouse, elle revient à son système de proposer des énigmes. Elle fait asseoir Théodore et lui dicte le billet suivant : « Quand qne femme de haut rang a fait un aveu à un homme d'humble, condition, ce serait trop que d'exiger qu'elle parlât une seconde fois ; mais celui qui n'apprécie pas son bonheur n'est qu'un sot. »

— Il reste à mettre l'adresse, dit Théodore. — Mets-y la tienne ; n'en parle pas à Marcelle, et quand tu reliras avec soin ce billet, tu le comprendras.

Théodore ne l'a que trop compris pour le bonheur de la pauvre jeune fille. Il veut pourtant essayer de faire parler un langage plus clair à sa noble maîtresse, et, dans une scène où la comtesse semble redevenir indifférente, il veut la pousser à bout en lui parlant de sa rivale : — Tu ne l'épouseras pas ; demande toute autre de mes femmes et je te la donnerai. — Mais j'adore Marcelle, elle m'aime, et notre amour est honnête.— A cette réponse, la comtesse perd patience et lui donne un soufflet qui lui met la figure en

2S1 LOFE DE VECA,

sang. Celle violonce amène bienWt le leiJinlir. Elle lui preud son mouchoir ensanglante et lui fait donner deux mille écus. — «Pourquoi faire? demaode-t-il. — Pour acheter d'autres mouchoirs! » On sent iri que l'amour commence h s'emparer réellement du cœur de la femme qui jusqu'alors n'avait été qu'en\ leuse et indécise.

Cependant, les nobles amants de la comtesse, courroucés d'avoir pour rival un lionmie de la condition de Théodore, \eulenl le faire assassiner et s'adressent ii Tristan, qui rei;oit leur argent, mais se garde bien d'exécuter leur odieuse commission. Il s'empresse d'aviser son maître, et Théodore demande à la comtesse, pour échapper à ses ennemis et pour faire taire la calomnie, de lui permeLtre de voyager en Espagne. — Diane y consent, mais ses yeux sont mouil- \Hde larmes. a

THÉODORE. Vous pleurez '? ,

Page 1