L.* COMTESSE, Tu pars (ioiii', Thi.iodoro
THÊ0T>0RE. Oui, madame.
LA COMTESSE- Attends ! — Non, va-l'en — Ëcoute. ,
THËouoRE. Que m'ordonoez-voua?
LA coBTESSE. Rien, va-t'en.
IBËODOEE. Je pars.
LA COMTESSE. Je suis troublée ; est-il un tourment pareil à celui de l'amour? — Quoi ! tu n'es pas encore parti?
THÉODORE. Je pars à l'instant, madame.
lA COMTESSE. Hé bien ! pars donc. (TA^odoresort.) Que Dieu te maudisse, honneur! Qui t'a inventé, loi qui t'opposes à nos désirs? Pourtant ce fut un bien, car l'honneur est le frein qw empêche le mal.
On voit que la comlessc n'est plus la femme que nous avons vue, dans le premier acte, jalouse sans aimer. Elle aime maintenant Théodore avec passion, et quand celui-ci reparaît en habit de voyage, elle lui dit ;
Théodore, tu pars, et je t'aime.
THÉOBORE. Ce sont vos cruautés qui me font partir.
LA COMTESSE. Tu counais qui je suis, que pouvais-je faire?
THÉODORE. Vous pieurez? /
LA COMTESSE. NoD, il m'est tombé quelque chose dans l'œil.
THÉODORE. Serait-ce l'amour?
LA COMTESSE. Oui, ce doitêtre l'amoui-. 11 y était tombé depuis longtemps, mais maintenant il veut sortir.
THÉODORE. Je pars donc, senora mia, je pars ; mais mon âme ne part pas avec moi... que me commandez-vous ?
LA COMTESSE. Quel triste jour !
THÉODORE. Je m'en vais, senora mia, je m'en vais ; mais mon âme ne part pas avec moi.
LA COMTESSE. Tu pleurcs !
THÉODORE. Non , il m'est tombé, comme à vous , quelque chose dans les yeux.
LA COMTESSE. Ce sout mcs chagrius ?
THÉODORE. Ce sont eux.
LA COMTESSE. Je t'ai donné mille bagatelles que tu trouveras dans une caisse ; pardonne-moi, je n'ai pu faire davantage ; quand tu l'ouvriras, aie soin de dire, en voyant ce butin de la cruelle victoire qu'elle a remportée sur elle-même : C'est Diane qui, les larmes aux yeux, a rangé tout cela pour moi.
Tristan, qui, à la Un de cette pièce, joue un rôle que Lope de Vega ne confie pas ordinairement aux valets de ses comédies, ourdit une intrigue qui offre peu d'intérêt, mais qui rappelle les moyens du théâtre ancien et employés depuis par nos auteurs en France.
Lope suppose qu'un certain Ludovico pleure un fils qui dans sa jeunesse a été fait prisonnier en Algérie et qu'il croit mort. Tristan fait passer son maître Théodore pour ce fils regretté, et, par ce mensonge, il lui donne un titre qui lui permet d'aspirer à la main de la comtesse Diane. Les rivaux mêmes de Théodore, aussitôt qu'ils apprennent le rang de l'amant préféré, se résignent à leur sort et applau-
"USO LUl-E DU'VËliA.
dissent à son mariage iiveu Diane iiui s'abiiixloiiiie, a\»: joie, à c£ bonheur auquel son orgueil avail tant de peine à renoncer. Mais Théodore, iionleux de ce subterfuge indigne d'un homme d'honneur, avoue à la comtesse que Tristan n'a fait qu'un odieu\ mensonge, et, loin d'en vouloir profiter, il veut mettre enfin k exécution ce voyage d'Espagne deux fois projeté et deux fois retardé. Diane lui répond que cet aveu lo>iil lui donne à ses yeux les titres de noblesse qui lui manquent, et lui donne sa main.
Pauvre Marcelle 1 nous pn jivous peu parlé. Victime des irrésolutions, des faiblesses et de ta vanité de Théodore, nous n'avons qu'à la plaindre, bien que Lope (Je Ve.ga, moins pour la consoler peut-ôlre que pour se conformer aux hiÂitudes de son tïvéâlre, la marie avec Fabien, un des autres serviteurs de la comtesse.
Marcelle est, à nos yeux, le seul rfltevraimenlintéfessant de la pièce, et l'intérêt qu'elle nous Inspire est la critique la plus vraie de celte comédie. Le caractère envieux et passionné de Diane est curieux à suivre dans son développement; mais, pour lui pardonner d'élre heureuse aux dépens (le sa douce el, innoccnle rivale, on a besoin de se rappeler qu'en jouant d'alwrd avec l'amour elle a fini par aimer ellemême avec passion.