Acte 2'', scène II
LOPH BE VEGA.
neaux, ■
.rnipe, I
Ne voit pas le chasseur caché sous les ormeaujc Qui l'écoulé en tenant aon arbalète armée.
On le vise, on te manque, et d'une aile alarmi En se tAisani, il fuit aux arbres les plus bauts, Et bienl&t redescend de rameaux on rameaux, Pour ne pas s'éloigner do sa compagne aimée.
Ainsi l'homme, en aimant, chante au bord de son nid : Mais s'il devient jaloux, hélas ! il s'en bannit, Et le soupçon lui jetle une flèche aiguisée.
Il fuit, .craint et soupçonne, il s'éloigne et revient, Et. tant que le chasseur près du nid se maintient. Son cœur vole inquiet, de pensée eu pensée.
Puis arrive son valpt Tristan, qu'il a envoyé dans !i nouvelle maison qu'occupe, avec son père, la trop curieuse Isabelle. Il en fait un tableau charmant el poétique. Quelle Iransfomiation I Ce pauvi-e duc liier réduit à vivre dans l'indigence et dans l'exil, mainteniinl riche et possesseur d'un palais splendide! Quel |H)uvolr a donc la beauté? Il est dommage, ajoiite-t-il, que ce pouvoir soit généraleinenl de courte durée, et il continue ;
Une femme est fort belle chose, Tant que vieillesse ne vient pa.s, Mais quand elle parait... hélas !
Quelle triste métamorphose !
Tous leurs emplois sont résignés.
C'est le tour de notre vengeance ; Et ceux qu'elles ont ruinés, Se payent, en leur riant au nez, Les frais de leur impertinence.
Les pauvres amants dédaignés
oh! si les femmes ne voyaient pas. 281
Changent en dédain leur louange.
Plus de divinité, plus d'ange !
La rose et le lys sont fanés ; Maintenant, les plus nonchalantes A se montrer sur leurs balcons, S'enrôlant dans les vieilles tantes, Courent la rue en chaperons, A des heures compromettantes.
Et telle, que je comparais A lune et soleil tout ensemble, Vraiment, à s'y tromper, ressemble A quelqu'abbé rasé de frais, Surtout, si, pour comble d'attraits, L'embonpoint lui fait marcher l'amble.
Pourtant, il leur reste un espoir ; Aussitôt que l'âge décline.
N'ont-elles pas fille- ou cousine Qu'elles élèvent pour les voir Hériter plus tard, j'imagine.
De leur tyrannique pouvoir?
îl bavardage! répond Frédéric; arrive donc au fait, i vu Flora, et puis, devine. — Parle donc.
TRISTAN *
Qui donc, si ce n'est Isabelle Qui vint, à ma voix, m'embrasser.
Plus prompte que n'est l'hirondelle Quand le faucon vient à passer?
Et vers moi comment venait-elle ?
Dans une main, tous ses cheveux.
Dans l'autre son peigne envieux De cette aimable courtoisie.
Mais impuissante jalousie, Contre le soleil de ses yeux !
te 2*, scène III.
El 1*9 dépouilles ondoyaoles, l.orsquy je l'embrassai pour toi, Couvrirent (quel honneur pour moi!) Mes épaules reconnaissmiEs ; Alors je me crus, à mon lour, Sous celte mante improvisée Avec sa guirlande irisée, Un nouveau pèlerin d'amour.
Allant ainsi vers son estrade, Je me sentais plus fier enoor Que César passant la parade Chamarré de la toison d'or.
Elle s'assied et fait un signe D'approcher nn coussin poiir moi ; Je rêponils je ne sais trop qdol.
Mais fL m'asseoir je nie résigne.
C'eat alors qu'elle a dfbuié Par parler de la cruauté ; Pourquoi rester une semaine Sans venir la voir?
FRÉbÉRIC.
L'inhumaine
Devrait bien pourtant le savoir, Parce qu'elle a trop vouhi voir :
Tristan lui conseille de déclarer h. l'enapei'eur qu'il a fait ojioix d'une mal tresse, et que cette maîtresse est Isabelle. Ce
conseil est bon, mais le pauvre Frédéric ne veut pas lé suivie, il craint que l'emperenr, jaloux, ne lui enlève sa faveur et ne l'exile de la cour. Que deviendrait-il alors? que deviendrait Isabelle abandonnée au\ tenlatiojis qui viendraient l'assaillir?
Nous assistons au lever de l'empereur; l'un tient son miroir, l'autre son épée et son manteau; l'empereur.
oh! si les fkmmes^ne voyaient pas. 283 3 mirant, s'occupe de la politique de ses États.
KPEREUR. Avons-nous des nouvelles?
COMTE ALEXANDRE. Beaucoup, sire.
KPEREUR. Oh ! il n'en manque jamais à la cour. COMTE ALEXANDRE. Daus la nature , chaque animal ene son semblable, et, pour beaucoup d'êtres, il n'est pas e premier principe à leur existence que la terre, les cadaet l'eau ; de même pour les nouvelles de cour, le plus nombre n'est engendré que par l'air, pour n'y vivre qu'un t mourir avant le soir.
tiPEREUR. Que dit-on de l'Italie ?
COMTE ALEXANDRE. L'Italie fait du dégât aux Turcs. iPEREUR. Je crois que je leur ferai aussi un mauvais parti .'Albanie, si je puis. — Que dit-on de l'Espagne? COMTE ALEXANDRE. Rien de nouveau, ce qui n'est pas peu — On dit que Venise cherche à recouvrer Chypre...
el profond conseil de ministres 1 M^is l'empereur est )i las de la politique, il va droit à Frédéric. — Ah ! là! pourquoi ne viens-tu pas me servir? Frédéric id qu'il a enfin choisi une maîtresse et que sa pensée t tellement préoccupée qu'il oubliait ses fonctions, avo! dit l'empereur, nous irons la voir. Et il lui 3, en sortant, l'ordre de porter, de sa part, à Isabelle e de comtesse.
iivelle faveur, nouvelle preuve d'amour, nouveau motif ousie pour Frédéric! Pourtant, il devrait être tran- , il est aimé et ne perdra pas le cœur de la bonne et jeune fille ; mais comment se tirera-t-il de l'embarras s'est mis lui-même en n'avouant pas son amour à 3reur, bien plus, en lui disant qu'il a choisi une 3sse? Le bruit en vient vite aux oreilles d'Isabelle, rudent! c'est au moment où le duc Octavio, son
284 LOPE D{ VEGÀ.
père, vient aux pieds de Tempereur lui dire qu'il désire marier sa fille, et qu'au milieu des nobles seigneurs qui l'entourent, il vient désigner lui-même celui que tous deux préfèrent, et qui n'est autre que Frédéric. L'empereur applaudit à ce choix ; mais Isabelle elle-même refuse ; Frédéric n'a-t-ilpas dit à l'empereur qu'il en aimait une autre qu'elle? Cette fois la brouille est presque complète, et la scène suivante va nous les montrer fort courroucés l'un contre l'autre.