‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 50 sur 103 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les ututs, UN ORFËVBE.

L'oRFËvnt, prétentant une agrafe à Alonso, Seigneur, voici l'agrafe.

DON iwnto.

Elle paraît uharnumte I

L'OBrlVfllE.

Et ces émaux?

Parfaits ! De façon élégante, Sans se nuire on les voit marier leurs couleurs, Et faire aux diamants comme un beau nid de fleurs.

Un marchand chaussetier, seigneur, est à la porte. Avec échantillons de bas de toute sorte.

Qu'il attende un instant I ou qu'il vienne me voir, Tu sais, au jeu de paume, où je serai ce soir.

Quel trouble, que! souci, quelle folle dépense La flte de saint Jean ramène dans Valence I

^. DON ALONZO

i Nos braves officiers se montrent-ils bien beaux?

L'ORFiVRE.

On les verra demain avec tous leurs joyaux.

DON ALONZO

Il sera beau de voir leurs troupes réunies ;

Sans doute ils mèneront en mer leurs compagnies.

l'orpéyrb.

Spectacle d'allégresse I

DDK ALONZO.

Ouil mais attention!

Il faut garder la mer dans la prévision Du Maure qui d'Alger pourrait bien nous surprendre ; Ils sauront que l'on a des géants pour l'attendre. -

{S' adressant aux fournisseurs,)

Octavio, mes amis, va vous congédier,

Et revoir votre compte, afin de vous payer !

l'armurier, se retirant.

Seigneur 1 que Dieu vous garde, et vivez mille années!

l'orfèvre, se retirant, Puissiez-vous de saint Jean revoir mille journées !

ffi

LOPe DE VESA.

DON ALONZO, OCTAVIO, CAMILLO, le capii DON LUIS, DON FRAWasCO.

Les lirais de don AlonïOïïennertparlefondduIhéStreBS

Peut-être est-il encore au lit, Lieu qu'il soil tard, S'il a passé la nuit à rûder quelque part?

DON ALONzo, allani ou devant d'eux et atjani eiiienilH Lèonarilo.

yuand à jouer mes mains ne sont pas occupées, Je me couche... Et ce sont les seules équipées Qui, du soir au matin, me tiennent éveillé,

SOH LUIS.

Rosela vous tient-elle encore émerveillé ?

Aloniii ■rt».

Je la vis hier soir, mais parmi tant de vieilles Que, tout effarouché de ces laides corneilles. Je m'ennuyais au point de m'endormir debout 1

s,., et ce n'est pas beaucoup.

C'est trop ! Quand le ciel même en ferait un partage , L'une sur terre, l'autre en mer, hé bien I je gage Que c'est plus qu'il n'en faut, par Dieu, pour ennuyer Les quatre coins du monde et l'univers entier.

LEONARDO

>n m'a cité la loi de quelques républiques [}ui faisaient élever de grands chiens faméliques. Et leur faisaient manger les vieillards ennuyeux.

DON ALONZO

Il n*était pas alors régalant d'être vieux.

Mais pourquoi de ce conte étourdir nos oreilles ?

DON LUIS

Ces chiens auraient mieux fait de dévorer les vieilles.

DON FBANCE8C0.

Oui ! car Thomme devient plus grave en vieillissant; Les emplois élevés, les dignités publiques. Enfin tout ce qui tient aux choses politiques Est le lot du vieillard ; de plus il est puissant, Il a droit au respect ! mais quelle différence ! Les vieilles...

DOH AL05ZO.

En parler c'est se jeter d'avance En enfer ! Je voulais seulement vous conter Que pour voir Rosela j'ai du parlementer Avec des laiderons, vieilles comme le globe ; Doiit l'une, en mendiant, me demande une roi>e , L'autre une friandise et l'autre de l'argent. Cette autre m'interrompt, et veut absolument De son passé galant me conter les prouesses. Me dire ses amours et jusqu'à ses grossesse»»; Et comment don Gazmio lui fit jadis la cour. Et comment don Satan, le soir de certain jour « Dans son appartement entra par les mansardes,,.. Tout un siècle exhumé par ces langues bavard<^s, Bevit pour m'assommer et m'ôter le bon sens.

334 LOPE DE VB6A.

LEONARbO.

Leurs langues ont toujours, à la place des dents, Une démangeaison de parler effroyable.

DON FRÂNGESGO.

J'aimerais mieux cent fois avoir affaire au diable, Qu'à toutes ces guenons quand il s'agit d'amour.

DON ALONZO

Assez ! Allons-nous donc en parler tout le jour?

DON LUIS

Autour de ce palais je sais des jeunes filles... Un gibier délicat de cailles fort gentilles, Que mon nez de chasseur éventa l'autre soir.

DON ALONZO

Chacun a-t-il la sienne ?

Oui, peut-être, il faut voir.

DON ALONZO

Gentilles, dites-vous ?

DON LU 18

Oui, vraiment! même belles.

DON ALONZO

Chantent-elles ?

DON LUIS

Non pas.

DON ALONZO

C'est au mieux ; et sont-elles De ces bourreaux d'argent que l'on voit...

DON LOIS

Non. pas trop.

DON ALONZO

Des sottes ?

DON LOIS

Nullement.

DON ALONZO

Quel est donc leur défaut?

De vouloir des maris 1 . . .

DON ALONZO, ovec UH gcste.

Prends garde ^ ^ ta flgure I

DON LUIS

Bien attrapé )

DON FRANCISCO

Vieux fou !

DON LUIS, riant, Q]^le déconfiture !

DON ALONZO

A votre premier mot sur un pareil sujet,

Je me cabre et je rue, ainsi qu'un vieux mulet.

LEONARDO

Vous pourriez aussi voir, ce soir au clair de lune, Une veuve à mon gré^ de beauté peu commune, Aussi haute en couleur qu'un honnête Allemand. Son visage immortel vous paraîtrait charmant!

^ Ga$u'4a la cara. — Proverbe.

336 LOPE DE VEGÀ.

DON LUIS

Son visage immortel ! l'expression est belle I

DON ALONZO

Par un tour plus galant c'est ainsi qu'on appelle , Quand on a des raisons pour ne pas être clair , Une femme au teint vif, qui, nlétant pas d'hier, Depuis longtemps déjà n'est plus fille, mais dame. C'est là son immortelle !

LEONABDO,

Oui, certe, et sur mon âme Ce nom lui convient fort ; car son aspect gaillard, Son œil vif et perçant, ses mines... et le fard Couvrent suffisamment les traces indiscrètes Que la vieillesse imprime au front des plus coquettes.

DON LUIS

En style poétique, allons ! dis nettement Ce que cache la dame avec tant d'agrément.

LEONÂRDO.

Ce sont petits ruisseaux que rides on appelle.

DON FRANCESCO

Si vous ne craignez pas, messieurs, dans une belle, Parmi d'autres trésors, de trouver quarante ans, Lisarda vous plairait avec tous ses printemps ; Elle peut vous offrir en toilette, élégance, Caîté, propos malins, grâces et complaisance. Ce qui déjà lui manque en jeunesse et beauté.

DON ALONZO

Ah ! ne voilà-t-il pas un portrait bien flatte ! Par la corbleu, messieurs, vous avez pour amies

LES FLEbaS DE DON JUAN. 337.

; 068 femmes qu'on devrait appeler des momies ; Allons tirer au vol et chasser au hasard.

DON FRANCESCO

Mon gibier vous plairait.

J'aime autant pour ma part Les cartes que l'amour ; jouons, que vous en semble?

DON ALONZO

Je suis toujours tout prêt ; eh bien ! jouons ensemble. ^

DON FRANCESCO

Jouerez-vous, capitaine ?

LEONARDO

Oui, certes.

DON ALONZO

Jouons donc :

Voulfez-vous jouer Thombre ou la bassette^

DON LUIS

Non.

DON ALONZO

Pourquoi ?

DON LUIS

Je suis poltron, et ce mot de bassettc Est de mauvais augure et rime avec disette*.

DON FRANCESCO

Alors jouez la poule.

DON ALONZO

Ah ! je sais bien pourquoi :

Jamais de la plumer la chance n'est pour moi.

* Il y a ici un jeu de mots intraduisible qui roule sur le mot piniasy qui signifie à fois le Jeu de Bassette et la fièvre pourprée.

DON FRANGEBCO.

A combien cette poule?

DON LUIS

Au doublon.

DON FRANCESCO

Un par tête.

DON ALONi;0.

Entrons dans le salon où la table s'apprête. Des cartes !

GAHILLO.

En voici.

LBONARDO.

Que celui d*entre nous A qui la bête échoit paye aujourd'hui pour tous !

DON LUIS

Ce n'est pas votre jeu favori, capitaine ,

Car il n'est pas de ceux où vous avez la veine.

LEONARDO

Je préfère les dés, mais il faut s'amuser.

(Ils entrent dans la salle voisine,)

ocTAvio, à Camillo.

Tous ici vont dîner.

CAMILLO

Alors il faut dresser Les plats.

oc TA VIO.

Ajoutez-en deux ou trois, deux de viande, Un de poisson.

GAMULO. ,

J'y vais. (// sort.)

ocTAvio, regardant son maître et ses amis dans ta pièce voisine.

Voyez U folle bande...

Ah 1 qu'ils vivent gaîment, ces aimables garçons Dont la pocbe pesante est pleine de doublons 1

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