DONÂ INÈS, DONA CONSTANCE, LA COMTESSE
DONA INÈS, allant au devant de la comtesse.
En venant pour me voir vous m'avez devancée, Et c'est presque, en un mot, me voler ma pensée, Chère comtesse, mais je vous en sais bon gré.
DONA CONSTANCE
Sachez que notre amie a seule conspiré
Dans ce charmant complot de venir vous surprendre.
LA COMTESSE
La petite Célia nous ayant fait comprendre
408 LOPS DB VBGÀ.
^ Hier que vous aviez des tristesses de cœur, Je voulais, chère Inès, guérir votre langueur
Et, par de gais propos, chercher à vous distraire.
DONA INÈS, finement.
Allons ! vous désirez sonder quelcpie mystère ; Tous êtes curieuse et vous voulez aussi De ce qu'on fait ailleurs vous informer ici.
lA COMTESSE.
Ah ! vous êtes méchante.
DONA CONSTANCE
Un tel soupçon nous blesse.
LA COMTESSE
Si nous parlons d'amour, par hasard,., la traîtresse S'écriera que c'est là le sujet convoité Que nous venons chercher par curiosité.
DOPIA CONSTANCE.
Et pourtant je le dis à votre seigneurie. Quel sujet avons-nous à traiter, je vous prie ? Comment passer le temps, tout le reste du jour, Et sahs mourir d'ennui... ne pas parler d'amour?
LA COMTESSE
Si de quelqu'amoureux il vous faut l'élégance, Les gestes, le langage, en un mot, l'apparence; Et c'est là bien souvent tout ce qu'on cherche en eux ; Mesdames, me voici... je ferai l'amoureux.
DONA INÈS
Laquelle de nous deux ferez- vous votre dame?
LA COMTESSE
L'une et l'autre, vraiment... Quoi! n'aimer qu'une femme.,. Gela n'est plus de mode, et jamais ne se fait !
DON A CONSTANCE
J'en sais un plus modeste et dont le cœur discret N'en peut adorer qu'une.
LA COMTESSE
Ou veut le faire croire.
DONA CONSTANCE
Si vous le permettez, je dirai son histoire.
LA COMTESSE
N'allez pas, s'il vous plaît, me parler de don Juan ; Ce qui fait sa constance est son manque d'argent ; Allez-vous le citer comme un parfait modèle? •
Un garçon tel que lui ne poursuit qu'une belle : Gomment, étant si pauvre, en trouverait-il deux?
DONA INÈS
Il est persévérant à vous suivre en tous lieux, Et doit vous émouvoir par son air doux et tendre !
LA COMTESSE
Il est à tous les airs ; à son choix il peut prendre Celui qui lui plaira; mais peut-on s'empêcher De rire en le voyant timidement marcher Et porter, en juillet, un pauvre habit de laine ?
DONA INÈS
Oui, la parade est bonne et nous prouve la haine Qu'au fond vous lui portez sans doute.
(On entend Germain proposant des fleurs à haute voix dans la rue,)
tO^K BB VKIiA.
EntsndeE-vouB
.a voix de ce marcband qui moDte jusqu'à nous? 1 propose des fleurs.
Uk coiTTEBSE, à Dnrango.
Je veux les voir de suile.
luraogo !
Me voici.
Vers cet homme allez vile, El. faites-le venirl
De deux bouquets dp fleurs je vous ferai présenl; Ce c&deau, d'un goûter tiendra lieu, je le pense, Et de votre appétit calmera l'exigence.
Des cadeaux, de nos jours, l'usage est peu galant; En le faisant petit on en épargne un grand <.
DOBÀNGO, à Germain avani d'entrer.
Entrez, mon cher, entrez : ayez soin, je vous prie,
{Monuaat ta cemteue.)
' So no ca galao es al uso ;
La visita no es sangria.
Mot A mot ; si ce n'fst p.is galant, c'est l'usage \ une vi.'^ite ordiaiLÎro n'est pa.s une visite faite un jour de saignfe. Il était d'usage d'offrir un cadeau aui personnes qui s'étwent fait saigner.
A celte dame-là, de dire : seigneurie ; Et prenez confiance, on va vous acheter.
{H entre.)
DURANGO, à la comtesse.
Voici votre marchand qui vient se présenter.