SCENE JX
LES MÊMES ; GERMAIN, avec un panier de fleurs en soie passé
autour du bras.
GERMAIN, reconnaissant la comtesse.
Où me suis-je fourré? Grands dieux! c'est la comtesse. Comment est-elle ici? Fuyons avec adresse.
(// veut s'éloigner,)
LA COMTESSE, à Duranço. Mais pourquoi s'en va-t-il?
DURANGO, à Germain,
Fleuriste, attendez doncl Pourquoi vous retirer ?
GERMAIN, à Durango,
Pardon, cent fois pardon, J'ai honte pt je m'en vais, monsieur le majordome 1
(// veut se retirer,)
DURANGO
Ne vous en allez pas.
LA COMTESSE, à Germain, Arrêtez-vous, bonhomme!
mi
liSr loet os VKflA.
M'arrêter, et pourquoi?
Pour nous vendre des fleurs.
Voua f'tos tout troublé.
Je youdrais f^tre ailleurs, nos* coKSTiNce, regariiaitx limis la r.orbeilte de Germain. ■' IJiii'l jardin enchanteur produit des fleurs pareilles
Oue ne suis-je un oiseau 1
BONi mis, reffaiiliiHl la torbcillc.
Voyeil des fleurs en soie.
CE, obtenant Germain, à la comtesse.
Oh ! je le reconniis, Comtesse, de don Juan cet hotnme est le laquais.
Pour venir me parler, serail-ce un stratagèr
Non, non! à se remettre il a peine lui-mCrae, C'est qu'il aura changé de maître et de maison.
On ne peut l'en blâmer, et cerle il eut raison ; Les dîners de don Juan étaient de maigre chère.
DONA C0?i8TANCB.
Oui, la nécessité l'a forcé de le faire. {À Germain.)
Ami, dis-nous quelle est la nonne dont la main A fabriciué ces fleurs, rivales d'un jardin?
DONA INÈS
Elles ont la beauté qu'ont les fleurs naturelles.
LA COMTESSE
Sauf l'odeur, il n^est pas de différence entre elles. {Â Germain,)
N'as-tu rien à nous dire? Allons, es-tu muet?
GERMAIN
Je cherchais un mensonge et n'en ai pas de prêt ; Et l'esprit d'à-prop6^, devant vous, m'abandonne, Mon hésitation' à bon droit vous étonne, J'aime mieux, en un mot, dire la vérité : Ce matin, Alonzo, par sa haine emporté, A fait chasser don Juan du palais de son père ; Alors je l'ai conduit dans la pauvre chaumière D'une... vieille qui dit m'avoir vu tout enfant Et qui fut ma marraine à ce qu'elle prétend ; Puis il fallait pourvoir à gagner notre vie. Et j'avais annoncé quelle était mon envie... De louer mes deux bras pour servir un maçon. Et porter bravement mortier, brique ou moellon I Mais il se récria : puis me dit, plein de joie. Qu'il savait imiter les fleurs avec la soie ; Il en fit... De les vendre il m'avait donc chargé... Tout à l'heure, en montant, je n'avais pas songé Vous rencontrer ici, madame la comtesse; Et vous avez pu voir la nouvelle détresse
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Qui nous force, pour vivre, à fabriquer des fleurs.
Mon maître de colère en verserait des fleurs l
Soyez discrète au moins ! Et vous toutes, mesdames,
De lui rien découvrir gardez -vous sur vos âmes !
Et puisse le Seigneur, pour toutes vos bontés,
Vous donner un bonheur égal à vos beautés!
Mais sérieusement, ou par plaisanterie,
Vous savez comme on fait, n'allez pas, je vous prie,
Dire que vous m'avez rencontré ce matin,
Ni que vous m'avez vu, ma corbeille à la main.
Vous proposant les fleurs qu'il fit d'après nature ;
Il pourrait me casser les jambes, je vous jure.
Car plus mon maître est pauvre et plus son cœur est fier.
J*ai donc dû tout vous dire et tout vous confier;
Et, si vous n'avez plus besoin de mon service.
Dites-moi de sortir, car je suis au supplice.
LA COMTESSE, à Gertnoitu Arrête 1 (A part.) De pitié mon cœur est transporté.
DONA CONSTANCE
Qu'Âlonzo pour un frère ait tant de cruauté !
LA COMTESSE, à dom Cotistance,
Ah! ne va pas Taimer! (A Germain.) Voyons cette merveille, Mesdames, choisissez... Apporte ta corbeille. Bon Germain, nous allons la vider à l'instant.
DONA INÈS
Moi je choisis ce lis, et voici mon argent.
DONA CONSTANCE
Voici le prix, Germain, de cette violette.
LA COMTESSE, dontiont une bourse à Germain,
Le reste m'appartient ; à ce prix je l'achète.
(Pensive en retirant tes fleurs de ta corbeilie:)
Peut-être on aurait vu se changer en doux fruits Ces pauvres fleurs, Germain, si la fraîcheur des nuits Ne flétrissait souvent la plus belle apparence. Tu reviendras me voir ; je t'achète d'avance Tout ce qu'il aura fait et tout ce qu'il fera. Laissons ces fleurs éclore, à la fin l'on verra Si le destin ne peut en dérober quelqu'une A la sévérité de cette loi commune.
Plût au ciel que...
Achevez...
LA COMTESSE, sans poursuivre sa phrase.
Tu diras que ces fleurs Avaient de la nature imité les couleurs, Et qu'elles ont trompé, ce matin, une abeille.
GERMAIN
Madame, en vous quittant ma joie est sans pareille. Nobles dames, que Dieu vous donne de beaux jours, Une longue jeunesse, et du bonheur toujours.
(Il sort.)