LUCIO
Oui, la ville est fort belle; ici vjtre présence Ferait meilleur effet si vous étiez venu Avec éclat, et non, comme un simple inconnu; Car en nobles seigneurs cette ville est féconde. Et de leur renommée ils ont rempli le monde.
LE MARQUIS
Mais je ne pouvais pas arriver autrement Que seul, incognito, sans suite, prudemment; Car voilà quatre mois que la belle comtesse N'a pas expédié de lettre à mon adresse. Fallait-il me montrer pour subir son mépris. Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris?
RUTILIO.
J'approuve les raisons de votre seigneurie, Mieux vaut, tout doucement et sans forfanterie, Venir sonder la place aux abords de son cœur.
CELIO
Quelle est donc cette dame à qui tu fais l'honueur De porter tant d'amour, de soins et de prudence?
LE MARQUIS
Gonzague fut jadis vice-roi de Valence, Le père d'Hippolyte * était de ses parents Et Fy suivit bientôt ainsi que ses enfants ; La mort les décima ; seule elle était restée, Et fut par un tuteur dans' un couvent jetée ; ' Ensuite elle en sortit pour choisir un époux ; Beaucoup, d'avoir sa main, se montrèrent jaloux, Car elle était fort belle et très-riche héritière ; Pourtant soit qu'elle fut difficile ou trop fière Elle hésita toujours, et n'a pas fait de choix.
«r CELIO.
A ce bien précieux vous seul ayez des droits, On TOUS attend.
LE MARQUIS
Tel est le but de mon voyage.
Rassemblez mes valets, qu'ils portent mon bagage. Et qu'ils prennent l'hôtel où je serai le mieux ; Moi, je vais, de ce pas, hâter l'instant heureux Où je pourrai la voir.
RUTILIO.
Le reste est notre affaire ; Nous allons sans retard pourvoir au nécessaire.
LE MARQUIS, à pOTt,
Si je vois réussir aujourd'hui mon dessein Qui pourra se vanter d'un plus heureux destin I
^ Nom de baptême de la comtesbc.
4b0 LOPE DE VEGA.