ORGANES GÉNITAUX
Dans un précédent travail sur la Faune lombricide de la Suisse (95), je faisais l'essai d’une classification rationnelle des Vers Lombricides d'Europe.
Cette classification, du reste déjà ébauchée par DANIELE Rosa (93), était basée sur les différences anatomiques existant entre les Lombricides.
En voici le résumé très succinct :
1° Genre: Lumbricus Eisex. Trois paires de vésicules séminales. débouchant dans une tapsule médiane (PI. XV).
2° Genre: Æophila Rosa. Deux paires de vésicules séminales (PI. XV).
3° Genre: Dendrobæn«a KEisex. Trois paires de vésicules séminales sans capsule médiane (PI. XV).
4 Genre: Alolobophora partimn ex Kisex. Quatre paires de vésicules séminales sans capsules séminales ou médiane (Pi. XV).
9" Genre: Oclalosion OERLEY. Quatre paires de capsules séminales et quatre paires de vésicules séminales (PI. XV).
6° Genre Allurus MICHAELSEN eæ EISEN. Quatre paires de vésicules séminales sans capsules séminales (PI. XV). Gésier dans un seul segment (1).
(1) En. Perrer (97, p. 1721) ne signale chez A//urus qu'une seule paire de poches
copulatrices. J'en ai observé deux paires dans les segments 10 et 11. (Pour plus amples détails, voir Risaucourr. 1896, p. 70).
280 E. DE RIBAUCOURT.
1° Comme on le voit, l'anatomie des organes génitaux est très différente suivant les genres ; je puis dire maintenant que l'anatomie comparée des autres organes corrobore cette classification. Nous y reviendrons plus loin dans notre conclusion.
On a souvent confondu les différentes parties des organes génitaux des Lombricides, parce que chaque auteur les désigne sous des noms différents.
On sait que chez Lumbricus il y a une chambre médiane divisée en deux par une cloison contenant deux paires de testicules (quatre testicules) et deux paires de pavillons vibratiles (quatre pavillons vibratiles). Il existe six chambres latérales qui ne sont que trois diverticules pairs de la chambre médiane.
M. Ep. PERRIER les a appelés sacs spermatiques ; Vo&r et YUNG ont appelé la première loge de la chambre médiane vésicule antérieure; la deuxième loge, vésicule postérieure; les six chambres latérales; appendice antérieur de la vésicule séminale antérieure; appendice postérieur de la vésicule séminale antérieure ; appendice de la vésicule postérieure.
Rosa et DE RigaucourT ont appelé la chambre moyenne cupsule médiane elles six chambres latérales #rois paires de vésicules séminales, qu'il ne faut pas confondre avec les deux vésicules séminales de Vogr et YunG qui sont tout autre chose et que nous avons appelées capsule médiane.
La plupart des auteurs allemands se sont bornés à appeler l’ensemble de ces organes sumnenblasen (Sacs spermatiques de PERRIER). Mais encore là il ne faut pas confondre samenblasen avec samentaschen (spermathèques). Pour ne pas embrouiller davantage la question, je me bornerai à ne mentionner que les termes des auteurs précédents, ceux du commencement du siècle ayant commis de graves confusions anatomiques.
zeci dit, je crois que les termes de capsule séminale et de vésicule séminale, dont D. Rosa s’est servi dans sa Rivisione dei Lombricidi el que j'ai adoptés en 1895, sont les plus commodes pour désigner le détail de ces organes ; le terme de sac spermalique prèlant à une confusion avec le terme poche spermatique dont se sont servis Voar el Yun& et plusieurs auteurs pour désigner ce que nous appelons spermathèques et que d’autres auteurs ont appelé réceplacles séminaux, poches copulatrices.
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 281
En résumé il y aurait avantage à ce que l'on n'emploie pas des termes différents pour désigner un même objet et un terme identique pour des objets absolument différents.
2° Il résulte de notre classification que les Lombricides peuvent avoir une ou plusieurs capsules séminales avec des vésicules séminales. IIS peuvent ne posséder que des vésicules séminales (sans capsules); dans ce dernier cas, ce sont Les vésicules séminales qui contiennent les testicules ; car lorsqu'il y a présence de capsule séminale c’est dans la capsule que se trouvent les testicules. Les vésicules séminales sont donc ontogéniquement les plus anciennes ; ce n’est que secondairement que ces vésicules sont venues se souder mêdianement pour former chez Zuwmbricus la capsule séminale à deux loges. L'étude comparée des Oligochètes corrobore cette théorie.
3 Les masses génitales mâles peuvent varier de dimensions suivant les espèces.
C'est ainsi que dans le genre Luwmbricus elles sont considérables.
Chez Lumbricus caslaneus, elles peuvent absolument remplir la cavité viscérale depuis le neuvième anneau jusques et y compris le vinglième anneau. Il va sans dire que dans ce cas les vésicules séminales postérieures du treizième anneau sont rejetées à l'arrière, repoussent les dissépiments quatorze, quinze, seize, dix-sept et dix-huit en les atrophiant à leur partie dorsale; de sorte que les masses génitales sont rejetées bien en arrière du quinzième anneau, où se trouve l’orifice génital du canal déférent (PI. IX, fig. 55).
Ceci est en contradiction absolue avec les dessins plus ou moins schématiques des auteurs.
Chez Allurus tetraedrus où Allolobophora Hermanni, les dimensions des organes génitaux sont au contraire extrêmement réduites et ne dépassent jamais le niveau du qualorzième anneau.
4° Ayant signalé en 1895 quelques anomalies concernant les organes génitaux d’AUolobophora turgida var. minima, j'ai fait de nombreuses coupes histologiques afin d'étudier de plus près ces anomalies. J'ai alors constaté, non pas une anomalie, mais un fait constant, très curieux, résultant de la disposition spéciale du canal
282 E. DE RIBAUCOURT.
déférent au sortir des vésicules séminales. Ce canal ou plutôt ces canaux (il y en a deux paires) forment de véritables épididymes par leur pelotonnement (fig. 45), au sortir des vésicules sé minales.
Fi. 45. — AUlolobophora turgida ; var. minima; coupe pariétale des anneaux 11, 12, 43, 14, 15; A épithelium de l'épiderme ; B couche en piliers du {5me anneau; C muscles circulaires ; D muscles longitudinaux ; E épididymes;F canal déférent; G pavillons vibratiles ; H soies formant charpente; I soies maintenant béantes l'ouverture du canal déférent au 15"° anneau ;
R testicules ; O, P, Q tube digestif. =
Pour constater ce fait, il suffit d’injecter depuis l'extérieur le canal déférent et de faire des coupes épaisses macroscopiques. Mais cetle injection est délicate; j'ai employé une autre méthode plus facile qui consiste à fixer le Ver, en entier, sans le seclionner ou l'ouvrir, dans de l'acide chromique et picrique à 3°/, dissous dans de l'alcool; de plonger le Ver pendant quatre jours dans un mélange de vert d'iode et de bleu de méthylène en solution aqueuse très élendue; puis de décolorer pendant quelques jours en changeant souvent le Ver d'alcool. Si l’on fait des coupes macroscopiques on constatera que seuls les organes génitaux, les pavillons vibraliles, les épididymes, les soies restent colorés en vert. Mais il est difficile de dire au bout de combien de temps la décoloration est arrivée à point. On y arrive par tâtonnements successifs. À
J'ajouterai que chez Luwmbricus herculeus, je n’ai pas trouvé d'épididymes. |
5° Je possède une très belle préparation où ces épididymes sont visibles (fig. 45); mais ce qui en augmente l'intérêt, c'est la
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 283
disposition Curieuse des soies ; au niveau des anneaux qui précédent les pavillons elles sont en forme de ib , courtes, très épaisses et
recourbées. Au contraire, au niveau des pavillons elles s’allongent démesurément, deviennent plus fines, moins recourbées et vont pénétrer jusque dans les pavillons où elles forment une charpente solide, les maintenant en place (fig. 45).
Au niveau du deuxième épididyme, une soie allongée, analogue, lient en place l’épididyme autour duquel il est enroulé. Le canal déférent est disposé longitudinalement à la partie inférieure des muscles longitudinaux et va aboutir au quinzième anneau. À ce quinzième anneau les soies sont au nombre de quatre; deux petites, très réduiles, siluées à la partie inférieure des téguments et deux longues très effilées, supérieures, formant une charpente solide de l'orifice du canal déférent. Ces deux soies maintiennent béantes les lèvres de l'orifice ; le canal déférent passe à leur base. Cette disposition des soies se retrouve chez Lumbricus Michaelseni. Ces soies ne proéminent jamais à l'extérieur des téguments (fig. 45).
HERING (56) avait cru que les soies des dixième, quinzième, vingtsixième anneaux et celles de la ceinture du Lumbricus élaient des soies annexes de copulalion. Nous admeltons cette significalion pour celles de la ceinture el du vingt-sixième anneau (anneau du spermalophore) mais pas pour celles du dixième et du quinzième anneau qui restent plongées dans les téguments pour former une charpente solide.
6” Des cellules ciliées de grandes dimensions forment la paroi du canal déférent. On perçoit lrès nellement un noyau el un nucléole. Le tout est enlouré par une couche très mince de muscles circulaires à noyaux très visibles chez Allurus, après coloration à l’hématéine et éosine. La position de ces canaux déférents peut varier :
a) Is peuvent être disposés dans la cavité générale, reposant sur la couche des muscles longitudinaux (ex : Lumbricus).
Dans ce cas, ils sont maintenus en place par un système de fibres allongées qui les attachent aux téguments.
b) Ils peuvent être plongés depuis les épididymes dans la couche des muscles longitudinaux (ex: Allolobophora tlurgida). À ce
284 E. DE RIBAUCOURT.
niveau, les muscles longitudinaux sont très vascularisés et leurs fibres ne sont pas disposées régulièrement. Les éléments nerveux y sont nombreux.
Spermathèques.
Leur disposition, leur nombre ont une grande importance pour la déterminalion. J'en ai fait une description assez détaillée en 1895 dans mon Étude sur la Faune lombricide de la Suisse. J'ai expliqué plus haut que ces organes avaient les noms les plus divers : réceplacles terminaux, poches copulatrices, poches spermatiques, elc., et qu’il ne fallait pas les confondre avec ce que l’on a appelé sacs spermatiques. On sait que ces organes n'ont aucun rapport avec les organes génitaux ; que ce sont de petites poches placées en nombre pair, excepté chez Allolobophora Udei RisaucourT, dans la cavité générale, communiquant directement à l'extérieur par un canal réduit. La spermathèque est remplie de spermalozoides provenant selon toute apparence de l’accouplement d’un autre Ver. On a déjà décrit leur provenance.
Le canal de la spermathèque et la spermathèque sont constitués par les mêmes éléments histologiques. Les cellules épithéliales de la spermathèque sont néanmoins plus considérables que celles du canal. Il existe de plus entre les cellules de soutien de la spermathèque de grosses glandes unicellulaires colorées en bleu très pâle par l’hématoxyline. Ces glandes sont considérables chez Allurus el sécrétent un liquide granuleux. |
Au-dessous de la couche épithéliale, il existe une couche de muscles circulaires dont le volume varie suivant les espèces.
Je n'ai jamais trouvé de spermatophores dans les spermathèques, quoique j'aie fait plus de deux mille coupes macroscopiques de spermathèques, les coupes microscopiques étant parfaitement inutiles pour cette recherche-là.
Glandes capsulogènes:
D'UpekEm (57,58, 63) à décrit des glandes capsulogènes aux environs des spermalhèques. Ces glandes ne se verraient qu'au
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 285
moment de la ponte et joueraient un rôle dans la sécrétion de la capsule ovifère; nous n'avons pu les étudier dans les différents genres, ne les ayant trouvées que chez A/olobophora chlorotica où elles sont en grappes et se trouvent à la base des ovaires contre la paroi ventrale du corps.
Ovaires, ovisacs (fig. 46, 47).
Les ovaires, leurs trompes, leurs oviducles ont élé éludiés par plusieurs auteurs et en parliculier par HÉRING. Chez Lumbricus les ovisacs sont au nombre de deux et situés contre la face antérieure du treizième anneau de chaque côté de la
Fi. 46 FrG. 47
Fta. 46, — Ovisac de Luwmbricus Michaclseni ; B, G ovules ; E base de l’ovisac.
FiG. 47. — Ovisac d'AXolobophor«a chlorotica; À paroi du sac; B ovule à maturité ; C, D jeunes ovules. na
chaîne nerveuse. M. le Rev. FRIEND en a éludié, en 1897, la position
respeclive et l’'embryologie.
286 E. DE RIBAUCOURT.
Nous n’y reviendrons pas, mais nous dirons que celte posilion peut infiniment varier suivant les espèces. Les dessins de Vor el Yun& sont exacts pour le genre Lumbricus. Mais chez A//olobophora chlorotica cela change un peu, car la base de l'ovaire esl constituée par de petits ovules qui deviennent progressivement énormes à mesure qu'ils s’éloignent de la base de l'ovaire.
On y remarque une énorme vésicule germinative et une tache germinative considérable.
En résumé, les ovules des ovisacs arrivent à maturité et l’extrémité distale de l'ovaire chez A//olobophora chlorotica, Notogarma rosea, AHolobophora turgida (fig. 47); cela n’est pas le cas dans la plupart des espèces du genre Lumbricus ; ex: Lumbricus Michaelseni (fig. 46).
APPAREIL EXCRÉTEUR.
Ep. CLAPARÈDE et GEGENBAUER (52), elc., ont éludié les organes segmentaires Chez Lumbricus. Nous n’y reviendrons pas. Nous dirons d’une manière générale que tous les organes segmentaires d'Europe sont construils sur le même plan. Mais ces organes peuvent varier énormément quant à leurs dimensions. C’est ainsi que chez Lumbricus castaneus les parois du canal terminal ne sont pas très épaisses ; celles des canaux en lacets sont très lénues el constituées par des fibres musculaires circulaires.
Ce n’est pas le cas pour ceux d’Allurus. Les parois sont ici considérables, cylindriques et chez les jeunes exemplaires on peut encore voir nellement les cellules et les noyaux constituant la paroi de ces organes segmentaires.
Chez l'adulle Allurus, au contraire, noyaux et cellules ont disparu faisant place à une substance amorphe, trabéculeuse, richement vascularisée, tapissée à l’intérieur d'un épithélium très ténu el à l'extérieur d’une fine couche de muscles circulaires. L'exlérieur de la couche trabéculaire est recouvert d'un système très riche de glandes chloragogènes, que nous décrirons en détail plus loin.
Chez Alurus, les lacets ne sont pas nombreux ; ils peuvent se réduire au nombre de deux ou trois ; chez Nofogama rosea, ils sont
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 287
au contraire très nombreux. Chez AUolobophora chlorotica, les organes segmentaires sont considérables au niveau du jabot et du gôsier.
La couche musculaire circulaire prend ici un développement parliculier, au détriment de l’autre couche cellulaire.
Un caractère de différenciation spécifique peut encore intervenir, suivant que les canaux excréteurs sont complètement ou incomplétement réunis par une trame conjonctive.
En général, à la partie postérieure du corps et à la partie caudale les organes segmentaires sont plus allongés, les lacets sont plus nombreux ; mais les canaux excréteurs ainsi que la lumière du canal excréteur terminal sont moins considérables qu’à l'avant.
SYSTÈME NERVEUX (fig. 48).
Le système nerveux a été étudié par un grand nombre d'auteurs. Nos observations ont porté sur la place occupée par les ganglions cérébroïdes par rapport au muscle buccal. Chez Lumbricus festivus, ils sont situés bien à l'avant du muscle buccal et en sont complètement séparés par un segment entier. Chez Notogama fœtida et Allolobophora rosea, la disposition est intermédiaire entre celle du Lumbricus et celle de l’Alolobophora turgida var. minima. Chez Allolobophora chlorotica el surtout Allurus, les ganglions cérébroïdes sont disposés immédiatement à l'avant du muscle buccal, mais en sont séparés par une cloison dissépimentaire.
Comme on le voit, la disposition de ces ganglions cérébroïdes peul varier passablement. La répartition des éléments figurés dans la chaîne ganglionnaire du Zuwmbricus n’est pas égale. Il existe de grosses el nombreuses cellules à la base et aux parties latérales du système nerveux veniral. Elles sont peu nombreuses et très petites à la partie supérieure de la chaine ganglionnaire. La partie centrale comprise entre les cellules est constituée par des éléments non figurés.
Chez Notogama rosea, les cellules nerveuses de la partie supérieure de la chaîne nerveuse sont si rares qu’elles font parfois défaut. Il existe aussi ici entre la chaîne ventrale et le gésier, des cellules musculaires allongées accolées par leur extrémité et qui
288 E. DE RIBAUCOURT.
forment des fibrilles d'aspect curieux allant s'attacher à leurs extrémités distales aux muscles longitudinaux externes du gésier.
Chez Lumbricus castaneus el quelques autres espèces, le périnèvre de la chaîne ganglionnaire forme à la partie inférieure deux gaines reliées par un fin tractus conjoncüf entre les mailles duquel circulent de nombreux petits vaisseaux (ex: avant de Zumbricus castaneus). Ces deux couches s'unissent à la partie supérieure pour ne former qu'une seule couche (fig. 48).
Fi. 48. — Coupe sagittale de la partie antérieure de la chaîne ganglionnaire de Lumbricus castaneus ; A périnèvre externe; B périnèvre interne ; G vaisseau sous-nervien ; F sus-nervien ; E nerviens latéraux ; M fibrilles attachées d’une part à la partie ventrale du système nerveux d'autre part à la paroi du corps : G cavité buccale ; H muscle buccal.
Voar et YuxG (p. 453) ont décrit une disposition un peu différente pour les trois gaines de la chaîne nerveuse du Lumbricus herculeus.
Dans d’autres espèces (Lumbricus Michaelseni), il n'existe qu'une couche de périnèvre à la partie inférieure et supérieure de la chaine ganglionnaire. Telles sont en résumé nos observations sur l’anatomie comparée du système nerveux des Lombricides.
GLANDES CHLORAGOGÈNES (Cellules péritonéales).
Ces.glandes, où plutôt ces éléments cellulaires qui tapissent la cavité du corps au niveau des vaisseaux, des cloisons intersegmentaires, des organes segmentaires, du tube digestif et des parois du corps, ont êlé étudiées par beaucoup d'auteurs, FRÉDÉRIC, CLAPAREÉDE, el.
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 289
Mais à l'étude de ces glandes est venue s'ajouter l’élude d'éléments nouveaux figurés contenus dans la lymphe (liquide périviscéral). Gibpes, CuÉNoT, VEIDowskY, D. Rosa, CATTAENO, OWSJANNIKOW ont discuté le rôle de ces différents éléments figurés, les uns les faisant provenir des glandes ehloragogènes, les autres leur prêtant une provenance toute différente.
Afin d'éviter des confusions, nous procéderons par ordre. Nous présenterons d’abord nos observations personnelles sur l'anatomie comparée de ces glandes. Nous énumérerons les éléments figurés (lymphocytes) du liquide périviscéral (lymphe). Nous formulerons nos réserves sur la question délicate de l’origine des éléments figurés du liquide périviscéral (lymphocytes).
Anatomie comparée des chloragogènes. — Ces glandes sont très faciles à étudier ; elles sont sensibles à la plupart des colorants. L'acide acétique qui abîime facilement les glandes de MorREex n’altère pas les glandes chloragogènes.
FiG. 49. — Glande chloragogène de l'avant de Lumbricus ; B cellules chloragogènes ; À vaisseau ; D sacs chloragogènes contenant des cellules spéciales arrondies ; E éléocytes; H paroi du tube digestif; K chloragogènes du
tube digestif. F
‘Dans le genre Lumbricus (fig. 49), si on les compare à celles des ‘autres genres elles ne sont pas considérables. Elles se présentent à l'avant sous la /o5me d’un sac (?) contenant un protoplasme
290 E. DE RIBAUCOURT.
extrêmement granuleux avec un gros noyau au centre. Ces éléments glandulaires sont groupés en massesnombreuses formant des gaînes principalement autour des vaisseaux. Elles peuvent n'être attachées à la paroi du corps que par de fins pédoncules. Elles tombent daris la cavité générale isolées ou par groupes de dix à vingt cellules formant un tout d’aspect fusiforme. Cet amas se désagrège ; les cellules se séparent; les unes laissent échapper leur contenu granuleux (éléocytes); Les autres (fig. 49, D) prennent un aspect arrondi avec un gros noyau au centre, puis deviennent amæboïdes.
Quant aux chloragogènes du tube digestif elles ont un aspect différent (fig. 49, F.). La plupart d’entre elles perdent ou transforment leur noyau et leur contenu est encore plus granuleux que chez celles qui tapissent la cavité du corps ou les organes segmentaires.
FiG. 50. — Allurus. Glandes chloragogènes des organes segmentaires ; À cellule chloragogène ; B noyau; C et L vaisseau sanguin de la glande allant se distribuer entre les cellules ; H paroi externe des noyaux segmentaires ;
K lumière du canal; F cellules péritonéales formant les amæbocytes. 7
Allurus.— Dans ce genre les chloragogènes prennent un développement considérable. Leur différencialion atteint ici son apogée.
C'est’ainsi que les chloragogènes du tube digestif différent non seulement par leur forme, leur aspect général, des chloragogènes entourant les organes segmentaires, mais aussi par la constilution histologique de leur protoplasme. Le protoplasme des chloragogènes des organes segmentaires (fig. 50) se colore relativement
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 291
peu à l’hématéine et à l’éosine. Mais celui des chloragogènes du tube digestif se colore beaucoup plus facilement (fig. 51). Il est granuleux tandis que celui des chloragogènes des organes segmentaires est presque transparent.
Fi@. 51. — Glandes chloragogènes du tube digestif (partie moyenne) ; A glandes chloragogènes ; B substance de secrétion ; D dissépiment; GC snPovyie,
L'épithélium intestinal ; M noyau ; K invagination du tube digestif. (1).
Fait important à noter c’est qu'un véritable vaisseau vient vasculariser les glandes chloragogènes des organes segmentaires (fig. 50). Ces glandes atteignent alors une longueur énorme. Elles sécrètent directement un mucus granuleux se colorant très facilement à l’hématéine et à l’éosine ; la sécrétion se fait dans ce cas par voie holocrine. Parfois des cellules entières se détachent de la masse glandulaire et tombent dans la cavité du corps. A cet instant, elles se colorent beaucoup plus vivement à l'hématéine et à l’éosine et la substance nucléaire semble disparaître.
Aux anneaux de la partie caudale où se trouvent les kystes que les auteurs ont étudiés et dont nous parlerons plus loin, on voit, parfois, sur des coupes sagiltales, frontales et pariélales, à coloration simultanée (hématéine et éosine ; hématoxyline et safranine) qu'il
(1) Voir l'explication de la fraction page 229.
292 E. DE RIBAUCOURT.
existe des cellules beaucoup plus petites, réduites, peu nombreuses siluées sur les cloisons intersegmentaires et les parois du corps. Ces cellules n’ont pas du tout le même aspect que celles décrites autour des organes segmentaires et des vaisseaux intestinaux (fig.5?).
Leur forme est moins allongée, plus arrondie, parfois irrégulière. Elles sont très peu granuleuses, elles se détachent de la paroi du corps et des dissépiments, se déforment pelit à petit, en conservant leur noyau. Ce sont elles qui s'assemblent autour de l'objet à enkyster. Ce sont elles que l'on a nommées amœæbocytes (Rosa) ; plusieurs auteurs leur ont prêté une fonclion de phagocytose ILest en effet très admissible que quelques amæbocyles aient cette propriété de phagocylose ; mais il est à remarquer que les amœbocytes s'assemblent à l'arrière du corps mécaniquement ainsi que tous les objets contenus dans la cavité périviscérale à partir du clitellum. Les soies nombreuses qui tombent dans la cavité générale sont enkystlées à la partie postérieure du corps, les unes à côté des autres suivant un ordre parfail, dans un sens transversal.
Les choses ne se passent pas autrement que dans une boîte à moilié remplie d’épingles ; lorsqu'on remue la boîte dans un même sens les épingles s'orientent parallèlement les unes aux autres ; ceci explique la disposilion régulière des soies dans les kystes que pous étudions et le grand nombre d’amæbocytes dans cette partie du COrps.
b. Les amœbocytes des kystes entourent presque toujours des substances non assimilables; des soies et des Nénatodes, contenus dans des coques de chitine. Limitons la fonction de phagocylose aux amæbocyles entourant directement les soies ; les milliers d'amæbocyles qui entourent celte première enveloppe de phagocyles ne pourront pas assimiler les substances enkystées. En effet, elles dégénèrent très rapidement; leur contenu devient granuleux, leur noyau s'étoile, S'élire el paraît disparaître plus rapidement qu’on ne le pense. De plus, les objets contenus dans ces kystes (soies, Nématodes, Monocyslis) ne varient ni de forme, ni d'aspect. Leur volume reste toujours ce qu'il était auparavant. Les phagocytes ne les ont donc pas assimilés.
En résumé, puisque c'est le mouvement de reptation du Ver qui provoque principalement l'accumulation des éléments figurés et des kystes à larrière, puisque la phagocytose «es amæbocytes,
ANATOMIE DES LOMBRICIDES. 293
fonction que je suis loin de nier dans certains cas; puisque cette phogocylose est si réduite surtout à l'arrière, je crois prudent avec Rosa (96) d'appeler ces éléments des amæbocytes.