‹ Étude sur l’arrachement traumatique du cœurChapitre 4 sur 52 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Si l'on recherche dans la littérature médicale francaise les faits et les notions concernant l’arrachement traumatique du cœur, on ne trouve en général que bien peu d’indications ; parfois au cours d'un article sur les contusions de la poitrine ou sur les ruptures du cœur on voit signaler la possibilité d’une telle lésion, mais il est bien rare qu’on trouve en même temps une observation relative à ces faits.

Les anciens auteurs connaissaient mal les ruptures des organes internes ; cependant AMBRoISE PARÉ décrit les accidents survenant à la suite de ruptures de la rate et du foie ; Zaccuras signale Les lésions des organes internes à la suite de contusion et MorGA@ni dans ses Lettres, cite notamment 2 cas de ruptures de l'aorte, du reste douteux quant à leur origine traumatique.

Si l’on consulte les traités classiques de chirurgie et de. pathologie externe, on ne trouve guère de renseignements sur l'arrachement traumatique du cœur.

Lassus (Pathologie chirurgicale, an XII, 1803) étudiant les contusions dit : « Des anévrismes, des ruptures de

vaisseaux, des épanchements de sang ont été souvent pro-

eee

duits par des compressions, des chutes, des contusions. » Il renvoie du reste à ce sujet à des dissertations couronnées par l’Académie de Chirurgie et étudiant les effets du contrecoup. Dans l’une d'elles BaziLLe indique toutes les lésions que peuvent subir les organes intra-thoraciques : « Tout coup porté sur les parties qui forment son ‘enceinte (de la poitrine) peut produire de très graves désordres des viscères, lors même que les pièces osseuses qui les environnent resteroient dans leur état d’intégrité. Le cœur, dans ce cas, ne saurait éluder les effets d’un pareil contrecoup. » (Prix de l’Académie royale de Chirurgie, vol. XI, 4771.)

LaARREY (Mémoires de Chirurgie militaire, t. I) étudie l’action des boulets arrivés à la fin de leur course et parle des lésions profondes tandis que la peau reste intacte : « Par la même cause il arrive quelquefois que les viscères sont également dilacérés. » Il cite des cas nombreux avec lésions des os, des muscles, des poumons, mais ne signale pas de lésions du cœur ni des gros vaisseaux.

DupuyTREN (dans ses Leçons de Clinique chirurgicale, t. VI, p. 310) étudiant les contusions de la poitrine, signale les lésions du poumon et du cœur avec intégrité des parois thoraciques et ajoute : « Par suite de ces mêmes percussions sur les parois du thorax, les gros vaisseaux contenus dans cette cavité peuvent être déchirés, rompus, ce qui produit des épanchements contre lesquels l’art est tout à fait impuissant. » |

JOBERT DE LAMBALLE, dans son Traitédes plaies par armes à feu, parle aussi de l’action des boulets frappant oblique-

ment ; il signale dans cette circonstance le broiement des

parties profondes avec intégrité de la peau et dit que de tels

effets peuvent exister sur les organes des cavités thoraci- |

que et abdominale.

VELPEAU, étudiant la contusion dans tous les organes (Thèse de concours, 1833), consacre un paragraphe aux ruptures des gros vaisseaux intra-thoraciques et cite les cas de Morgagni pour l'aorte, de Lovadina pour les veines caves.

Boyer (Traité des maladies chirurgicales, 5° édition, t. V, 1846, p. 630) à propos des plaies de poitrine par instruments contondants signale la possibilité de graves lésions viscérales sans pénétration de l'agent traumatique : « Les poumons, le cœur, les gros vaisseaux sont quelquefois contus, déchirés même par une percussion ou une pression violente exercée sur la paroi. »

Foix et Dupray (dans leur Traité de pathologie externe) étudiant les contusions et déchirures du cœur et du péricarde sans plaies extérieures (t. V, 1878) signalent spécialement l’arrachement du cœur ; ils disent en effet : « Conjointement avecles lésions précédentes (squelette, etc.) on a trouvé parfois des déchirures plus ou moins étendues de l'aorte, des veines caves supérieure et inférieure des ruptures du poumon, des épanchements sanguins intrathoraciques. Enfin on a signalé un véritable arrachement de tous les gros vaisseaux du cœur. »

NéÉLATON, dans la Pathologie chirurgicale, signale à propos des contusions de la poitrine (t. V, 2° édition, 1882) la

contusion possible du cœur et des gros vaisseaux. « Tan-.

tôt il y a rupture du cœur et du péricarde ensemble, tan-

tôt il y a rupture isolée soit du péricarde, soit du cœur. » Mais il ne dit rien de spécial sur les ruptures des gros vaisseaux, ni sur leur isolement plus ou moins complet du cœur.

PIcQUé (article : poitrine du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 1888) dit, à propos des ruptures traumatiques du cœur : « Les déchirures peuvent ne pas se borner au cœur, mais se prolonger sur les gros vaisseaux ; aorte, veines caves supérieure ét inférieure. Dans un cas il y avait arrachement complet du cœur par rupture de tous les gros vaisseaux (Peyrot). »

PouLer et Bousquert, dans leur Traité de Pathologie externe (1893) ne disent rien de cette lésion.

SouLIGOUx dans le Traité de Chirurgie de Le Dentu et Delbet signale les lésions des vaisseaux à propos des contu: sions profondes de la poitrine {t. VI, 1898, p. 795); après avoir décrit les ruptures du cœur il ajoute : « Les gros vaisseaux, aorte, veines caves ont été aussi trouvés rompus », et il cite le cas de Nobel avec rupture de la veine cave inférieure près de son insertion au cœur.

Dans le Traité de Duplay et Reclus, PEYROT au cours de l’article sur les contusions de la poitrine (t. V, 1898) décrit les contusions et déchirures du cœur et cite un cas d’arrachement presque total de celui-ci : «Les déchirures de l'artère pulmonaire, de la veine cave supérieure ou inférieure, de l'aorte ascendante s'ajoutent souvent aux lésions cardiaques... Dans un cas le cœur était presque complètement arraché par une rupture de tous les gros vaisseaux. »

LoisoN dans son article de la Revue de Chirurgie, ne cite pas de cas d'arrachement du cœur (4899).

Dans le Précis de pathologie chirurgicale (t. II, 1909), BourGgois Er LENORMANT consacrent un paragraphe spécial aux ruptures traumatiques des gros vaisseaux du médiastin ; ils décrivent les diverses variétés de ruptures

de l'aorte, puis signalent les ruptures de l'artère pulmo-

naire, rappelant le cas observé par Revenstorf ; de plus, :

dans le chapitre sur les ruptures traumatiques du cœur, on trouve signalée une variété particulière d’arrachement du cœur : «Ilest certain que la base du cœur, oreillettes et origine des gros vaisseaux, présente une friabilité plus grande et on observe assez souvent un véritable arrachement du cœur à ce niveau parallèlement au sillon auriculo-ventriculaire, les ventricules restant indemnes. »

En parcourant les différents ouvrages classiques de médecine légale, on peut se rendre compte que l’arrachement traumatique du cœur se trouve mentionné d’une façon relativement plus fréquente que dans les ouvrages chirurgicaux et qu'il semble avoir attiré l'attention des médecins légistes plus que celle des chirurgiens, faits que peuvent expliquer la gravité de cette lésion et les conditions dans lesquelles elle se produit : la mort rapide en étant la conséquence et l’autopsie médico légale étant ensuite souvent ordonnée.

Maxon, dans son Traité de médecine légale et de police médicale (t. II, 1801), ne dit rien des ruptures des organes internes par contusion, et le seul exemple qu'il cite est une rupture de la rate trouvée à l’autopsie d'un homme mort à la suite de coups de pieds et de bâton (p. 160).

Marc, étudiant les blessures dans le Dictionnaire en

6o volumes (1812) et parlant des contusions des organes

profonds de la poitrine, dit: « Le degré le plus intense de ces lésions peut provoquer une rupture de l'organe pulmonaire et même du cœur ainsi que des gros vaisseaux. »

FopéRé dans le Traité de médecine légale et d'hygiène publique (vol. III, 2 édition, 1813) fait remarquer à propos des plaies de poitrine que « les coups d'instruments contondants ou les chutes peuvent être dangereux, à raison de la fracture des côtes et de la commotion qu'ils peuvent occasionner aux viscères contenus dans cette cavité et à la rupture des vaisseaux qui en est quelquefois la suite ».

CHaussier (Recueil de Mémoires de médecine légale) étudiant les contusions dit: « Tantôt le désordre se trouve uniquement dans le thorax, le cœur; les poumons sont ecchymosés ; quelquefois même leur tissu ainsi que les gros vaisseaux sont rompus ou déchirés ; et cependant dans ces différents cas il n y a à l'extérieur aucune apparence de lésion, souvent même les os qui forment les parois du thorax ne sont point fracturés ou ne le sont qu'incomplètement, c'est-à-dire dans une partie de leur épaisseur. » \

OrrFILA dans ses Leçons de médecine légale (vol.'IT, 1828, p. 475,) parle, à propos des contusions et des plaies contuses de la poitrine, des lésions qu'il peut en résulter sur les organes internes et 1l signale la déchirure des gros Vaisseaux.

DEVERGIE (Médecine légale, 3e édition, vol. Il, 1852) consacre un paragraphe spécial aux lésions des vaisseaux à la suite de précipitation d’un lieu élevé (p. 42): « C'est surtout la rupture de l'aorte ou thoracique ou abdominale

li. 19 -— que l’on rencontre le plus souvent. Ces ruptures ont lieu principalement dans une direction transversale à l’artère ou quelquefois oblique, mais jamais elles ne sont régulièrement longitudinales. »

Tourpes dans l’article « blessures » du Dictionnaire des sciences médicales (1868) et plus tard dans le Traité de médecine légale (Tourdes et Metzquer, 1896), décrivant les lésions internes consécutives aux chutes d’un lieu élevé signale « les ruptures du cœur et des gros ,aisseaux, notamment de l’aorte. » Il cite même le cas observé par lui d'une femme tombée de 12 mètres et présentant une rupture complète de l'aorte avec déchirure des deux oreillettes et de la veine cave supérieure.

LEGRAND DU SAULLE (Traité de médecine légale, 1874) indique l'existence de lésions internes à la suite de contusions de la poitrine, mais ne dit rien de spécial pour les gros vaisseaux.

TarDieu (Etude médico-légale sur les blessures, 1879) décrit les lésions internes dans l’écrasement et la précipitation et ajoute : « Enfin, on n’a vu dans des cas semblables des ruptures du cœur et principalement des oreillettes. Casper a rapporté l’exemple extraordinaire d’un homme lancé contre un arbre par un cheval emporté, et chez lequel... on trouva... le cœur séparé des vaisseaux et libre dans la cavité pectorale. »{Voir obs. XIX.)

BrianD et CHAUDÉ (Manuel de médecine légale, 10° édition, 1879) signalent dans la précipitation la possibilité « de graves désordres dans les organes internes, particulièrenent des déchirures du foie, des épanchements dans le

poumon ».

CouTAGNE (Précis de médecine légale, 1896) insiste sur l'importance des lésions internes dans l’écrasement et la précipitation : « Du côté de la poitrine on constatera les mêmes lésions (déchirures) aux bronches, à l'aorte, ou même dans le tissu des poumons ou du cœur. »

Il signale la possibilité de lésions internes par l’écrasement du thorax sous le poids d’un seul individu, et il cite l'observation personnelle d’une femme assassinée par un seul individu chez laquelle il trouva le cœur brisé en deux fragments dans la plèvre gauche (obs. XX VI).

LEeGLuDic (notes et observations médico-légales. Les blessures. Paris, 1905) signale simplement la possibilité de ruptures des gros vaisseaux intra-thoraciques à la suite des contusions de la poitrine. |

Dans son ouvrage sur les « Blessures et les accidents du travail » (1906) BROUARDEL, à propos de la contusion du cœur, cite une observation personnelle qui est un cas d'arrachement ventriculaire.

ViserT (Médecine légale, 7° édition, 1908) décrivant les lésions dans les chutes d’un lieu élevé dit (p. 320): « Cet ébranlement général du corps est capable de produire des hémorragies, des déchirures, des arrachements de n'importe quel organe interne. » Après avoir indiqué par ordre de fréquence les ruptures du foie, de la rate, des poumons, des reins, du mésentère, il ajoute: « On note quelquelois aussi la rupture de l'aorte, la déchirure ou l’arrachement du cœur, la rupture du diaphragme... »

Dans son Précis de médecine légale (1906), le professeur

LacassAGNE signale les ruptures de l’aorte à la suite de

précipitation; de plus il cite à propos des contusions de l'abdomen le cas d’un homme tamponné par un tramway, observation typique d’arrachement traumatique du cœur et qu'on trouvera plus loin (obs. XXIID). | Telles sont les notions que l’on peut recueillir dans les ouvrages classiques. Si l’on y ajoute quelques observations isolées : observation de Costa DA Sara (Gazette des hôpitaux, 1853) ; observation de BaiLzy et rapport de GauyorT (Bulletin de la société anatomique, 1853) ; ,observalion de GÉRIN-RozE et rapport de Fournier (Bulletin de la société anatomique, 1858) ; observation de Camus et LABONNETTE (Bulletin de la société anatomique, 1903), on aura l’ensemble de tous les faits relatifs à l’arrachement du cœur que nous avons pu relever dans la littérature médicale française jusqu'en 1908. Jusqu'à cette époque, il n'existait à notre connaissance en France aucun travail sur cette question, lorsqu'en septembre 1908 parut dans les Annales d'hygiène et de médecine légale un article du professeur THoixor et du D'° PAuL sur l’arrachement traumatique du cœur. Dans ce travail, basé sur cinq observations, dont deux personnelles, les auteurs étudient les conditions de l'arrachement traumatique (écrasement ou précipitation, ses formes anatomiques au nombre de trois : arrachement total {le cœur complètement désinséré est libre dans la cavité thoracique), arrachement presque total (le cœur faiblement retenu peut cependant se déplacer dans le péricarde), arrachement fruste (simple désin- : sertion partielle du cœur); puis ils passent en revue les lésions concomitantes dont trois sont constantes d’après

Nicolas 2

de29 À Ai Le leurs observations : la déchirure du péricarde, la fracture de la colonne vertébrale et les fractures de côtes, toutes les autres lésions étant contingentes ; enfin ils terminent en recherchant le mécanisme de ces lésions.

Les recherches faites dans la littérature médicale étrangère ont été plus fructueuses, et si nous n'avons pu trouver de travail spécial sur la question, nous avons pu tout au moins recueillir un certain nombre d'observations et relever dans plusieurs ouvrages quelques chapitres ou quelques réflexions concernant l’arrachement traumatique du cœur.

Dans les journaux anglais nous n'avons retrouvé qu'une observation de RozLesrox (/x Transactions of the Pathological Society of London, vol. XLII, 1891) citée du reste par Thoinot et Paul.

TayLor dans son Zrailé de médecine légale (traduction française de Coutagne, 1881) dit seulement en parlant des plaies contuses et contusions de la poitrine : « De telles lésions, quand elles sont graves, sont ordinairement accompagnées .. de ruptures de viscères intra-thoraciques y compris le diaphragme. »

C'est surtout dans les ouvrages allemands et autrichiens que nous avons trouvé des observations ou des renseignements sur l’arrachement traumatique du cœur.

HENKE, dans son Manuel de médecine légale (Stuttgart, 1832, 7e édilion) étudiant les lésions de la poitrine dit (p. 208) que les contusions très violentes peuvent rompre les poumons, le cœur ou un gros vaisseau, cas dans les-

quels la blessure est de suite mortelle ; il en est de même

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