CONCLUSIONS
I. — Signalé simplement dans quelques ouvrages classiques, l’arrachement traumatique du cœur a été décrit en France dans l’article du professeur Thoïinot et du Dr Paul (Annales d’Iygiène et de Médecine légale, 1908), Il avait été au contraire étudié depuis longtemps en Allemagne et il faut surtout à ce sujet citer les noms de Casper, Fischer (1868), Müller (1887) et Revenstorf (1903).
II. — L’arrachement du cœur se produit en général à la suite de violents traumatismes thoraciques : écrasements, tamponnements, précipitations, projections contre des obstacles résistants; dans quelques cas cependant il est consécutif à des traumatismes moins intenses (chute de sur un radeau dans la rivière; écrasement du thorax sous le poids d’un seul individu, obs. II et XX VI). Il s’agit le plus souvent d'accidents, parfois de suicides, par exception d'homicides. Comme dans tous les grands traumatismes ce sont les hommes et surtout les adultes qui sont les plus souvent atteints.
IT. — Au point de vue anatomo-pathologique on peut distinguer deux variétés,suivant que les lésions intéressant l'appareil de fixation du cœur (péricarde et gros vaisseaux)
isolent ou tendent à isoler l'organe tout entier ou qu’au
contraire les lésions frappant le cœur lui-même en isolent plus ou moins totalement un fragment plus ou moins gros (arrachement ventriculaire). |
Dans l’arrachement du cœur avec lésions de l'appareil de fixation, les lésions caractéristiques sont les déchirures du péricarde et des gros vaisseaux : les déchirures du péricarde sont tantôt uniques. tantôt multiples, parfois il s’agit de destruction plus ou moins complète du sac péricardique ; les lésions des gros vaisseaux sont constantes, mais présentent des degrés variables suivant les cas : les déchirures de l’aorte et de l'artère pulmonaire sont le plus souvent perpendiculaires à l'axe des vaisseaux qu'elles sectionnent complètement ou en partie : elles siègent au voisinage de l’origine des vaisseaux ou sur cette origine même et sont parfois remarquables, par la netteté des bords de la section ; les déchirures des veines caves peuvent, comme les précédentes, être complètes ou incomplètes et siéger au voisinage de l'oreillette ou sur l'insertion même des vaisseaux à la paroi cardiaque ; mais dans d’autres cas la déchirure se produit aux dépens de l'oreillette dont les veines caves arrachent des lambeaux de parois plus ou moins étendus. Suivant le groupement de ces diverses lésions dans les cas particuliers, on peut décrire trois formes différentes : 1° arrachement total (8 cas): le cœur complètement détaché est libre et le plus souvent (7 cas sur 8) plus ou moins loin de sa loge séreuse (cavités pleurales, bassin, triangle de Scarpa) ; 2° arrachement partiel (5 cas) : le cœur est faiblement retenu par un des vais-
seaux resté intact et peut subir des déplacements (3 cas
sur 5) plus ou moins imporlants, soit sur place (pointe à droite), soit à distance (cavité thoracique, plèvres) ; 3° arrachement fruste (11 cas) ; les lésions sont limitées au péricarde et à un ou deux gros vaisseaux ; les déplacements du cœur sont minimes quand ils existent (3 cas) ; c’est ou une saillie à travers le péricarde déchiré ou un déplacement dans la séreuse (cœur vers la droite, obs. II]).
L’arrachement ventriculaire est caractérisé par la déchirure du péricarde et la déchirure cardiaque : la première ne présente rien de particulier ; la déchirure du cœur se produit le plus souvent le long ou au voisinage du sillon auriculo-ventriculaire isolant les ventricules en totalité ou en partie ; le fragment cardiaque isolé peut subir des déplacements (cavités pleurales). Quant aux lésions des vaisseaux (aorte et artère pulmonaire) elles existent ou manquent suivant que la déchirure du cœur se produit au-dessus ou au-dessous de l’origine des troncs artériels sur la paroi cardiaque.
IV. — Toutes les autres lésions existent plus ou moins souvent, mais aucune n’est absolument constante ; les fractures de côtes manquent dans 2 cas (obs. XIX et XXX); lorsqu'elles existent elles sont le plus souvent multiples ; les fractures du sternum sont signalées onze fois : celles de la colonne vertébrale huit fois seulement.
V. — La pathogénie de ces lésions a été expliquée par les modifications de la pression vasculaire au moment du traumatisme (théories physiologiques : Gaujot, Chauvel, Martin); mais aucune de ces théories ne peut rendre
compte de toutes les particularités de l’arrachement
em 141 —
cardiaque, notamment des déplacements subis par le cœur isolé ; ces faits s'expliquent bien au contraire par les théo. ries mécaniques, en particulier par la théorie de Broca : le traumatisme agissant sur le thorax comprime les organes internes ; le cœur sous l'action de la pression se déplace, déchire le péricarde, les gros vaisseaux et, si la pression continue à agir, peut être chassé plus ou moins loin (plèvres, abdomen, etc.). Cette théorie a du reste été vérifiée en partie par l’expérimentation : Revenstorf, étudiant les conséquences des déplacements du cœur, a obtenu des déchirures des oreillettes comparables à celles que l’on trouve décrites dans les observations d’arrachement du cœur.
Quant à la compression et au déplacement des organes internes, s'ils sont beaucoup facilités par les fractures multiples des côtes, ils peuvent cependant se produire parfois sans aucune lésion osseuse (obs. XIX. XXX), ce que peut expliquer la flexibilité des côtes dans ces cas.
VI. — Au point de vue médico-légal le fait important est, dans des cas assez nombreux, la bénignité ou même l'absence totale de lésions extérieures, fait qui pourrait parfois faire penser à une mort naturelle. En réalité, dans ces conditions, l'examen extérieur du cadavre permet seulement de conclure qu'il n’existe pas de traces de mort violente et que l’autopsie pourra seule préciser la cause
réelle de la mort.
Vu : le Président de la thèse, THOINOT Vu : Le Doyen,
LANDOUZY Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Becteur de l’Académie de Paris,