Propagation histologique
Il est certain que tout cancer intestinal a une tendance à se propager superficiellement du côté de la moindre résistance, c’est-à-dire vers la lumière intestinale, surtout s’il s’agit de la variété papillomateuse formée par des revêtements villeux. Mais, quelle que soit la forme envisagée, les tissus néoplasiques, dont le développement est rapide et, par conséquent, fragile, sont destinés à une desquamation et même à une destruction superficielle, d'autant plus rapide qu'elles sont en contact avec le contenu intestinal septique. Aussi, la plupart du temps, observe-t-on en surface uniquement une ulcération qui ne présente aucun intérêt.
C’est au contraire l'extension en profondeur qui est intéressante, car elle est caractéristique et explique aussi bien l’envahissement lymphatique que l’envahissement sanguin. Dans une première étape,
et quelle que soit sa forme histologique, le cancer intestinal atteint et dépasse rapidement la muscularis mucosæ, dont les minces fibres musculaires ne constituent pas un sérieux obstacle, et sont traversées, de dedans en dehors, par les éléments néopla- Siques soit pseudo-glandulaires, soit atypiques. La constatation de cette extension est absolument caractéristique du processus néoplasique. Dès ce stade dépassé, les éléments cancéreux infiltrent les interstices de la sous-muqueuse et dès lors les deux couches musculaires sont envahies à leur tour. Ce processus d’invasion est toujours contrebalancé par une réaction conjonctive absolument comparable à celle que l’on observe plus ou moins dans toutes les autres variétés de tumeurs, qu'il s’agisse de la peau, des différentes muqueuses, des différentes glandes, et que l’on décrit actuellement sous le nom de stromaréaction. Cette dernière est caractérisée par la prolifération plus ou moins active des cellules conjonctives, qui édifient, au contact des éléments tumoraux, une véritable réaction de défense. C’est ce qui explique que, malgré l'extension de la tumeur, on n’observe presque pas de perforations intestinales, mais qu’il existe toujours une énorme réaction scléreuse, qui limite le développement périphérique de l’épithélioma.
Malheureusement, si l’extension pariétale de la turneur est partiellement jugulée par la réaction conjonctive, il existe d’autres dispositions anatomiques qui favorisent l'extension lointaine du néoplasme. L'on connaît la richesse extrême de l'intestin en élé-
ments lymphoïdes et en canaux lymphatiques. Ces derniers sont donc exposés à l'invasion d’une facon très précoce. Le réseau sous-muqueux est envahi le premier, puis ce sont les lymphatiques de la couche musculeuse qui, à leur tour, sont le siège de la migration cancéreuse qui va s'effectuer le long des mésos, jusqu'aux carrefours ganglionnaires. Le grand développement du réseau veineux explique également l’invasion fréquente de ces derniers, qui vont favoriser, en se jetant dans la veine porte, les métastases hépatiques si fréquemment observées dans les cancers intestinaux.
Il faut noter enfin l’affection particulière que semblent avoir les éléments néoplasiques pour les éléments sympathiques. Les cellules infiltrent les espaces lymphatiques, entourent les nerfs et s’y accumulent de préférence au voisinage des renflements ganglionnaires du plexus d’Auerbach (Lœper, Pierre Masson).
Nous insistons sur ce fait que l’extension lymphatique et veineuse pariétale s’observe fréquemment asez loin de la tumeur. Une tunique intestinale peut être apparemment saine à distance du cancer et pourtant contenir dans son épaisseur des éléments néoplasiques qui peuvent être la source d’une récidive si elles n’ont pas été réséquées largement au
cours de l'intervention initiale.