Forme sténosante
Cette forme est, avec la forme gastrique, la plus fréquente au niveau du côlon transverse ; c’est celle qui réalise au plus haut degré cette allure clinique que Pierre Duval a décrite pour les cancers du côlon pelvien. C’est la crise côlique, à symptomatologie très nette, qu’il faut toujours rechercher dans l’histoire des cancers intestinaux, car elle est la signature d’un obstacle siégeant sur un point quelconque du gros intestin. Cette crise se compose de plusieurs éléments, toujours les mêmes, qui constituent un ensemble clinique : douleurs, péristaltisme, arrêt de la fonction intestinale, émission d’une selle liquide.
La douleur est spontanée et provoquée, passagère ou permanente, simple sensation de gêne et de pesanteur ; parfois, au contraire, terrible, épouvantable. Elle a un point de départ fixe, toujours le ‘même ; elle est réveillée par la palpation et elle est accompagnée d’une autre douleur intermittente due aux troubles apportés à la fonction côlique.
Cette douleur présente des caractères particuliers sur lesquels Bouveret avait beaucoup insisté. Elle
siège très fréquemment au niveau du cæcum où,
jointe au péristaltisme, elle constitue : « l’ectasie cæcale douloureuse >» qui, comme nous avons pu nous en rendre compte à la lecture de nos observations, n’est pas assez recherchée, mais que nous avons observée d’une façon constante dans les cas de cancer du côlon transverse que nous avons vus, quand ceux-ci revêtaient l'allure de la forme sténosante. La douleur siège donc à distance du néoplasme ; elle est au cæcum, dans la fosse iliaque droite ; elle remonte le long du cadre côlique droit, qui lutte contre l’obstacle néoplasique ; douleurs de crampes, de torsions, qui débutent au niveau du cæcum, pour se propager vers le point du côlon transverse où siège la sténose ; là, la douleur cesse, elle s’évanouit. Le malade sent filtrer quelque chose au point douloureux, Il perçoit un bruit de glouglou et, bien souvent, il se produit de suite une débâcle diarrhéique.
Donc, cette crise côlique est caractérisée par une constipation qui dure plusieurs jours, par une douleur fixe au niveau du néoplasme, par une crise douloureuse aiguë qui est l'indice de la lutte du côlon droit pour franchir l'obstacle néoplasique, lutte qui se traduit par une dilatation du cæcum, par du péristaltisme très net sous la paroi abdominale droite et enfin par l'émission d’une selle diarrhéique.
Le signe de l’ectasie cæcale douloureuse est parfois celui qui attire l’attention du malade. Dans une observation de M. Patel, il est noté que le malade a remarqué lui-même, au moment de ses crises douloureuses, une voussure dans sa fosse iliaque droite,
qui disparaissait et reparaissait. Ce péristaltisme du
cæcum est spontané, mais il peut aussi être provoqué par la percussion légère au niveau de la fosse iliaque droite.
Ces crises côliques, avec péristaltisme cæcal, sont parfois d’une telle intensité et d’une telle fréquence qu’elles peuvent, pour un esprit non averti, égarer le diagnostic, et il est des cas où l’on a pensé à une tumeur du cæcum, alors que l'obstacle siégeait beaucoup plus loin sur le côlon.
Ces crises côliques se produisent à intervalles variables. Tantôt, ce sont des malades qu’on intitule des constipés chroniques et chez qui la crise douloureuse n’est pas assez aiguë pour attirer l’attention ; ce sont de tels malades qui font des saisons infructueuses à Châtel-Guyon. D’autres, au contraire, deviennent de véritables infirmes, souffrant toujours, présentant des signes d’intoxication stercorémique, restant alités, jusqu’à ce qu’une crise d’occlusion survienne qui les mène sur la table d'opération. Et pourtant, il est bien rare que chez de tels malades on ne puisse trouver le tableau de l’obstruction chronique : douleurs répétées, coliques, nausées, vomissements et souvent, comme l’a écrit Miller, les cas sont pathognomoniques, car le patient décrit des douleurs en crampe qui aboutissent à une colique très forte, qui disparaît immédiatement, en s’accompaguant de bruits intestinaux.
Telle est l’allure générale de la forme sténosante du cancer du côlon transverse. Heureusement, souvent, un autre symptôme très important existe, qui
attire d'emblée l'attention sur le gros intestin : c’est
nn
la tumeur, souvent perceptible au niveau du côlon transverse. En effet, nous avons vu à l’étude anatomopathologique que cette tumeur est presque toujours coiffée du grand épiploon qui, ramassé sur lui-même. se pelotonne au-devant du néoplasme et en augmente ainsi considérablement le volume. Cette tumeur occupe un siège très variable et cela s'explique par l'extrême mobilité du côlon transverse. Nous verrons plus loin, à l’analyse détaillée des symptômes, combien sont variés les endroits de l’abdomen où l’on a noté la perception d’une tumeur du côlon transverse.
C’est, semble-t-il, dans cette forme sténosante qu'il est le moins difficile de poser le diagnostic de cancer du côlon transverse. La symptomatologie est nette En présence de la crise côlique, de l’ectasie cæcale douloureuse, quand on perçoit une tumeur dont le siège semble être sur le segment transversal du cûlon, l’affirmation d’une sténose sur le côlon transverse devient facile, mais il n’est pas constant, loin de là, que la tumeur ait un siège para-ombilical. Elle peut être dans la fosse iliaque gauche, dans la fosse iliaque droite ; elle peut faire penser à un néoplasme du cæcum ou du côlon sigmoïde, et c’est alors que la radioscopie est indispensable pour la localiser de façon exacte.
Quelle est l’évolution de cette forme sténosante ? Elle est généralement assez longue ; le plus souvent, on voit les malades, alors qu'ils souffrent depuis longtemps de l’abdomen et que déjà ils ont été soignés pendant de longs mois pour une constipation