Forme gastrique
Un homme, vers l’âge moyen de la vie, jusqu'alors très bien portant, sans aucun antécédent gastrique ou intestinal, présente à intervalles assez rapprochés des indigestions qu’il met sur le compte d’un quelconque écart de régime. Ces indigestions qu’il a luimême d’abord négligées deviennent plus fréquentes, sans motifs, sans cause apparente. Cet homme vomit, présente des digéstions pénibles, se sent mal à l'aise. La viande le dégoûte. Mais, ce qui le frappe le plus et ce pourquoi il va consulter un’ médecin, ce sont les vomissements. Ces vomissement deviennent quotidiens, après avoir été espacés. Ils sont alimentaires au début, ne sont pas accompagnés de phénomènes douloureux et surprennent par le fait même que rien ne semble les provoquer.
D’autres fois, ce sont des troubles gastriques vagues, douleurs dans la région épigastrique, du ballonnement du ventre après les repas, des digestions lentes des régurgitations, des hoquets, de la fétidité de lhaleine.
Tous ces symptômes, qu'ils attirent brusquement l’attention, comme les vomissements, ou qu’ils s’installent sournoisement, sous la forme de troubles vagues, durent plus ou moins longtemps. Nous avons remarqué, dans plusieurs observations, leur latence particulière, jusqu’au moment où la symptomatologie se précise. L’attention est dès lors entièrement tournée vers l'estomac. Lui seul est mis en cause, et trop souvent, le médecin écoutant le malade, est lui-
même hypnotisé par les symptômes gastriques,
Ney) qe
À la période d'état, très souvent, le malade se présente comme s’il avait un cancer du pylore, ou bien, au contraire, avec tous les symptômes d’une gastropathie dont on ignore la cause et que l’on traite médicalement pendant longtemps. Les douleurs s’installent et prennent des aspects très divers : douleurs survenant brusquement, à siège para-ombilical, accompagnées de vomissements et, pour peu que le malade soit suspect de syphilis, on porte, comme dans l'observation de Delore et Duclos, le diagnostic de gastrite spécifique, jusqu’à ce que, brusquement, une crise d’occlusion pousse à l'intervention d'urgence. D’autres fois, ce sont des douleurs lancinantes, survenant trois heures après les repas, douleurs qui sont calmées par un vomissement, et si, à la radioscopie, on trouve un estomac vaste, hypertonique, on pensera volontiers comme chez la malade de M. Cotte, à une gastropathie nerveuse ; on interviendra en vue de pratiquer une énervation gastrique et l’on sera tout surpris de trouver un cancer du milieu du côlon transverse.
Ces douleurs gastriques peuvent revêtir le type de crampes gastriques ; ce sont alors des tiraillements d'estomac, des douleurs vives, des sensations de brùlures, que souvent rien ne parvient à calmer.
C’est dans ces formes-là, où seule la douleur attire l'attention du malade, où il n'y a aucun symptôme physique (tumeur), que l’on est le plus embarrassé et que le diagnostic s’égare. Pourtant, on serait autorisé à soupconner une lésion plus grave qu’une sim-
ple gastropathie nerveuse ; le malade a beaucoup
du OL
maigri, il présente souvent des petits signes d'intoxication cancéreuse, il faut faire la recherche du sang dans les matières, et surtout il faut pratiquer la radioscopie. Souvent celle-ci est négative ; raison de plus pour ne pas incriminer l'estomac ; il faut se souvenir que tous les troubles présentés par le malade peuvent être d’origine intestinale et pousser plus loin les investigations : examen radioscopique du gros intestin, qui mettra en évidence la présence d’un cancer sur le côlon transverse.
D'autres fois, les symptômes de la sténose pylorique sont au complet : vomissements, douleurs, dégoût électif pour certains aliments, amaigrissement et parfois même présence d’une tumeur épigastrique. Tous ces symptômes réunis égarent le diagnostic. Qu’une radioscopie pratiquée montre un estomac un peu dilaté, hyperkinétique, et on posera fermement le diagnostic de cancer du pylore. En ‘réalité, quand on lit de près les observations de cancer du côlon transverse, où le diagnostic de cancer pylorique avait été porté, on se rend compte que souvent, bien des symptômes, s'ils avaient été mieux observés, auraient peut-être permis la localisation exacte du néoplasme. En effet, lorsque l’on croit installés au complet les symptômes de la sténose pylorique par cancer, on note que les vomissements étaient fécaloïdes, même en dehors de toute obstruction intestinale, que le malade présentait de la stercorémie et était véritablement intoxiqué et profondément atteint. Enfin, surtout deux éléments peuvent permettre de différencier un cancer du pylore d’un can-
cer du côlon transverse : d’une part, la radioscopic, sur laquelle on ne saurait trop insister, et la perception d’une tumeur qui présente parfois des caractères nettement tranchés: sa disposition transversale, sa situation plus antérieure et peut-être plus basse que celle d’un cancer de l’estomac.
On a pu souvent aussi confondre un cancer du côlon transverse avec un cancer de la grande courbure, et cela est fréquent surtout dans les cas où le segment transversal du: côlon adhère à l'estomac. Il est rare que, dans ces cas, le diagnostic exact ait été posé. Le malade ne vomit pas, il présente simplement, avec un état général assez atteint, des douleurs épigastriques vagues, sans localisation précise, des digestions pénibles et lentes et une tumeur para ou sous-ombilicale qui fait penser, jointe aux autres symptômes gastriques, à un cancer de la grande courbure (Patel).
Telle est la forme vraie, celle pour laquelle on pose vraiment un diagnostic, d’ailleurs faux, de gastropathie nerveuse ou de cancer de l'estomac.
Il est une autre forme trop souvent confondue avec cette dernière, c’est la forme dyspeptique, qui n'appartient pas en propre au côlon transverse, mais qui est peut-être plus fréquente dans les localisations du cancer sur ce segment du gros intestin. C’est cette forme que Walsham et Crâmer ont très bien étudiée. Tantôt, c'est une dyspepsie aiguë, qui se traduit à des intervalles plus ou moins éloignés par des indigestions sans cause, d’abord isolées, puis qui se rappro-
chent ; tantôt, et c’est plus fréquent, il s’agit d’une
dyspepsie chronique due à la stercorémie. L'observation la plus typique est celle de cette malade de Hartmann, qui présentait des vomissements, de la céphalalgie et un état marqué d’accablement. Les céphalées offraient ce caractère très particulier de reparaître chaque matin, avant la garde-robe, et il était impossible à la malade de prendre aucun aliment avant d’aller à la selle.
Il faut donc toujours se méfier, en présence d’un malade qui accuse des troubles dyspeptiques. Les cas sont trop nombreux où des erreurs de diagnostic sont commises, mais il faut reconnaître pourtant que parfois il est bien difficile de se prononcer et que souvent c’est une complication qui impose le diagnostic. Mathieu et Jean-Charles Roux ont publié l’observation d’un homme de 66 ans, ayant un peu maigri, se sentant moins à son aise ; on pensa à des accidents cérébraux vagues, dus peut-être à de l’athérome artériel. Le Professeur Ballet consulté incrimina le tube digestif et pensa à un cancer de l’estomac au début. Mathieu, qui vit le malade, fit le diagnostic de cancer gastrique à forme latente. Survint une crise d’occlusion et l'intervention montra qu’il s'agissait d'un cancer du côlon transverse. Notre maître, M. le Professeur’Tixier, nous a cité un cas analogue : Le inalade fut soigné pendant longtemps pour une aérophagie d’abord, pour un cancer gastrique non orificiel ensuite, jusqu’à ce que une crise brusque d’occlusion survint, qui nécessita une cæcostomie d'urgence. Il faut done, comme l'a écrit plusieurs
fois Okinezyc, « bien connaître ces malades soignés
De dr
pour une affection gastrique et qui perdent en traitements inutiles un temps précieux ».
La symptomatologie est d’ailleurs parfois tellement difficile à interpréter que l’on a pu faire le diagnostic de cancer du côlon transverse, alors qu’il s’agissait d’un cancer de la grande courbure (Burkë) : il n’y avait aucun trouble gastrique, mais seulement de la constipation et une tumeur très mobile.
À quoi sont dus ces symptômes gastriques ou dyspeptiques ? Il semble qu’ils relèvent de deux causes nettement distinctes, l’une locale directe, l’autre générale. Causes locales : dues à la présence même de la tumeur ; celle-ci, par son propre poids, peut, en pesant sur le ligament gastro-côlique, retentir sur les fonctions gastriques. Nous croirions plus volontiers qu’il s’agit d’une péritonite latente, d’une réaction péritonéale, sur laquelle M. Tixier insiste beaucoup. Mais il est des cas très nets où la tumeur, par les adhérences qu’elle peut contracter directement avec l’estomac ou avec le duodénum, provoque des troubles gastriques d’une telle netteté qu’ils égarent le diagnostic. Causes générales communes à tous les cancers du gros intestin, stercorémie, ou mieux peut-être, troubles gastriques réflexes que l’on observe si souvent chez les cancéreux intestinaux.
L'évolution de cette forme gastrique ou dyspeptique du cancer du côlon transverse se fait généralement vers une complication qui, bien souvent, permet seule de poser le diagnostic exact, qu’il s’agisse d'un abcès ou d’une occlusion aiguë. La durée est
très difficile à préciser ; peut-être la forme gastri-