Étude sur le château de Bonaguil
Le but de cette brochure est bien simple. Faire sortir de l’oubli un vieux château féodal, digne à tous les points de vue d’attirer l’attention de ceux qui cherchent à connaître l’histoire de leur pays, et servir de guide aux voyageurs qui, aimant à vivre dans le passé, viennent demander aux ruines les secrets d’une autre époque ; tels sont les deux principaux mobiles qui m’ont poussé à cette étude. Souvent moi-même, j’ai regretté, en présence de ces masses séculaires, de ne pas connaître le but, les moyens et le nom des seigneurs qui les ont fait surgir de terre, et de ne pas savoir quels sièges ces forteresses ont soutenus, quelles fêtes ces grandes salles ont données, quels changements les ont transformées ou détruites. 11 n’est pas d’esprit un peu cultivé qui n’aime à s’instruire à ces productions de la science, et à connaître et à approfondir les grandes pen-
ET UD K suit LE CHATEAU
sées qui les ont fait naître; et si l’imagination trouve dans le récit des ballades et des légendes un aliment satisfaisant, l’intelligence et la raison demandent autre chose que l’architecture et l’histoire peuvent seules leur donner. Heureux si les recherches que j’ai faites peuvent être utiles au pays, et jeter quelque faible lumière sur un monument que les révolutions ont déjà plongé dans une assez profonde obscurité. Tout doit s’attacher à l’en faire sortir : sa situation topographique, le but quia présidé à son élévation, les noms célèbres dont le souvenir plane encore sur ses vieux murs, et surtout la grandiose beauté de ses ruines; car le temps lui-même l’a respecté. Profitons de cet heureux oubli pour l’étudier en détail, et puiser de sérieuses et salutaires leçons aux sources mêmes de l’art, de la science et de l’histoire.
DK BONAGUIL.
Sis à huit kilomètres nord-nord-est de la petite ville dé Fumel, au canton de laquelle il appartient, le château de Bonaguil se trouve avoir été construit sur la dernière limite des départements de Lot-et-Garonne et du Lot. Toutefois, je crois pouvoir affirmer que, malgré l’extrême proximité de la frontière, c’est l’Àgenais, et non pas leQuercy, qui a constamment possédé ce beau domaine. Bâti sur un haut promontoire , il est, comme le sommet d’un cône renversé, dont les deux côtés, formés par deux ruisseaux qui se réunissent à ses pieds, dessinent la limite du département. Cependant, comme nous le verrons dans la suite, son histoire , et surtout celle de ses anciens seigneurs se rattache plus particulièrement aux annales du Périgord, du Quercy et du Rouergue.
L’étymologie du nom de Bonaguil est assez douteuse. Certaines personnes le font venir de bona aqnila, bon aigle, ou bon nid d’aigle; on peut aussi lui donner le sens de bon aiguillon, ou bonne aiguille : la situation dans laquelle il se trouve, la pointe de rocher sur laquelle il a été élevé, et entin