‹ Étude sur le château de BonaguilChapitre 2 sur 12 · ETUDE SUD LE CHATEAU · texte numérisé non relu

ETUDE SUD LE CHATEAU

sa position qui domine la vallée , tendent à nous faire adopter cette dernière opinion. Son orthographe, d’ailleurs, a subi bien des variations, puisque, dans les documents que nous avons eus sous les yeux, c’est tantôt par les noms de Bonaguil, Bonnaguil, Bonneguil qu’on le désigne, tantôt même par ceux de Bonnanguille 1 et de Bourneguil 2.

Sa situation topographique offre un puissant intérêt. Elevé à l’extrémité d’un roc dont la pente est très-raide, et qui s’arrête subitement en précipice à une assez grande hauteur, le château de Bonaguil tient et commande toute la vallée qui s’étend devant lui vers le sud-ouest. Celte vallée est excessivement étroite; et il parait étrange qu’on ait songé à construire un monument aussi redoutable dans un lieu que la nature elle-même avait doté de défenses toutes physiques. Néanmoins l’importance de ce lieu ne le cède en rien à sa beauté naturelle et sauvage. De sombres coteaux, immenses sur leur base, et fortement arrondis à leur sommet, que les habitants du pays désignent sous le nom de Montagnes de Bonaguil, bordent la vallée des deux côtés, et s’étendent au loin dans le Quercy et le Périgord en grosses ondulations. Le bas est tapissé de quelques pieds de vigne. Les noyers et les châtaigniers vers le milieu, les chênes incultes, les buis et les bruyères au sommet, ombragent seuls ce pays dont la terre rouge et couverte de

1 Nobiliaire (le Guyenne et de Gascoyne, par O’Gilvy, t. |*r.

ï Anciennes caries de l’Agenais.

DK B0NAGU1L.

grosses pierres, offre un aspect inhospitalier et sauvage. Le minerai s’y trouve en abondance; et on voit çà et là dans les clairières les paysans le recueillir, soit au moyen de la bêche, soit par des puits peu profonds. C’est une des plus grandes sources de richesse de ce pays, où la fumée des forges et des usines vient se mêler sans cesse aux brouillards glacés de Thiver.

La vallée, cependant, qu’arrose le Riou de Bonaguil, petit ruisseau qui prend sa source à droite et à gauche du château, el dont les eaux limpides et argentées se déroulent en gracieux festons pour aller alimenter, à quatre kilomètres environ, la petite rivière de la Thèze, affluent du Lot à Condat, contraste singulièrement avec ses sombres et hautes parois. De riches champs de mais, des gazons où paissent des génisses, de verts fourrages, une haie de noisetiers qui borde le chemin, quelques fermes modernes étalant au soleil leurs Heurs et leurs légumes, une papeterie, une usine pour le ciment, deux ou trois moulins à eau dont le tic-tac est répété par les échos du voisinage, attestent la présence de l’homme et de l’industrie; et on voit que le progrès, effarouché d’abord à la vue de ces grandes ruines qui le menaçaient dans le lointain, en a ri plus tard comme d’un inoffensif fantôme, et est venu, il n’y a pas longtemps, il est vrai, commencer sur ce vieux pays, son travail de réforme et de régénération.

Ln langue du lieu est à peu près le patois de l’Agenais, plus bref cependant et plus rude dans ses terminaisons à mesure que I on avance dans les coteaux. Il en est d’ailleurs de ce pays

comme do tous ceux situés dans le bassin de la Garonne : un fleuve, une colline, un ruisseau suffisent pour établir deux dialectes différents entre deux contrées tout-à-fail limitrophes. De là la variété infinie de mots qui caractérise l’idiome de cette partie de la France.

La population de Bonaguil est à peine de deux cents habitants. Le petit village dont les huttes sont recouvertes d’ardoises, et qui se pressent les unes contre les autres, au bas des magnifiques ruines qui les dominent, abrite à lui seul presque tous les paysans de la contrée. A peine voit-on çà et là sur le flanc des coteaux, quelque pauvre maisonnette au toit aigu, et n’ayant pour tout ombrage que le noyer traditionnel. — Le village fait partie de la commune de Saint-Front, petit bourg situé à quelques kilomètres nord-ouest de là, entre Cuzorn et Sauveterre. Le château seul, comme nous le verrons, a été acheté par la commune de Fumel. Quant à la paroisse, bien que faisant partie du diocèse d’Agen, elle est quelquefois cependant desservie par le curé de Couvert, petit village au bas duquel on passe pour arriver au château, et compris dans le département du Lot.

Enfin, ce côté du Lot-et-Garonne est très-riche en productions géologiques. Par les immenses cataclysmes que notre globe a eu à subir lors de sa formation, le pays dont nous parlons a été fortement éprouvé. Ces grandes masses de rocher, toutes de la même stérilité, ces blocs de granit s’élevant subitement de terre et souvent en pentes inaccessibles, attestent les douloureuses convulsions des temps primitifs. Si on observe

DE DONAGUIL.

attentivement les couches superposées des coteaux de ce pays, on voit que Fumel, ses environs, et, par suite, Bonaguil, se trouvent sur les limites de deux terrains : l’un jurassique, l’autre crétacé, appartenant, par suite, à la période secondaire. Deux étages, en effet, se distinguent parfaitement : l’un au-dessous et au niveau du Lot, l’étage Kimméridgien, formant l’avantdernier dépôt des terrains jurassiques ; l’autre, l’étage Cénomanien, sur lequel sont bâtis les châteaux de Fumel et de Bonaguil, très-puissant dans le pays, et formant la partie supérieure des terrains crétacés. Ce dernier se distingue facilement par ses alternances de grès, d’argile, de lignites, et surtout par son calcaire à couleur jaune et grise, qui est tantôt argilifère, tantôt un carbonate de chaux mêlé de fer. Ses principaux fossiles, au moyen desquels on peut le reconnaître , sont : les ammonites Mantelii, l’ostrea columba , l’ostrea flabellata, etc., etc1.

Au point de vue botanique, la contrée est également trèsriche. De grandes couches de sable viennent souvent recouvrir ce sol tourmenté, et fournissent aux botanistes le plaisir d’y trouver plusieurs plantes des Landes à côté de plantes, quelquefois très-précieuses, originaires du pays2. — L’entomologie

1 Voir la brochure de M. Combes, pharmacien, à Fumel : Essais géologiques sur le haut Agenais.

2 Dans le précieux herbier de M. Louis Amblard, nous trouvons, entre autres plantes cueillies à Bonaguil ou dans les environs, les : Linum salsoloides , Lam.; — Crucianella angustifolia, L.; — Digitalis lutea, L. ; — Triticum triuntiale, — Inula montana ; — Helicrysium Stœclms, D. C. ; — Lactucu chondrillæflora, Bor. ; — • Epipactis microphylla, Schw.

est trop unie à la botanique pour ne pas dire que j'y ai trouvé des insectes et des lépidoptères qui, seuls, peuvent naître sur ces fleurs, écloses au sommet des rochers, et qu’une ascension souvent pénible, toujours pittoresque, donne au naturaliste zélé.

DE DONAGUIE.

Après ces notions indispensables sur la topographie de la contrée, arrivons enfin à l’étude archéologique de ce château, la plus utile peut-être et la plus importante de la matière.

Le château actuel de Bonaguil a été bâti entre le milieu et la lin du xve siècle , sous le règne de Louis XI. Certaines personnes pensent que son existence date du xm« siècle , et sont ainsi en opposition formelle avec les documents certains que nous avons eus sous les yeux. Nous rejetons , sans hésiter, leur opinion, sachant , d’ailleurs , combien les habitants du .Midi , et particulièrement ceux du Lot-et-Garonne , sont portés naturellement à l’exagération , et aiment à plonger dans la nuit des temps tout ce qui peut flatter leur pays ou leur amourpropre. Il est possible qu’il ait existé à cette place quelque bâtisse élevée en vue de la défense ; mais il est certain que le superbe château , dont nous voyons encore les ruines , a été construit d’un seul jet, dans un seul espace de temps et dans un seul but : se défendre par l’artillerie et opposer ses armes à feu à celles des assaillants.

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