OBSERVATION V
Reynaud (Ferdinand,) 40 ans. Ouvrier du port.
Entré le rer juillet matin, décédé le 1° juillet soir.
Forme grave insidieuse.
Autopsie faite 1/2 heure après la mort.
Aspect extérieur. — Cyanose peu marquée.
Contractions fibrillaires des muscles thoraciques et abdominaux à la section.
Rien d’anormal dans la cavité thoracique.
Cavité abdominale. — Péritoine poisseux. Estomac et gros intestins distendus par des gaz.
Duodenum.— Au toucher on a la sensation de parois épaissies. Muqueuse colorée en jaune par la bile Pas d’ecchymoses.
Jejunumet [leon renfermantunliquideloucheavec grumeaux teintés de sang.
Psorenterie peu accentuée. — Par places véritables hémorrhagies sous-muqueuses.
Gros intestin. Muqueuse pâle, aspect lavé.
Foie. Consistant, laisse échapper une notable quantité de sang à la section.
Rate. Quelques infarctus noirâtres à la section.
Reins. Normaux.
Vessie retractée.
En résumé, presque toutes les autopsies pratiquées ont fait voir à peu près les mêmes lésions avec de lé-
pères modifications. On a presque toujours constaté cette sécheresse des muscles citée par les auteurs, cet état poisseux des séreuses, même dans cette forme grave insidieuse .choléra blanc) dont J'ai parlé et dans laquelle les vomissements et les selles sont peu abondants. La coloration hortensia a été presque toujours observée, et elle a je crois une valeur autrement importante que la psorenterie qui est loin d’être une lésion pathognomonique. Cette psorenterie a été trouvée très marquée dans les formes graves rapides avec essai de réaction ne se maintenant pas.
Quant au contenu de l'intestin, nous l'avons presque toujours vu coloré par la bile, variant du ver au jaune fauve et très souvent inodore. Jamais il ne nous a paru aussi Caractéristique que dans le cas du quartier-maître Thédaune où il était blanc, ayant l'aspect de la décoction de riz, et coagulant par l'acide phénique.
Un fait qui n’a pas été noté encore touchant le contenu de la vessie, est la présence dans ce liquide d’une quantité considérable de spermatozoïdes.
Au point de vue histologique, les études que j'ai pu faire grâce à l’amabilité de MM. Straüss et Roux, n ont porté que sur le sang, la muqueuse intestinale, et les matières contenues dans l'intestin.
Le sang, à part son état poisseux, ne présente rien de bien caractéristique sous le champ du microscope. À part un nombre assez considérable de leucocytes © ès granuleux, et de globules rouges crénelés (résultat probable de la préparation,) il ne nous a présenté rien de suspect.
Il n'en est pas de même des matières intestinales dans lesquelles il nous a été facile de voir une quantité innombrable de « baciles ». Ces « baciles » se trouvent aussi très nombreux dans la couche sous épithéliale de la muqueuse, criblant littéralement le sommet des villosités intestinales dans cette partie qui se trouve plus immédiatement en rapport avec les matières. Au dire du docteur Koch, nous aurions affaire au fameux bacile-virgule qu'il a observé en Egypte et tout récemment aux Indes, et qu'il prétend avoir trouvé de nouveau à Toulon. On comprendra facilement que nous ne nous étendions pas sur une question aussi brülante, et sur laquelle le: dernier mot est loin d’être dit. En tout cas, nous pourrons dire que si le bacile est réellement l'agent infectieux, on ne le trouve que dans le tube digestif, ce qui semblerait faire supposer que c'est par cette voie seule qu'il s’introduit dans l’organisme.
On pourrait donc émettre cette hypothèse que le microbe, après avoir produit sur le tube digestif une action d'abord toute locale, véritable processus. irritatif en rapport avec la vive injection des vaisseaux, la desquammation épithéliale, et l'abondance des déjections, élimine dans une deuxième phase de son évolution des principes septiques, ferments chimiques, ptomaïnes ou autres, éléments non figurés, et que le microscope est impuissant à faire découvrir dans le sang, produisant alors cet empoisonnement général dont le summum se manifeste
dans les deux formes graves dont j'ai parlé.