TRAITEMENT
Je ne passerai pas en revue tous les traitements employés. Je pense que je puis me dispenser ici de faire ressortir l'utilité des opiacés, dn sous-nitrate de bismuth et du ratanhia dans les formes légères qui cèdent du reste assez facilement à ces différents moyens unis aux frictions et aux stimulants diffusibles.
J’ai seulement l'intention d'exposer brièvement les résultats donnés par les nouvelles médications qui ont été tentées, et surtout mises en usage dans les formes graves.
Comme je l'ai déjà dit, le choléra à forme grave s'est déclaré sous deux modalités différentes.
1° La forme asphyxique, dite encore algide, dans laquelle le contact de l'individu donne la sensation
Abe d’un froid glacial, et dont la cyanose rappelle celle de l'asphyxie carbonique;
20 La forme maligne, ïinsidieuse , dans laquelle le malade a la face blème, le pourtour des ongles à peine bleuâtre, mais conserve encore une certaine chaleur, avec un pouls petit, mais pourtant perceptible, jusqu'au moment de la mort. Cette forme, qui a été bien observée par M. le médecin en chef Cunéo, nous l'avons retrouvée plusieurs fois chez des malades que nous avons été appelé à soigner en ville, et nous avons constaté, sur ses indications , qu'elle se terminait par la réaction typhoïde avec délire et agitation lorsque le patient échappe à la période de concentration. Elle n’a pu être enrayée par les divers moyens dont je vais parler à propos du choléra asphyxique, pas même par Îles inhalations d'oxygène que M. le médecin en chef Cunéo considère comme contre-indiquées dans ce cas là.
Choléra asphyxique. Généralement les évacuations avaient presque complètement cessé quand Îles malades entraient à l'hôpital cyanosés et froids Ce qu’il fallait faire à tout prix, c'était de ranimer la la température et les battements du cœur. Les injections hypodermiques d’éther paraissaient bien indiquées et on les a employées largement, les répétant d'heure en heure. Mais avouons-le, nous n'avons pas obtenu avec elles de résultats bien marqués. Elles ont mieux réussi contre les crampes ne cédant pas aux frictions camphrées ou térébenthinées, et dans ce cas là on les faisait au niveau des points contrac-
turés. Dans quelques circonstances, ces injections répétées ont paru déterminer un état comateux qu’on était loin de rechercher, mais cette action est loin de s'être montrée dans la plupart des cas, et nous pouvons affirmer que sices injections n'ont guéri aucun malade elles ont quelquefois prolongé leur existence de 24 heures.
A l'égard des injections de morphine, notre maître M. le Professeur Cunéo se montre plus sévère. « L'opium, dit-il, si loué dans les précédentes épidémies contre le dévoiement cholérique et le choléra léger,avait paru contreindiqué dans le choléra asphyxique, par la somnolence, l'état comateux dans lequel sont plongés les malades. Mais en présence des travaux de M. Pécholier de Montpellier, de M. Huchard de Paris, constatant l’action excitante, au moins sur le système circulatoire, du suc de pavot et de son principal alcaloïde [a morphine, nous avons pensé qu'uneexpérimentation nouvelle était légitime, et que peut-être avec l’opium nous pourrions ranimer les battements du cœur et provoquer ce mouvement d'expansion périphérique que le médecin recherche à cette période du choléra. Malheureusement, nous avons pu constater non seulement l’inanité, mais encore l’action nuisible de ces préparations employées en injections hypodermiques sous la forme de chlorhydrate de morphine. L'état asphyxique m'a paru toujours s'accentuer, le pouls faiblir lorsqu'il était encore sensible, la température s’abaisser. Lorsque la réaction commençait, elle a été retardée ou empêchée ». Toujo 1rs d’après notre maître, elles
8e n’ont donné de bons résultats que dans le choléra moyen pour combattre cette angoisse épigastrique, véritable crampe du diaphragme. En présence des mauvais résultats donnés par l’opium on pensa à l'emploi d’une substance qu’on a considérée à tort comme son antagoniste. à la belladone, et on s’est servi de préférence de son alcaloïde. Les injections de sulfate d’atropine, à la dose de 1/2 milligramme puis der milligramme, répétées 4 ou 5 fois au plus dans les 24 heures, ont paru rappeler l'énergie et la fréquence des battements du cœur. Sous leur influence le pouls devenait plus fort, la température s’élevait sensiblement, puisque dans un cas nous l'avons trouvée supérieure de 20 à celle qui avait été prise avant l'injection. En somme unies aux divers agents stimulants, thé punché, chartreuse glacée, éther et: acétate d’ammoniaque, elles ont paru manifestement favoriser la réaction.
La faradisation nous a semblé dans quelques cas donner un véritable « coup de fouet» à un organisme profondément déprimé, et ranimer au moins pour quelques heures de véritables agonisants.
Quant aux inhalations d'oxygène, qui ont fait assez de bruit au début, nous allons résumer ici les résultats qu’elles ont donrés. M. le médecin en chef Cunéo avait, dès le début de l'épidémie, pensé à cet agent, déjà expérimenté du reste en 1832, maisilen avait ajourné l'emploi à cause dedifficultés pratiques. M. le docteur Tronchin, en venant de Paris avec des appareils spéciaux, nous a fourni les éléments d'une expcrimentation sur une vaste échelle.
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L'oxygène se trouve comprimé à trois atmosphères dans des cylindres en métal qui sont chargés à Paris. Grâce à cette disposition on peut en avoir une très grande quantité sous un petit volume.
Au début on a procédé par tâtonnements; on faisait respirer le malade pendant une à deux minutes, en permettant le mélange avec une assez grande quantité d'air, puis on cessait pendant quelques heures. Mais la pratique fit bientôt rapprocher les inhalations (toutes les 1/2 heures) et enfin on administrait l'oxygène pur, soit à l’aide d'une espèce de masque, soit en introduisant le tube du réservoir dans une narine. Ce procédé dit M. Cunéo, « employé pendant un temps très court d’une à deux minutes, nous a paru n'avoir que des avantages, et a surtout ménagé un approvisionnement précieux. Sous linfluence de l'oxygène ainsi respiré, six malades que nous considérions comme désespérés, ont été véritablement ressuscités. Le pouls qui avait disparu est devenu d’abord sensible, puis s’est développé, la température périphérique s’est élevée d’une façon manmifeste, la peau a perdu sa cyanose et s'est colorée en rose. Dans quelques cas, la réaction est devenue assez énergique pour qu'on songeât à la modérer. Je n'ai pas toujours été aussi heureux. Souvent la réaction n’a été qu'éphémère, et a été en vain poursuivie. Je crois cependant que les inhalations d'oxygène sont appeléés à rendre de sérieux services dans le traitement du choléra, où il n’y a souvent à faire que la triste thérapeutique des symptômes. Mais il faut bien caractériser les indications de cet agent. Car si les
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inhalations ont réussi dans le choléra asphyxique, elles m'ont paru absolument inutiles dans ce choléra grave, dans lequel il n’y a ni cyanose, n1 refroidissement, dans lequel le malade reste pâle et blème avec une certaine chaleur périphérique. »
Sur dixcas très graves, sixayantla formeasphyxique ont guéri, et c’est aux inhalations d'oxygène qu'on doit attribuer cet heureux résultat ; quant aux autres qui ont présenté la forme insidieuse et maligne, ils ont tous eu une terminaison fatale.
Vu ET APPROUVÉ Le Président de thèse, SOULIER.