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cataracte; cependant elle était sûre que déjà au mois de juillet, peu de temps après la perte de la vision, on s’était aperçu de la tache qui masquait la pupille. La formation rapide de la cataracte me paraît, d’ailleurs, d'autant plus admissible, que la seule affection du corps vitré n’aurait pu abolir les fonctions d’une manière aussi complète. En nous appuyant sur le fait que l’iritis ou l’iridocyclite ne conduisent que lentement à la formation d’une cataracte, nous serions autorisé, dans notre cas, à conclure que lentozoaire avait habité le cristallin dès le début de l’affection, ou bien qu'après un court séjour dans le corps vitré, il avait perforé l’hyaloïde et la capsule postérieure et était entré ainsi en communication avec le cristallin.
$ 6. — Du Cysticerque entre la choroïde et la rétine
En Allemagne, de Græfe, Wecker et Jæger; en France, Sichel et Giraud-Teulon, ont publié plusieurs observations de cysticerque logé entre la choroïde et le rétine. La dernière observation date de 1872; elle a êté communiquée à la Société de biologie par Poncet, professeur agrégé au Val-de- Grâce. Nous allons essayer de décrire les symptômes de cette maladie, en nous appuyant sur les observations faites par ces différents auteurs.
Le premier phénomène qui se présente, en général, est un affaiblissement de la vue dans l’œil affecté. C’est un léger voile qui s’étend audevant de l'organe et l’obscurcit en totalité ou en partie. D’autres fois, un point circonscrit du champ visuel est seul lésé; le malade a constamment devant l’œil une boule noire occupant toujours la même position, Comme symptôme initial, le malade est quelquefois tracassé par des mouches volantes ou par une photopsie qui ne tarde pas à être remplacée par une tache obscure. Quoi qu’il en soit, le mal s’aggrave bientôt, le scotome s’accentue insensiblement ou par saccades, et, au bout de queiques semaines, la vision est complétement abolie, ou tout au plus existe-t-il une légère perception dans une partie du champ
Ct
visuel. Quelquetois on a noté aussi au début de l'affection une céphalalgie assez violente, accompagnée d’élancements dans l’œil, existant d’une manière constante ou revenant par exacerbations. De Græfe explique les intermittences dans l’acuité visuelle et dans le paroxysme des douleurs, par ce fait que le cysticerque, logé d’abord derrière Ja rétine, avait fini par perforer le tissu nerveux pour pénétrer dans le corps vitré.
Si l’entozoaire n’a pas provoqué de phénomènes inflammatoires, extérieurement on ne remarque rien de particulier à l’œil, qui a conservé sa tension normale. La pupille est paresseuse, ne se contracte que lentement et seulement par action réflexe ; car, en soustrayant œil sain, on voit que la pupille du côté malade est devenue insensible et ne réagit plus à la lumière.
A l’examen ophthalmoscopique, le cysticerque s’est présenté au début sous l’apparence d’une tache bleu grisâtre, d’un diamètre à peu près double de celui de la pupille. À mesure que l’animal prend de Paccroissement, cette opacité augmente en étendue et en épaisseur, et on voit bientôt la rétine, poussée vers la membrane hyaloïde, proéminer distinctement au fond de lœil. C’est que l’animal produit le même effet qu’un corps étranger ordinaire. Un liquide nouveau a été sécrété entre la choroïde et la rétine, et a produit le décollement de la rétine. On voit alors une tumeur parfaitement limitée, sauf sur un point, où elle se termine par un cône bleuâtre avec des bords frangés, ondulés. Sur toutes ces saillies et replis, il est aisé de suivre les veines et les artères qui sortent de la papille et se distribuent normalement en avant de la rétine. La présence de ces vaisseaux est le signe
pathognomonique de la position du cysticerque.
Généralement, l’ophthalmoscope permet de distinguer les mouvements caractéristiques de l’animal; on reconnait que la vésicule est animée de petites contractions, et on voit le col et la tête s’allonger et se rétracter alternativement. Toutefois il peut se faire que les mouvements propres du cysticerque ne puissent être perçus, comme dans
‘le cas de Poncet, où l’helminthe avait la tête tournée vers la papille et
ÉJOUREE non vers le cristallin. Le plus souvent alors, on trouvera sur la vésicule un point tranchant par la couleur mate sur la couleur bleu verdâtre de la tumeur.
Placé entre la rétine et la choroïde, le cysticerque ne conserve pas indéfiniment la même position. Il peut, de la partie supérieure, descendre jusqu'aux parties inférieures de l’organe, comme entraîné par son propre poids. Si la rétine demeure entièrement appliquée sur l’entozoaire, celui-ci, dans sa marche, dépouillera du pigment les différentes parties de la chroroïde avec lesquelles il aura été successivement en contact. Une décoloration de la face interne de la membrane choroïdienne et une couche de nouvelle formation seront la conséquence de cette irritation lente et circonscrite. Mais si, dès le commencement, il se forme une exsudation sous-rétinienne, le cysticerque, flottant librement au milieu du liquide, pourra ne laisser sur la choroïde que des traces peu marquées de son passage.
Tous ces symptômes, que l’ophthalmoscopie nous permet de constater, pourraient faire croire à une choroïdite exsudative ou bien à une choroïdo-rétinite. Mais les affections de la choroïde et de la rétine offrent presque toujours une grande tendance à se propager, et on voit bientôt ces altérations envahir graduellement les parties avoisinantes. Les troubles fonctionnels sont naturellement en rapport avec ces difrentes lésions et s’accentuent à mesure qu’elles progressent. Dans le cas de cysticerque, au contraire, les altérations restent parfaitement
localisées, et les défauts de la vue qui en dépendent sont bornés, par:
suite, aux points correspondants du champ visuel.
Cette affection entraîne toujours un pronostic fâcheux, et l’énucléation de l’œil est le seul traitement qui puisse être recommandé en pareille circonstance.
Nous ne pouvons résister au désir de donner ici l’observation de Poncet, particulièrement intéressante par ce fait qu’elle est la seule où le microscope a vérifié le diagnostic.
Observation II
Durand (Philibert), né à Saint-Eusèbe (Saône-et-Loire), âgé de vingt-
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ane
six ans, soldat au 62% régiment de ligne, entre à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, le 6 juillet 1872, évacué de l'hôpital maritime de Lorient. Homme robuste, ayant toujours joui d’une bonne santé. Fait
- prisonnier à Metz, le 29 octobre 1870, il reste, dans cette circonstance, trois jours couché dans l’eau et la boue, nourri de viande de porc qu’il mange sans être cuite, le bois faisant défaut.
Le 1° novembre, le malade eut les yeux rouges; la lumière lui était difficile à supporter. Cette affection disparut seule quelques jours après. Pendant sa captivité, Durand fut encore nourri presque exclusivement avec dela viande de porc. Déjà à cette époque, il eut souvent des troubles passagers de la vue, qui disparurent et revinrent à des intervalles éloignés, même après sa rentrée en France.
En mai1872, les mêmes douleurs qu’il a ressenties en Allemagne se montrent avec plus d'intensité; la vue s’obscurcit dans l'œil gauche. Le 15 du même mois, étant en faction, il ferme l’œil droit et reconnaît avec un certain étonnement qu’en regardant sa main droite il n’en voit qu’une moitié, l’autre est masquée par un écran noir.
Pour ce motif, il entra à l’hôpital de Lorient, dont il fut évacué sur le Val-de-Grâce avec le diagnostic : «Cysticerque de l’œil », porté par le chirurgien-major du corps. Mon coïlègue, M. le professeur Mathieu, qui faisait à cette époque le service, crut pouvoir confirmer ce diagnostic et dessina une image ophthalmoscopique du fond de l’œil représentant les détails suivants: en bas et en dedans (image renversée) existe une tumeur de forme sphérique, avec point central proéminent et brillant ; elle est de couleur blanc bleuâtre, parfaitement limitée, sauf en bas, où elle se termine par un cône d’une largeur à peu près égale au rayon de la vésicule ; ce cône bleuâtre a des bords frangés, ondulés. Sur toutes ces saillies, vésicules et replis, il est aisé de suivre les veines et les artères qui sortent de la papille et se distribuent normalement en avant de la vésicule. Sur les replis qui occupaient la région de la tache jaune se trouvaient cinq à six points hémorrha-
giques. En dehors de latumeur, le corps vitré et le cristallin étaient parfaitement sains.
PMR ST ie
Malgré toutes les présomptions que faisait naître l’examen de Pœil en faveur d’un cysticerque, il manquait un point essentiel à la conviction: nous voulons parler des mouvements propres de l’animal, qui jamais n’avaient été perçus. Cette circonstance fit pencher vers l’hypothèse d’une tumeur née dans la choroïde et devant être soupçonnée fibro-sarcomateuse, parce qu’elle ne subissait pas une évolution rapide.
Cependant, malgré l’absence de phénomènes inflammatoires, la vue s’affaiblissait de plus en plus, sans rougeur de la conjonctive, sans iritis; elle finit par s’éteindre complétement en janvier 1878. Le 10 mai, l’œil s’enflamme et devient le siége de douleurs profondes, lancinantes, s’irradiant vers la tempe et le front; l’œil droit lui-même souffrait. Ces douleurs cédèrent au calomel, aux sangsues, à l’atropine. Le corps vitré se troubla peu à peu; l'iris perdit sa couleur, du bleu il passa au jaune verdâtre, et resta bientôt insensible à l’action de l’atropineet de la lumière. Vers la fin de juin, apparaît une nouvelle poussée inflammatoire; la tension oculaire augmente, les douleurs s’irradient vers l’œil droit, Un traitement énergique fait encore disparaître ces accidents.
Au 4% septembre, je constate les symptômes suivants: la conjonctive et la cornée sont rouges. L’iris, insensible à l’atropine et à la lumière, est jaune vert, celui du côté opposé est bleu. Le globe oculaire gauche, comparé à celui du côté droit, est ramolli à un haut degré. La perte de la vision est absolue à gauche; le malade ne distingue pas même le soleil de la nuit. Avec un miroir simple, on reconnaît aisément très-près de l’iris des opacités du corps vitré, des hémorrhagies en nappe qui réfléchissent la lumière, mais ne permettent plus l’examen des parties profondes. Avec un éclairage très-vif, on ne voit en aucun point ni rétine, ni choroïde. Aucun mouvement propre n’est perçu dans cette masse opaque. L’œil droit est sain.
Le 11 septembre, le malade se plaint de douleurs de tête vives, avec élancement s’irradiant vers l’œil droit; pour la première fois, celui-ci est devenu rouge (purgatifs, atropine, diête, onctions belladonées).