CHAPITRE PREMIER
$ 1. — Du Cysticerque en général
Le cysticerque de la cellulosité est un helminthe à ampoule caudale. Il se développe fréquemment chez le cochon, où il produit l’affection connue sous le nom de Zadrerie; chez l’homme, il constitue la larve du {ænia solium. On le trouve dans un kyste ellipsoïde ou arrondi, un peu fibreux, formé aux dépens de l’organe qui nourrit le parasite. Ce kyste contient une seconde vésicule, pourvue d’une ouverture, au pourtour de laquelle adhère une troisième poche qui renferme le ver attaché à cette dernière. La tête et le cou sont habituellement enfermés dans l’ampoule; mais ils peuvent en sortir en entier ou en partie, suivant la volonté de l’animal. La tête présente quatre suçoirs,
‘placés sur autant de mamelons, et une proboscide terminale entourée d’une double couronne de crochets, au nombre de trente-deux. Le cou est plus ou moins long et formé d’articles serrés. Quand la tête est rentrée, l’ouverture apparaît sous la forme d’un petit ombilic, qui semble en touré d’une sorte de sphincter plus ou moins blanc. Sous cette tache se trouvent contractés la tête et le cou. Ces kystes offrent un grand diamètre de 45 à 20 millimètres, et un petit de 5 à 6. Les parois du kyste, d’abord minces et celluleuses, s’épaississent ensuite et finissent par acquérir la consistance d’une membrane fibreuse ou même d’un fibro-cartilage. Elles sont parfois envahies par des dépôts calcaires dis-
séminés.
es à
Au point de vue de leur origine, on admet généralement que les vers cestoïdes proviennent d'œufs de tænia ingérés avec les aliments ou avec les boissons. Ces hydatides pénètrent avec l’usage de Ja chair de porc, qui en est si souvent infectée, surtout quand cette viande est mangée crue ou simplement salée ou fumée, ou bien quand elle a êté mal cuite. Une fois parvenu sur un terrain convenable, l'embryon exacanthe contenu dans les œufs est mis en liberté par l’action des sucs intestinaux sur leur enveloppe. À ce moment, le petit être perfore les parois de l’intestin au moyen de ses spicules, s’y fixe et acquiert un grand développement.
Nous devons maintenant nous demander quelle est la voie suivie par un animalcule de ia grosseur d’un pois ou d’une fève pour se loger dans lœil. On est en droit de supposer, par le nombre de larves trouvées dans les différents parenchymes, que l'embryon exacanthe mis en liberté est repris par le système circulatoire, et amené par le sang dans le système capillaire du tissu cellulaire sous-cutané du cœur, du cerveau, de l’œil, pour se transformer en un cysticerque plus volumineux. D’autre part, le cysticerque oculaire est, dans la grande majorité des cas, sous-rétinien au début, et ce n’est qu’après avoir soulevé, perforé la membrane sensible de l’œil, qu'il envahit les milieux de cet organe. Outre le transport par les canaux sanguins, il convient donc d’admettre, pour expliquer les mouvements ultérieurs subis par l’animvalcule, un mouvement de progression dans l’épaisseur des tissus. Si le cysticerque est plus fréquent dans le corps vitré et sous la rétine que dans l'iris et la chambre antérieure, cela s’explique par le nombre plus considérable des vaisseaux ciliaires.
$S 2. — Du Cysticerque dans les paupières |
On ne trouve dans les auteurs que quatre observations de cysticerque dans les paupières. Le diagnostic ne fut jamais posé avant l’extirpation; mais, de l’étude des différentes relations publiées, on pevt
SÉPOSE tirer certains caractères qui permettent de soupçonner l'existence du parasite.
En 1846, J. Sichel observe à sa clinique un cas de cystircerque de la paupière supérieure. La tumeur, de la grosseur d’une lentille, était dure, rénitente lisse, semi-transparente et sans aucune fluctuation. Elle était incrustée dans la paupière, entre la peau et le tarse, dont elle semblait contourner le bord inférieur ; sa surface était formée par la peau distendue et un peu décolorée ; elle ne déterminait par sa
présence aucune douleur spontanée ou par la pression. J. Sichel crut
avoir affaire à un kyste séreux, erreur d’autant plus pardonnable qu’on ignorait à cette époque que le cysticerque pût se loger dans les paupières. La tumeur en différait cependant par sa forme plus transversalement allongée, son volume un peu plus fort, sa transparence moins parfaite et la circonstan ce qu’elle était recouverte par la peau distendue, et non par l’épiderme seul, comme le sont ordinairement les kystes séreux du bordlibre palpébral. La ponction fut faite et donna issue d’abord à un liquide d’une grande limpidité, puis à un corpuscule d’un blanc un peu bleuâtre, semi-transparent, et muni à la face interne d’an prolongement solide, opaque, d’un blanc plus mat.C'était évidemment un cysticerque ladrique, et le microscope vint confirmer cette opinion.
L'observation de M. Sichel fils, publiée en 1871, porte sur un cas de cysticerque du tissu cellulaire de la région du sourcil. La tumeur, dont les caractères offrent la plus grande ressemblance avec ceux que nous venons de signaler, présente cependant quelques différences qu’il importe de connaître au point de vue du diagnostic. Le début de l'affection est marqué par de violents maux de dents et une hémicrânie du même côté. Quelques jours après, on aperçoit la présence d’une petite tumeur du volume d’une lentille, qui grossit d’une façon continue, mais lente d’abord, puis plus rapide, jusqu’au point de présenter la grosseur d’une noisette. La pression exercée sur la tumeur ne détermine pas de douleurs locales, mais réveille les maux de dents et produit une sensation de tiraillement dans l'œil. Le siège de la tu-
sas Pat
ne ulNr
meur, à un travers de doigt environ au-dessous de l’arcade sourcilière et vers le tiers interne de cette arcade, c’est-à-dire sur le trajet de la branche ascendante du frontal externe, explique suffisamment la névralgie persistante du trijumeau. Le tissu cellulaire lâche de la région nous donne la raison de l'accroissement progressif du néoplasme. Pouvait-on penser à l’existence d’un névrome ou d’un kyste comprimant le nerf frontal? L’extrême mobilité de la tumeur, l’absence de douleurs vives à la pression, d’une part; l’absence de fluctuation et
lexcessive dureté de la tumeur, d’autre part, écartaient également
cette idée. Les douleurs éprouvées par le malade étant intolérables, le D'Sichel pratiqua l’énucléation du kyste. Latumeur, rompue, donna issue à un liquide hyalin, puis à un petit corps blanc allongé, qui semblait se mouvoir. Placé sous le microscope, on put voir les crochets de l’entozoaire, dont la vésicule caudale s’était rompue et vidée
Dans les deux autres observations publiées par J. Streatfield et Edwin Canton, le cysticerque était logé derrière la paupière supérieure. La tumeur avait à peu près le volume d’une noix, était très-mobile, et, lorsqu'on la comprimait, elle s’enfonçait dans l'orbite, pour reparaître dès que le doigt l’abandonnaït, sa surface était très-unie. Le kyste fut aisément enlevé; dès qu’onl’ouvrit, il s’en échappa une petite quantité d’un fluide puriforme, au milieu duquel flottait une petite vésicule transparente, qui n’était autre chose qu’un cysticerque.
Ainsi donc, de la région dépendra un peu le volume de la tumeur, qui peut aller de celui d’une lentille à celui d’une petite noix. De plus, dans toutes les observations,le kyste a laissé échapper, soit après son incision, soit par suite de sa déchirure, une petite quantité de liquide séreux, plus ou moins puriforme, entraînant avec lui le parasite. Enfin, dans tous les cas, on a fait l’extirpation de la tumeur, seul mode detraitement qui convienne en pareil cas (Lemoine).
8 3. — Du Cysticerque sous-conjonctival
Depuis la relation faite par Baum, en 1838, d’un cysticerque trouvé sous la conjonctive, des cas nombreux se sont produitsen Allemagne.
En France, on ne connaît que six faits de ce genre; ils ont été observés par le docteur Sichel et publiés dans la Gazette des hôpitaux.
Cette affection présente des caractères assez tranchés, que nous trouvons admirablement décrits par J. Sichel dans son Zconographie ophthalmologique : « On pourra se prononcer sans hésitation, dit cet » auteur, sur la présence d’un cysticerque sous la conjonctive, tou- » tes les fois qu’on trouvera vers l’un des angles, et plus ou moins » rapprochée du diamètre transversal de l’hémisphère antérieur de » l'œil, une tumeur recouverte par la conjonctive, arrondie, rose: » pâle, semi-diaphane, ou l’on reconnaîtra presque toujours un dis- » que blanchâtre ou jaunâtre circonscrit; que cette tumeur sera d’un » rouge plus foncé et plus vascularisée à sa circonférence; élasti- » que, mais peu dure, se déplaçant latéralement dans une certaine » étendue, mais adhérente par le centre de sa face postérieure à la » sclérotique. Il n’existe aucune douleur spontanée ; quelquefois seule- » ment le malade accuse la sensation d’une légère pression ou d’une » gêne, lorsque les paupières se rapprochent. Au toucher, la tumeur » ne montre que la sensibilité ordinaire de la conjonctive. La vision » n’éprouve point de troubles réels, mais seulement, dans quelques » cas exceptionnels, une gêne plus ou moins grande, dépendant de » la position du kyste. »
Quelques-uns des symptômes que nous venons d’énumérer ont une grande importance et méritent de fixer notre attention. La tumeur est située le plus souvent à l’angle interne de l’œil ; elle présente à sa partie centrale une tache jaune ou rose pâle, due, d’après Sichel, à la rétraction dans la vésicule caudale dela tête et du cou de l’animal. Cependant elle peut manquer lorsqu'elle est masquée par l’épaississement de la conjonctive, ou lorsqu'elle se trouve cachée derrière le pli semi-lunaire. La coloration de la tumeur s’accentue de plus en plus à partir de son centre, pour devenir d’un rouge très-vif à sa circonférence, où la conjonctive, très-fortement injectée, lui imprime un aspect analogue à celui du pannus. Enfin ces kystes parasitaires se développent avecla plus grande rapidité, sans faire éprouver au malade au-
an [NT us cune douleur, sauf la sensation d'une gêne dans l’œil. La vision n’est nullement affectée; il n’y a pas d’ophthalmie proprement dite, mais une petite injection très-circonscrite, due probablement à l’arrivée de l’entozoaire, et qui, d’ailleurs, se dissipe rapidement.
Parmi les tumeurs de la conjonctive, il n’y a que le dermoïde et les kystes séreux qu’on pourrait confondre avec la maladie qui nous occupe. Or le dermoïde siége constamment sur le bord de la cornée et les parties environnantes de la sclérotique. Très-souvent il est garni de poils, et la plupart des cas observés se rapportent à des altérations congénitales. Quant aux kystes séreux de la conjonctive, leur caractère principal est d’être placés transversalement dans les replis palpébro-oculaires, soit supérieur, soit inférieur (J. Sichel).
Le traitement de cette affection est entièrement chirurgical, et jamais l’opération n’a été suivie d’accidents graves. Voici comment Sichel le pratique : le malade est couché sur le lit à opérations, la tête maintenue par un aide et les paupières fixées avec des écarteurs. Il saisit la conjonctive avec une pince fixe à dents, divise la portion qui recouvre la tumeur par une incision parabolique et la dissèque ensuite dans toute son étendue. Il sectionne dans un second temps le tissu dense et résistant qui unit entièrement la face profonde du kyste à la sclérotique, en ayant bien soin de ménager les tendons des muscles de l’œil qui pourraient se trouver à proximité. La tumeur extirpée, il applique tout simplement sur l’œil un linge humide, de la charpie et un monocle. La réunion est opérée en quarante-huit heures, car il est bien rare que le traumatisme détermine une vive réaction, dont un traitement approprié arrêterait bientôt la marche.