‹ Étude sur le cysticerque de l'œilChapitre 8 sur 16 · Du Cysticerque dans la chambre antérieure · texte numérisé non relu

Du Cysticerque dans la chambre antérieure

C’est dans cette partie que le cysticerque a été découvert pour la première fois. Les auteurs anglais et allemands, Mackenzie et Sæmmering, de Græfe, nous ont seuls donné la description des faits ob-

servés. Ici le diagnostic est rendu assez facile par la transparence de la cornée et par l’absence du kyste autour de l’entozoaire.

Dans la chambre extérieure, le cysticerque se présente sous l’apparence d’un petit corps sphérique, transparent, d’un reflet grisâtre. Cette partie globulaire, qui frappe tout d’abord l'attention de l’observateur, n’est autre chose que la vésicule caudale, munie sur une partie quelconque de sa surface, maisgénéralement en bas et en avant, d’un prolongement plus ou moins développé. Ce prolongement est formé par le cou et la tête de l’entozoaire, et contraste fortement, par sa couleur blanche et opaque, avec la semi-transparence de la vésicule. Le plus ordinairement, il se trouve situé à la partie inférieure de la chambre antérieure, sa forme sphérique ne lui permettant pas toutefois d’occuper le sinus formé par l’iris et la cornée.

En examinant attentivement la vésicule, on reconnaît qu'elle est douée de petits mouvements spontanés; par de légères contractions, on la voit de temps en temps changer de forme ; de sphérique qu’elle était, elle devient ovale ou piriforme. Mais c’est surtout dans le corps de l’animal que ces mouvements sont manifestes. On trouve généralement le cysticerque dans une position telle, que le corps et la tête sont dirigés vers le point le plus déclive de la chambre antérieure, ces différentes parties de l’animal ayant une pesanteur spécifique plus considérable que la vésicule. On lPaperçoit lançant la tête, par un allongement du corps, jusqu’au fond de la chambre antérieure, pour se rétracter ensuite jusqu’à la vésicule. Lorsqu'il est libre de toute adhérence avec l'iris, on peut lui faire éprouver un mouvement de révolution ; en inclinant en arrière la tête du patient de manière que le bord supérieur de la cornée soit plus bas que l’inférieur, le cysticerque se retourne tout doucement, la tête pendant du côté du bord cornéal supérieur et la vésicule se trouvant en rapport avec le bord supérieur de la pupille.

Lorsque l’entozoaire à acquis un volume assez considérable, il ne peut plus flotter librement dans l’humeur aqueuse, et sa vésicule conserve constamment les mêmes rapports avec les différents points de la

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chambre antérieure. Dans ce cas, le corps, qui prend un développement proportionnel à celui de la vésicule, permet à l’animal de lancer la tête, tantôt du côté nasal, tantôt du côté temporal. On conçoit qu'il en sera de même lorsque, par suite d’un exsudat, la vésicule aura contracté des adhérences avec l'iris, ainsi que Græfe l’a remarqué dans un cas.

En concentrant la lumière sur l’animal au moyen d’une lentille à court foyer, on arrive à distinguer facilement les quatre suçoirs dont sa tête est garnie, ainsi que les rides transversales du cou.

Rarement le cysticerque développé dans la chambre antérieure a occasionné des douleurs, à moins qu’il ne soit accompagné de complications; il apporte seulement à la vision du malade un obstacle en rapport avec son développement. Lorsqu'il est assez grand pour masquer complétement la pupille, l’œil ne reconnaît aucun objet; il distingue seulement la lumière de l’obscurité. L’hydatide est-elle assez petite pour laisser à découvert la partie supérieure de la pupille, le malade aperçoit les objets placés au-dessus du plan horizontal. Parfois les objets deviennent perceptibles sous l'influence des mouvements spontanés de l’entozoaire, qui modifient sa configuration.

La présence du cysticerque dans la chambre antérieure peut donner lieu à des accidents, tels que douleurs ciliaires, kératite, iritis surtout, ainsi que l’ont observé de Græfe, Logan, Mackenzie. Aussi doiton faire au plus tôt l’extraction de l’entozoaire par la kératotomie. On a essayé, il est vrai, les anthelmintiques (santonine, calomel), en instillation dans l’œil et par la voie endermique, mais sans résultat bien marqué. Au surplus, si on parvient, par ce mode de traitement, à faire périr le cysticerque, n’a-t-on pas à craindre que, même après sa mort, en agissant comme corps étranger, il ne détermine les mêmes accidents qu’on observe pendant la vie ? l

Pour extraire le cysticerque, on fait, avec un couteau à cataracte, une incision à la cornée, soit à la partie inférieure, soit à la partie externe, suivant la position de l’entozoaire. S’il est de petit volume, l’humeur aqueuse l’entraînera avec elle. Dans le cas contraire, on peut

2" exercer quelques petits frottements sur la cornée avec la curette de Daviel. Si l’animal n’était pas expulsé, il faudrait aller le saisir directement avec des pinces courbes ou l’attirer en dehors avec un crochet mousse, ainsi que Mackenzie l’a pratiqué deux fois. Il arrive quelquefois que l'iris fait hernie par les bords de la plaie; si, par de douces frictions sur la paupière supérieure fermée, on ne parvient pas à faire rentrer cette membrane, il y a indication formelle de faire l’excision de ce lambeau, pour éviter les accidents consécutifs à un enclavement de l'iris (Lemoine).

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