DES
Indépeudamment des faits que le médecin a chaque jour Toccasion d’observer et des recherches expérimentales qu’il peut faire, il est deux sources fécondes où il peut puiser les éléments nécessaires à l’étude des phénomènes qu’il cherche à approfondir : ce sont les travaux ex-professo faits par ses devanciers sur un ou plusieurs points du sujet qui l’occupe et les observations cliniques recueillies et publiées souvent sans commentaires par d’autres praticiens. C’est, en d’autres termes, l’étude des faits rapportés par les différents observateurs et celle des interprétations plus ou moins variées auxquelles ils ont pu donner lieu. Ces ressources, il faut le dire, ne sont point également précieuses dans tous les cas. Ainsi tandis que l’état de nos connaissances est trèsavancé pour certaines affections, qui se présentent d’une façon accessible à l’exploration directe , et se décèlent par des signes objectifs faciles à percevoir, il l’est en général bien moins lorsqu’il s’agit de maladies dont les principales manilestations sont des troubles fonctionnels.
Nous trouvons la confirmation de ce que nous avançons dans l’histoire de l’occlusion intestinale. Cette affection, dont les terrihles accidents ont de tout temps attiré l’attention
1870. — Larguier. '-î
des médecins, peut, comme on le sait, se produire soit au dehors de l’abdomen, et constituer alors l’étranglement herniaire, soit à l’intérieur de cette cavité où elle donne lieu aux phénomènes d’étranglement interne. Or tandis que l’étude des hernies et de leurs complications a enrichi la littérature médicale d’un grand nombre d’excellents travaux dus à des hommes souvent considérables, une histoire complète de l’occlusion intestinale interne est encore à faire. Les travaux publiés sur cette question sont vite comptés, et n’ont guère profité qu’à l’anatomie pathologique et à l’étiologie ; le diagnostic des étranglements reste encore au nombre des problèmes réputés presque insolubles, et l’on ii’a que des données fort vagues sur la valeur exacte des signes propres à l’établir.
Il faut ajouter que la lecture des observations publiées dans les divers journaux de médecine ne paraît pas, au premier abord, dénaturé à encourager dans cette étude. Quand on voit, en effet, les praticiens les plus consommés com^ mettre et reconnaître des erreurs souvent fatales, on se demande s’il n’est pas téméraire de chercher à interpréter les di\^ers symptômes de façon à lever les dif acuités contre lesquelles ils sont venus échouer.
L’analyse de ces travaux et de ces observations, l’étude attentive des faits bien interprétés, aussi bien que éelle de ceux dans lesquels le chirurgien fourvoyé a fait d’inutiles opérations, peuvent cependant, nous semble-t-il, amener à donner des lois plus ou moins générales à l’établissement desquelles viendront encore concourir les déductions que le raisonnement peut tirer de l’étude, si bien faite aujourd’hui, de l’anatomie pathologique des étranglements.
Il se présentera ici, comme presque toujours en médecine, une série de faits prédominants, exerçant sur l’esprit la pression des fortes majorités, mais dont la réunion ne constitue pas des lois absolues; à côté d’eux des exceptions qui semblent s’opposer aux règles qu’on cherche à établir. Il ne faut cependant pas en conclure que les faits exceptionnels sont en dehors des lois pathologiques, mais plutôt que les lois déjà étaldies ne sont point assez générales pour com-
prendre Tenserable des phénomènes dont nous avons connaissance.
Certains signes sont remarquables parleur présence constante dans tel ou tel mode d’étranglement; d’autres offrent des modifications sensibles, soit dans leur apparence, soit dans leur évolution, suivant la cause qui les a produits. Aux indications fournies par ces variations dans les manifestations de la maladie, variations dont l’anatomie pathologique donne presque toujours Texplication, viennent s’ajouter les renseignements statistiques de l’étiologie. Aussi, lorsque ces questions auront été plus étudiées, lorsque surtout des ob servations en grand nombre auront été prises avec plus de soin qu’elles ne le sont généralement, c’est-à-dire, sans laisser de côté aucun signe de quelque nature qu’il soit, et si peu important qu’il paraisse ; nous ne mettons pas en doute que le diagnostic des étranglements, qui maintenant paraît hérissé de difficultés insurmontables, ne soit singulièrement facilité.
C’est au moyen de cette méthode d’analyse et de comparaison de toutes les observât ons que nous avons recueillies, nous laissant parfois guider par le raisonnement lorsque nous pouvions partir de quelque donnée exacte fournie par les antécédents ou la statistique, aidé enfin des rares, mais excellents travaux publiés sur certains points de cette question (1), que nous avons fait ce travail. Nous ne nous en dissimulons ni l’insuffisance, ni l’imperfection, mais nous espérons pourtant qu’il ne sera pas absolument dépourvu d’utilité; nous pensons, en effet, que cette double Opération de synthèse et d’analyse, en signalant peut-être quelques lacunes et en appelant l’attention sur certaines particularités qui auraient passé inaperçues, facilitera la tàclie à de plus autorisés que nous qui voudraient travailler à élucider complètement cetle importante question.
Nous avons laissé de côté l’anatomie pathologique des étranglements, cela eût donné à notre travail une importance matérielle trop considérable; cette étude a d’ailleurs été si bien faite par M. Duchaussoy que nous n’aurions pas
(1) Rokitansky, Duchaussoy, Besnier, Henrot, Hilton, etc.
osé l’aborder. Nous n’avons pris de l’étiologie que ce qui nous était nécessaire pour aider à l’établissement du diagnostic. Le peu de temps dont nous disposions ne nous a pas permis de faire des reclierclies expérimentales sur les points de cette question qui peuvent le compoider; nous le regrettons d’autant plus vivement que notre cher maître, M. le D’’ Tillaux, en nous donnant l’idée de faire des étranglements internes l’objet de notre thèse inaugurale, avait mis à notre disposition, avec sa libéralité et sa bienveillance habituelles, les ressources que présente l’établissement qu’il
dirige avec un succès si légitime.
Nous diviserons notre sujet entrois parties : la première, fort courte, contiendra quelques considérations générales sur les étranglements internes et une classification dans laquelle nous avons rangé les principales variétés de cette maladie.
Dans la deuxième nous tâcherons de séparer les cas où les phénomènes d’étranglement sont produits par des causes dynamiques de ceux où ils sont dus à un obstacle mécanique au cours des matières. Ceci fait, nous nous efiforcerons de constituer pour chaque variété de ces derniers une symptomatologie spéciale et nous chercherons à en établir le diagnostic différentiel.
Dans la troisième partie enfin, nous verrons en étudiant l’une après l’autre les différentes méthodes cliinirgicales employées pour la guérison de l’occlusion intestinale in terne, s’il n’est pas certains cas où telle de ces méthodes doit être préférée aux autres ; .en d’autres termes, s’il n’es pas possible d’opposer à chaque variété d’étranglement un traitement spécial et qui réponde aux indications données par le diagnostic.
Nous n’avons recueilli que les observations assez détail léespour pouvoir nous être utiles, et comme leur longiieui nous a forcé à les résumer, nous avons soin d’en indiquer 1 bibliographie.
Quelques faits inédits sont joints à ce travail.