CONSIDÉRATIONS GENERALES
La variété d’occlusion intestinale que l’on a appelée étranglement interne (1) se présente toutes les fois qu’une circonstance quelconque vient diminuer le calibre d’un intestin non hernié d’une façon suffisante pour mettre obstacle au cours des matières qu’il contient.
Telle est l’acception que l’on doit donner au terme d’étranglement interne, si l’on se place à un point de vue purement anatomique; cliniquement, cette acception se généralise, car on sait maintenant à n’en plus douter qu’il est certaines affections dans lesquelles on observe tout l’appareil des signes de l’étranglement, sans qu’il soit possible de trouver à l’autopsie aucune diminution du calibre de l’intestin.
On sait que les signes de l’étranglement interne offrent une grande analogie avec ceux de l’étranglement herniaire, aussi nous bornerons-nous à tracer ici les principaux symptômes de cette grave affection, nous réservant d’examiner plus loin les nombreuses variations qu’une foule de circonstances peuvent leur faire subir.
Les accidents, qui surviennent soit sous l’influence d’un écart de régime, soit sous celle d’un violent effort, sonttan-
(1) Nous conserverons cette expression : étranglement interne, quoique ce ne soit pas le terme propre, pour exprimer tous les accidents que nous allons étudier. Celte dénomination a néanmoins l’avantage d’être acceptée et comprise par tous les médecins ; elle est préférable au terme d’occlusion intestinale, employé par M. Masson, terme trop général qui logiquement doit comprendre les étranglements herniaires ou externes. Quant aux mots : iléus, passio iliaca, vornitus stercoris, miserere mei, ils ne s’appliquent à rien de déterminé, ont une signification très-vague et doiven être abandonnés.
tôt brusques, tantôt, au contraire, précédés de douleurs sourdes et d’alternatives do constipation ot de diarrhée (débâcles). Ils débutent par une douleur violente, circonscrite, que la pression exaspère d’une façon très-variable et qui s’accompagne de chaleur intense. Bientôt, sous l’influence d’une constipation opiniâtre et invincible, l’abdomen se ballonne plus ou moins uniformément ; en même temps la bouche se dessèche ; les hoquets, les nausées font place à des vomissements d’abord ebymeux, puis bilieux, enfin fécaloïdes. L’urine est rouge, rare; l’anxiété du malade extrême, le pouls petit et serré, les extrémités couvertes d’une sueur froide et visqueuse ; la face pâle et grippée, les traits profondément et subitement altérés ; il y a agitation extrême, insomnie, prostration des forces. Au milieu de ces troubles profonds de l’éconcmie, le malade conserve dans leur intégrité ses facultés intellectuelles et si l’intervention de l’homme de l’art a été nulle ou inutile, il s’éteint soit par épuisement ou par asphyxie, soit par péritonite générale.
Ces symptômes ont ordinairement un accroissement progressif, avec des exacerbations plus ou moins fréquentes ou prolongées ; parfois dès le début, ils ont acquis le summum d’intensité. Ils offrent dans quelques cas des rémissions très -marquées, mais bientôt les accidents reparaissent dans toute leur violence.
Tels sont, envisagés d’une façon tout à fait générale, les principaux signes de l’étranglenient. Les causes qui peuvent les produix’e sont de deux ordres ; les unes sont mécaniques et donnent lieu à ce que dans la suite de ce travail nous appellerons étranglement vrai; les matières contenues dans l’intestin rencontrent un obstacle mécanique qui les empêche de poursuivre leur cours. D’autres sont dynamiques, et alors bien que l’intestin ne présente aucune diminution dans son calibre, des phénomènes spasmodiques ou paralytiques en pervertissent ou en abolissent les fonctions et amènent nécessairement une suppression complète et persistante des selles ; ce sont là les faux-étranglements, dans lesquels nous faisons rentreç aussi bien l’iléus spasnxodique dont il nous semble difficile de contester rexistence, que les
différentes sortes de paralysies intestinales sur lesquelles M. le Henrot (1) a le mérite d’avoir le premier appelé l’attention (pseudo-étranglements d’Henrot) .
Quoique nous soyons persuadé que la connaissance exacte de la façon dont se produisent les signes de l’étranglement est d’une utilité incontestable pour le diagnostic et partant pour la thérapeutique de cette redoutable affection, il n’entre cependant pas dans notre plan de faire de ces différentes causes une étude approfondie, ni de rechercher le mécanisme au moyen duquel chacune d’elles produit les symptômes que nous avons brièvement énumérés ; il faudrait pour cela des recherches bibliographi<iues fort longues et surtout instituer sur des animaux une série d’expérimentations physiologiques que le peu de temps dont nous disposons et notre inexpérience en pareille matière ne permettraient pas de mener à bien.
Nous venons défaire comprendre ce que nous entendons par étranglement vrai et par f aux-élranglement ; il nous reste avant de passer à la partie importante de ce travail, à énumérer les nombreuses variétés que présentent ces deux grandes classes.
Étranglement is Trai.«.
On peut ranger dans cinq catégories les différentes espèces d’étranglements vrais ; quant aux causes qui produisent chacune d’elles, elles varient presque à l’infini ; nous avons réuni celles qui se présentent le plus fréquemment et qu’il est le plus utile de connaître, dans les tableaux suivants.
Première ca'égorie.— L’étranglement résulte d’une obslniclion.
La cavité de l’intestin est bouchée par un corps venu du dehors ou qui s’est développé dans cette cavité ; dans les premiers cas, l’obstacle consistera le plus ordinairement en
(1) D'' Henrot, Des pseudo-étranglements que l’on peut rapporter à la paralysie de l’intestin, 1865.
iioyuiix ou pépins de fruits, en petits os; dans le second, ce seront des amas de matières fécales durcies, des concrétions intestinales ou des calculs Liliaires, plus rarement enfin des paquets d’ascarides lombricoides.
Deuxième catégorie. — L’étranglement résulte d’une disposition anormale de l'intestin, accidentelle ou congénitale.
Différents cas se présentent :
A. Dans Vinvaginat>on ou intussusceplion,, une portion d’intestin pénètre anormalement dans une autre ; cette invagination peut être ascendante ou descendante et intéresser soit l’intestin grêle, soit le gros intestin, soit tous les deux.
B. Dans la torsion (volvulus des auteurs), les intestins sont enroulés ou enchevêtrés l’un dans l’autre.
G. Il peut y avoir flexion anormale lorsqu’une portion d’intestin a contracté avec les parties voisines des adhérences qui l’immobilisent dans une mauvaise position.
D. Vices de conformation de l’intestin. Imperforation complète ou incomplète.
Troisième catégorie. — L’étranglement résulte d’une constrieUon
de l’intestin.
Les cas qu’on peut y faire rentrer se présentent toutes les fois qu’une anse intestinale s’est engagée soit dans une ouverture naturelle ou accidentelle, soit sous des brides intraabdominales, soit dans des nœuds ou des diverticules des viscères abdominaux.
Le tableau suivant renferme, classés d^une façon méthodique, tous les agents de constriction qui peuvent donner lieu à cette variété d’étranglement.
hiatus de Win slow.
hernies diaphragmatiques, hernies ischiatiques (1).
ouv. et replis péritonéaux, ouv. de l’utérus ou des ligamentslarges.
(1) Nous pourrions y ajouter certaines hernies inguinales profondes que la dilficulié de l’examen ou le manque de commémoratifs a quehpicfois fait méconnaUre.
normale
Ouvertures
I accidentelles '
tU
Brides et bandes )
( trompe utérine, normales | appendice cæcal.
I néo-membraneuses, i celluleuses.
I fibreuses.
anormales /épiploïques.
1 mésentériques.
f intestinales.
diverliculaires (divert. de Tint, grêle).
Quatrième catégorie. — L’élranglement résulte d’une compression
de C intestin.
Des tumeurs intra-abdominales ou des organes déplacés aplatissent les parois de l’intestin et, par conséquent, en diminuent plus ou moins le calibre. Ces tumeurs, dont l’énumération nous entraînerait trop loin, procèdent surtout des ganglions mésentériques, du pancréas, de l’ovaire, de l’iitérus, du foie et du système osseux ; quant aux organes dont le déplacement a pu jusqu’à présent comprimer assez l’intestin pour produire des phénomènes d’étranglement, on ne cite que la rate (Pétrequin) et les reins (Wieger).
Cinquième catégorie. ~ L’ étrangle ment résulte d’un rétrécissement ou d’une obliléralion de l’intestin.
Dans les catégories qui précèdent, l’intestin est sain ; il n’en est plus de même dans celle-ci. Ici l’arrêt des matières est causé uniquement par des altérations développées dans les parois intestinales ; les plus fréquentes de ces altérations sont résumées dans le tableau suivant :
Hypertrophie du tissu musculaire.
Hypertrophie du tissu soiis-muqucux.
Hypertrophie d’une valviue connivente.
Hypertrophie de la valvule iléo-cæcale.
Hémorrhagie interstitielle.
Dégénérescence cancéreuse.
Polypes intestinaux.
Rétrécissement atrophique . à la suite de réduction de hernie.
Cicatrices à la suite d’ulcérations typhiques ou dysentériques.
Fniix>ctrnn;;;:lcniCfi<N.