LE DATIF PLURIEL
Depuis le τνὸ siècle avant J.-Chr. pour le moins, les Eoliens formaient le datif pluriel de la déclinaison imparisyllabique au moyen de la désinence -εσσι, Les exemples en sont nombreux : ἐ[ντυγχαν]όντεσσι IGMA 5 ὃ 4o ; διαλυσί- [ε]σσι 6, 3, 28, πολίεσσι 30, 5, Γραδανορέεσσι 74, 7, πάντεσσι Go, 30; ὅσο, 7 ; 527, 15, 35 ; SGDI 3o5, 11; 311, 30, παίδεσσι IGMA 68, 6; 165 c; 166 ; 168 ; 169; SGDI 312, 2, νιχασάν-
τεσσι 74, Ô, Aiyaéesor OH, 11, 155 à 12; βασιλήεσσι IGMA 645
a 7; ἐτ[ξε]σσι SGDI 315, 5, etc. On en peut compter en tout ἠδ cas. Cette terminaison était si bien considérée comme une caractéristique de l'éolien, qu'à l'époque impériale, un maladroit forgea le barbarisme εἰρονείχεσσι IGMA 68, 11 (pour ἱρονίχαισι) sur le nominatif ἱερονίχης de la langue commune. La désinence -ἔσι. avec un seul 5, ne se trouve que dans μήννεσι IGMA τ΄ 12: l'autre σ fut sans doute omis par le graveur. Quant aux datifs en -σι, il n'en existe que deux : γύναιξι IGMA 68, 6, sur une inscription assez lardive et Μαιμάχτηρσι 70, 9, de l'époque impériale. Ce sont
certainement des formes de la langue commune, car le
datif γυναίχεσσι se lit Sa. Schub. II, 5, et Grég. Cor. Gro". Toutefois les inscriptions elles-mêmes conservent le
À Τρίσσι « à trois » OH, IL, 95 b 18 fait seul exception,
souvenir de l'ancien datif en -« dans le nom propre Has σιχρέοντος (gén.) 646 ἃ 5, 15, 34.
Chez Aleée et Sappho la terminaison -ἔσσι est sensiblement plus fréquente que l'autre : ᾿Λρχάδεσσι Ale, 38, ἀρμάeco An. 51, χυλίκεσσιν Sa, 5, 4, νάεσσιν Ale, 59, ὀμμάτεσσι (ms. ὀππάτεσι) Sa. 2, 11, πόδεσσιν Sa, 54, 1, στήθεσσι Ale. 97, auxquels il faut sans doute ajouter δύεσσι « à deux » cité par Eustathe 802, 28 et transmis avec un seul σ, — Mais δρύσιν Sa. 4a, 2, στήθεσιν Sa. à, 6 ; 27, 1; 83, à ; χέρσιν Sa. 58, 2, παῖσι Sa. Schub. IX, 6. Dans ce groupe se place ἄμμεσιν «ἃ nous » Ale, 100 (cité Apollon. 95, 11), formé sur l'accusatif ἄμμε, Nous lisons dans Théocrite μαχάρεσσιν 29, 5, δαμότισι» 28, 22, γύναιξιν 98, 2, et dans Balbilla παῖσι « à tous » 30, 15. Les deux datifs coexistaient done encore au vu siècle, au moins dans la langue poétique.
Il n’est pas inutile de noter au passage que sur les sept datifs en -4, cinq appartiennent à des thèmes qui, à l'époque historique, étaient terminés par » et ες et que du substantif στῆθος ne fut pas une seule fois tiré στηθέεσσι. mais seulement στήθεσσι et στήθεσι.
Comme l'éolien, le fhessalien se sert communément de la désinence -σσι : Δολόπεσσι SGDI 1329, 12, δοχιμασθέντεσσι ib. 1. 17, χατοιχέντεσσι 345, 14, 18 et quelques autres. Toutefois l'ancien datif se retrouve dans χρήμασιν ᾿ Mitt. 1896 p. 110, 4 et aussi dans le nom propre Πασιξένοι (gén.) SGDI, 1529 a 29.
Le béotien ἃ également généralisé 6 : hreun BCH 1895 p. 553 1. 7, πεποϊόντεσσι ibid., Φιλετηρείεσσι IGS I 1790, 6, ete. Et en regard: Πασιχλῆς 1GS I 1324, Πασιτίμω REG 1809 p. 51 a 62, Πασίχλια ἐδ. ὃ 52, Πασι... IGS I 2615,
Navoudi] os] IGS 1 3504 (archaïque).
L'arcadien n'offre aucun exemple de datif en -εσσι : θυ-
μιάμασιν EA 1898, col. 249 L. 16, 17, ἀρώμασιν ἰδ. 1. τη. etc.
1, Ce datif est formé sur un thème en -en- (Brugmann, Gr. Gr.® p. 572, addition à la page 235).
L'atlique employa couramment la désinence -4: oral: mais -σσι se lit encore sur une inscription: ἔτεσσι CIA I 273 h ἡ (Meisterhans, Gramm.* p. 103) et dans Sophocle dpecatbéra. Les datifs en -εσσι se trouvent çà et là chez les poètes tragiques: βαρίδεσσι, μερόπεσσι Eschyle, Κορυδάντεσσι Sophocle, χείρεσσι Euripide.
L'ionien a fait comme l'attique: quelques traces seulement de datifs en -εσσι restèrent dans la langue de la poésie : [πελάγεσσι Archiloque], πτερύγεσσι Anacréon, ἰχθύεσσι Ananios. Parfois les manuscrits d'Hérodote donnent un datif en -ἔσι qui vient certainement de -εσσι : δαιτυμόνεσι 6, 57, et peut-être πλεόνεσιν 7, 224 (cités par Kühner-Blass Gr. Gr. ΤΡ. 418). L'ionien homérique fait un assez fréquent usage de -eco1: μιμνόντεσσι, ἀριστήεσσι, ἐπέεσσι, elc., bien que la désinence -c1 y soit de beaucoup la plus commune.
Les autres dialectes ne connaissent que -c1', même ceux d'entre eux qui ont conservé le double σ de l'aoriste; le delphien et l’éléen constituent les seules exceptions.
Delphien de la première période: πάντεσσι SGDI 2501, 29, 44, πρυτανίεσσι 25092, 161, 165, πάντεσσι τοῖς ἀγώνεσσι 258, 7, elc.; mais à partir du moment où la χοινή achéodorienne fut adoptée à Delphes, on y dit ἀνδροῖς τρίοις 1689, 9, etc.
Eléen (ôcca) : Μαντινῆσι SGDI 1151, 17; mais φυγάδεσσι Jahresh. εἰ. üsterr. archäol. Instituts Xp. 193 1. 10.
Argien (ἐργάσσασθαι) : ἰάμασιν 3339, 24 à Epidaure ; γονεῦσιν EA 1892, τ à Mycènes; Σχυλλαιεῦσι SGDI 3364 ὃ 24 à Trézène ; [ἐγχ]αύτερσι 3318, 3 à Némée.
Dialecte de Cos (ὅσσα) : χρήμασι SGDI 3613, 13; 3614, 11; 3619, 8: χαθεσταχόσι 3611, 10, etc. Pour Σάρδεσσι 3660,
29, il date de l'ère chrétienne et ne prouve rien.
Crétois (δάττονται) : ἐπιδάλλονσι Loi Gort. III, 33: XI, 40, γικάσανσι XI, 39; μηνσί VII, 146. Et pourtant le 56 primitif
se laisse reconnaitre dans le 09 de κέτεθθι (— att. ἔτεσι) Mon. Ant. 1, 47 ὃ 22.
1, En laissant de côté la désinence τοῖς,
L'héracléen (ὅσσος a un datif en τασσι propre aux participes actifs : ποϊόντασσι ἤθη, 1, 50, ἔντασσιν 1, 104, πρασσόντασσι I, 158, ὑπαρχόντασσι 1, 195 ; — mais πᾶσι LI, 66,
Des dialectes qui simplifient le double σ quelques exemples sufliront ! : Phthiotide yghvacw SGDI 1440, 9: 1441, 12; Acarnanie χρήμασι 1380 α 12; Mégare πᾶσι τοῖς ἀγῶσιν 3005, 10; 3010, 13: Hhodes ἥρωσι 3549, 3; Laconie πένησι 4566, 20: Théra πᾶσι 4693, 12, ete.
De cette énumération de formes il résulte clairement que non seulement le datif en -εσσι n'est pas spécial aux dialectes dits éoliens, puisqu'il se rencontre en delphien et en ionien, mais sa généralisation en Béotie, en Thessalie et en Eolie date d'une époque relativement récente : nous avons vu en thessalien et en béotien des traces de l'ancien datif en -σι et l'éolien du vu siècle, au moins dans la poésie, employait encore couramment les deux désinences, On assiste pour ainsi dire au triomphe de la désinence -e561 dans ces trois dialectes, triomphe remporté à une époque où ils étaient individuellement constitués et indépendants l'un de l'autre. On peut, sans dépasser les bornes de la juste hypothèse, imaginer que vers le 1x° ou x° siècle, 115 usaient des deux datifs indifféremment. Ils ne se distinguent de l'ionien homérique que sur ce seul point : dans la langue épique, -εσσι est en pleine décadence et laisse déjà prévoir sa disparition plus ou moins prochaine, tandis qu'en éolien, en béotien et en thessalien il eut une extension de plus en plus grande. L'arcadien, dialecte dit éolien, a procédé de son côté exactement comme l'attique.
L'absence du datif en -εσσι dans les dialectes de l’Argolide, de Cos, de la Crète et d'Héraclée est très significative. Puisqu'en effet son extension en Eolie, en Thessalie et en
1. Les datifs locridiens Κεφαλλάνεσσι SGDI 1505, 3, χρημάτεσσι 1505, 5 sont d’une époque tardive. La désinence ordinaire en Locride est τοῖς : Χαλειέοις 1458, 47 (x moitié du ve siècle), &atif pluriel de Χαλειεύς 1477, 5; 1479; 7.
PR ΩΣ ει πῖνε ᾿ς ΟΝ
Béotie, comme sa disparition en ionien et en arcadien . concordent exactement avec la conservation du double σσ d'une part et la simplification de ce même groupe d'autre part, on s’attendrait à le voir subsister dans les pays τος doriens où σσ s'est maintenu. Bien plus, l'héracléen, qui ἢ dit à la fois πᾶσι et ὑπαρχόντασσι, montre par là que jamais il n'a connu la désinence -e60 : si ὕπαντεσσι avait existé dans ce dialecte, ὑπαρχόντασσι lui aurait donné une vitalité plus grande ou l'aurait transformé en ἤπαντασσι. ; En conséquence, -ἔσσι ne fut jamais dorien *, Et comme | sa création remonte à une date relativement récente, le | dorien vivait donc déjà d'une vie indépendante, avant que le langage des autres Grecs, encore réunis dans une sorte d'unité linguistique, se fût donné cette nouvelle forme de datif.
4 LES THÈMES EN ὦ ET EN ἡ.
Les noms de femme en -w (thèmes en -0)--) avaient en éolien asiatique leur nominatif en -ῶς leur génitif en -ως (de -oyos), et leur accusatif en -wy, formé d'après le nomi- natif et selon la proportion : “Howy : "Hpw, Ἥρως (gén.) — Δίχαν : Aixa, Alxx:* ; le datif ne s'est pas encore rencontré. On peut noter : ᾽ Les nominatifs "A6po BCH 1882 p. 422, ᾿Ασίννω OH, IT, | 144, 6, "Aro IGMA 487; Bio 304, ....«τθω REG 1892 p. 413, νὴ 11. | 4 Les accusatifs "Hpwy Sa. 91, Λήτων (c. à. d. Λάτων) οἱ Σάπφων cités par Hérodien IE, 555, 26. Il est permis de lire Μεγίστω[»] OH, 11. 138, 10.
Les génitifs Γόργως Sa. 48, Γυρίννως Sa. 56, Σάπφως An. G2, Πείθως IGMA 53, 3.
1. L'éolien, le thessalien et le béotien ont conservé GG, l'ionien-attique et l'arcadien l'ont réduit.
a. Les datifs en -εσσι rencontrés sur les anciennes inscriptions de Delphes et d'Elide, ne sont donc pas, à proprement parler, doriens. 3. M. Hirt ΟΣ ΧΗ p. ao) regarde l'accusatif en τῶν comme très ancien,
l'emarque, — Τῶλοῦς, ce, à, ἃ, Τῶλως, Sa, 47, est le géniüf de l'os, connu par la glose d'Hésychius : lé ’ δαίμων, ἣν γυναῖχες τὰ νεογνὰ παιδία φασὶν ἁρπάζειν,
Le vocatif a conservé son ancienne forme, au moins chez les poètes : Wérgor Sa. 59, Σάπφοι Ale. 55. Quant à Wérg Sa. 1, 20, Schub. 1, 5, il représente sans doute ἩΓάπφοι, avec élision de la diphtongue,
Des thèmes féminins en -05-, ne nous sont parvenus que les nominatifs αἴδως Sa. 28, 3, Ale. 55, 2, αὔως Sa. 18; 95, 1: 193, et les génitifs αἴδως (de *xi0coc) Alc. 21, αὔως Balb. 321, 3.
| Leur rayonnement analogique apparaît dans Gus | (nom.) Sa. 2, 13, qui a revêtu le genre féminin‘, et dans le génitif ἴδρως An. 63.
L'on constate certaines fluctuations entre le suflixe -οσet le suflixe -ἃ dans αὖὔα * (— αὔως) Sa. 152, αὔαν EM 154,38, et dans αὔδως (gén.) Sa. τ, 6 en regard de αὔδαν Balb. 320,
᾿Λήδων, qui a été employé par Sappho (frg. 39), avait un autre nominatif ἀήδω, selon Suidas et le scholiaste de Sophocle, Ajax 629.
Les noms communs et les adjectifs en -e5- ont presque complètement gardé leur déclinaison primitive.
Leur accusatif singulier prend les formes -ex (de -ἐσα) et -ὴν (refait sur le nominatif): λαθιχάδεα Ale. 41, 3, mais ἀδάχην Sa. 72, 2, ἀδλάθη[}] Sa. Oxyrh. Pap. VIE, 1; ἐμφερῆ Sa, 85, 2 est à lire ἐμφέρην. — Les grammairiens ἢ font connaître . δυσμένην εὐρυνέφην χυχλοτέρην. mots poétiques. — Témoignages épigraphiques : δαμοτέλην IGMA 645 a 44,
1. Sa. 5, 13: à dE μ᾽ ἴδρως χαχχέεται. En outre ἴδρως est expressément déclaré féminin par Hérod. IL, 563, 23; AO 1. 208, 15.
2. Béotien #4 « aurore » Schol. Il. @ 450 : *avca existait peut-être avant la constitution des dialectes. |