‹ Étude sur le duelChapitre 7 sur 7 · IS · texte numérisé non relu

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de tous les temps , de tous les pays, et acceptée par tout ce qui est honnête, par tout ce qui est viril , et soigneux de son honneur. Car il n'y a plus de bretteurs aujourd'hui, — il n'y a plus de ces coupe-jarrets qui furent la honte de leur époque , que l'on redoutait alors et que le bon sens public — à cette heure — aurait le droit de solder avec sa cravache ou son pied.

Non, encore une fois non, le duel par luimême n'est pas un crime.

Ah ! plutôt, voyez làr-bas ce brancard qui porte un cadavre : c'est celui d'un homme tué en duel!

Tout s'émeut , tout se presse autour de lui.

Les hommes se découvrent, les vieillards s'inclinent, les femmes le suivent du regard, l'accompagnent de leurs vœux et prient pour lui.

Et cependant , si le duel était un crime, cet homme serait criminel. Il a été frappé , mais il voulait frapper; il est mort, mais il voulait tuer. Entre son adversaire et lui, il n'y a que le malheur. Pourquoi donc, lorsque tant de nobles entraînements se tournent vers lui, faudrait-il ouvrir les prisons pour son adversaire ?

Et que vienne à passer, après ce mort respecté, un homme dont la joue est encore chaude d'un soufflet qu'il a gardé ; un homme qui, s'enveloppant de sagesse et de prudence, se sera dit : C'est un péché que de se battre , le duel est un crime : je ne me battrai pas. — Oh ! que se verra-t-il alors ? Les en&nts lui lanceront des huées , et peut - être des pierres. — Les hommes le montreront du doigt, et les femmes se feront rieuses et méprisantes, — car c'est en elles toujours que sont les plus exquises délicatesses.

Oh ! je ne crains pas de le dire — et je l'affirme. — Si cet homme avait une fiancée, elle en mourrait , peut-être ; mais à coup sûr, elle ne voudrait jamais approcher sa lèvre de cette joue qu'une goutte de sang n'aursdt pas purifiée.

J'irai plus loin.

J'oserai demander si même il est une mère qui, voyant à ses pieds le corps de son en&nt tué en duel , ne préférerait pas le voir enseveli dans la mort que dans la honte et le déshonneur !

« QuHl mourût ! a dit un père !... Une mère

n'aurait point de telles paroles — elle aurait des larmes — elle aurait de la douleur — elle regarderait le ciel , mais n'aurait point de haine.

Elle déplorerait , mais ne maudirait pas !

J'ai fini.

Mais , en traçant ce dernier tableau , quel

souvenir me vient à l'Ime ?

ma mère ! ma sainte et adorée mère !

pardonne-moi de mêler à ces pages profanes ton nom si cher et si vénéré ! Mais pourquoi m'y refuserais-je , puisque j'aurai encore à te parler de mon amour si vif et de mon respect si profond?

Aussi moi, j'ai eu le malheur de quelques duels. C'était une maladie du temps de ma jeu* nesse ; et puis j'appartenais à cette école de Poitiers, qui avait Yestime de V Europe entière^ — tous les historiens l'affirment, — de cette école qui , par son courage et son dévoùment à la défense de la cité, avait conquis le droit de porter l'épée, — qui la portait en effet , et ne la traînait pas...

On nous appelait « mauvaises tétes^ cerveaux

brûlés y etc.^ etc...^ » ce qui était peut-être un peu bien vrai — mais ce qui ne nous a pas empêchés pourtant de fournir presque tous .une honorable carrière , les uns dans le commerce , les autres à la guerre ; — ceux-ci dans la magistrature, dans le barreau, dans les sciences , dans les hautes fonctions , — ceux-là comme bons citoyens ; tous <( aimant Dieu et suivant le droit chemin » — comme dit la loi canadienne.

Or, un de ces jours néfastes où j'avais dû céder à cette cruelle nécessité , ce jour-là mon adorable mère redoublait envers moi toutes ses tendresses ; — elle s'attachait à mes pas avec une fiévreuse anxiété, avec un trouble, qui n'étaient pas de chaque jour. On eût dit qu'elle avait de tristes pressentiments. — Est-ce qu'une mère n'en a pas toujours lorsque son enfant court un danger ? Cela vient du Ciel ! — Puis , n'y a-t-il pas les amis de la maison , les officieux — cette lèpre des familles — qui se croient obligés de payer le dîner qu'ils vous prennent , par le récit de toutes les nouvelles vraies ou fausses qu'ils ont ramassées sur la rue, — ne disant absolument rien, mais laissant tout deviner, — ayant des demi-regards , des demi-mots , des demi*confi-

dences, des allures enfin qui vous font froid... Or, ce jour, il en était venu, et ma pauvre mère, sans trop bien savoir pourquoi , était soucieuse et triste ; — plus que de coutume elle se préoccupait de moi. — c Où donc est-il , disait-eUe à chaque instant... 3 Inquiète, elle allait, elle venait,... s'asseyait,... se levait,... ne pouvait tenir en place, et à chaque instant répétait : Où donc est-il ?

Enfin me voilà , — pâle , ému, les cheveux et les vêtements en désordre, les traits fatigués. — « Monstre, d'où viens-tu? me dit-elle en me jetant les bras autour du cou et m'attirant sur son cœur. — Méchant enfant, va!... non, non, mon cher enfant ! . . . Mais embrasse-moi donc ! . . . Tu ne me dis rien... mais je devine... tu viens de te battre!... d Puis elle riait, elle pleurait... elle m'embrassait à me faire crier... elle était folle !

Oh ! achève le tableau qui pourra ! D'y songer, je n'ai plus ma raison... Mais ce que je puis affirmer, c'est que jamais je n'avais trouvé' plus ardents les baisers de ma mère, jamais plus agités les battements de son cœur, jamais plus

divins les rayonnements de son amour et de sa joie,

Aurait-elle ainsi fait si j'avais été un lâche 7

Aurait-elle ainsi fait si j'eusse commis un crime?

P,-S, —Ce travail devait être publié il y a environ trois semaines; mais, le bruit s'étant répandu que M. le garde des sceaux était à la veille de déposer son projet de loi, j'ai dû suspendre ma publication afin d'attendre quelques objections nouvelles auxquelles j'aurais pu avoir à répondre.

M. le garde des sceaux n'a point encore parlé. Seulement, il y a quelques jours , un journal nous a donné la nouvelle que le chiffre des amendes fixé par la loi Dufaure dépasserait cent mille francs,

— Avis à tons ceux qui n'auraient pas de monnaie !...

Avis aussi à M. Dufaure : qu'avec un peu moins de cent francs on peut aller en Belgique...

Et qui n'a pas cent francs dans sa poche — ou même, au besoin, dans celle de son adversaire? — car enfin ceux qui se battent en duel ne sont ni des mendiants ni des pouilleux.

Poitiezs. — Typ* de A. Dupxt.

POITIERS ( 0)J ^ TYP. A. DUPBÉ p^pZ

(CO ; Rue Nationale. CoJ)

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