CHAPITRE II
Propositions indépendantes déclaratives affirmatives.
37. La proposition indépendante affirmative déclare que l'acte ἃ lieu ou n’a pas lieu. — La négation est οὐ.
Classiquement, on trouve dans cette proposition, l'indicatif aux modes réel, éventuel, et irréel; et le mode potentiel.
Il en est de même dans le N. T., à l'exception du dernier qui est abandonné.
38. L’indicatif au mode réel et au mode éventuel s'emploie dans le N. T. comme en grec classique et comme dans les LXX :
Mar., 11, 6 : τέχνον, ἀφίενταί σου αἱ ἁμαρτίαι. — J., XVI, 16 : μικρὸν καὶ οὐχέτι θεωρεῖτέ με. — J., XI, 8 : νῦν ἐζήτουν σε λιθάσαι oi Ἰουδαῖοι. --- Eph., VI, 21 : πάντα γνωρίσει ὑμῖν Τύχιχος. --- Mat., [V, 7 : οὐχ ἐχπειράσεις. — 4 CoO., IV, 18 : ἐφυσιώθησάν τινες. — Μαΐ., IX, 24 : οὐ γὰρ ἀπέθανεν. — Η., XI, 28 : πίστει πεποίηχεν τὸ πάσχα. — J., VE, 17 : σχοτία ἤδη ἐγεγόνει. — À., VIIL 16 : οὐδέπω γὰρ ἦν
Au lieu du futur avec la négation οὐ, on peut trouver la négation double où μή avec le subjonctif aoriste ou le futur; l’idée négative est renforcée :
Mat., XXIV, 35 : οἱ δὲ λόγοι μον οὐ μὴ παρέλθωσιν, et cf. L., XXI, 33 : οἱ δὲ λόγοι pou où μὴ παρελεύσονται. — Dans les LXX, Job, XXXIX, 22 et 24.
Il en est de même en grec classique (GO0DWIN, 9).
39. Pour le sens du mode irréel de l'indicatif, νου. 9, ὃ οἱ c.
Quand le verbe qui suit l’imparfait au mode irréel est à l’inlinitif présent, l'acte qu'il exprime se rapporte au présent ou au passé ; quand ce verbe est à l'infinitif aoriste, l’acte se rapporte au passé.
On trouve employés au mode irréel, sans ἄν :
1° L'imparfail des verbes qui expriment par eux-mêmes la possibilité ou la nécessité (nécessité, devoir, convenance) :
ἐδυνάμην. Mat., XXVI, 9 : ἐδύνατο γὰρ τοῦτο πραθῆναι πολλοῦ. — Mar., XIV, 5; J., XI, 37; A., XXVI, 32. |
ἔδει. Mal., XXIIT, 23 : ταῦτα δὲ ἔδει ποιῆσαι χἀχεῖνα μὴ ἀφεῖναι. — Mat., XVIII, 33; L., XI, 42, etc. — 2 Co., II, 3 : ἔγραψα τοῦτο χὐτὸ ἵνα μὴ ἐλθὼν λύπην σχῶ ἀφ᾽ ὧν ἔδει me χαίρειν. L'écrivain se transporte par la pensée au temps de son arrivée et emploie ἔδει comme il le ferait au style direct : ἔχω λύπην ἀφ’ ὧν ἔδει με χαίρειν.
ὥφειλον. 2 Co., XII, 11 : ὑμεῖς pe ἠναγκάσατε᾽ ἐγὼ γὰρ ὦφειλον ὑφ᾽ ὑμῶν συνίστασθαι. — 4 Co., V,10.
χαθῆχεν. 4., XXII, 22: aipe ἀπὸ τῆς γῆς τὸν τοιοῦτον" où γὰρ χαθῆῇχεν αὐτὸν ζῆν (et cf. XXI, 31), & conviendrait, ou il convenait qu'il ne vécut pas.
ἀνῆχεν. Col, III, 18: αἱ yuvaixes, ὑποτάσσεσθε τοῖς ἀνδράσιν ὡς χνἧχεν ἐν Κυρίῳ, COMME il aurail convenu, ou comine il convenait que vous le fussiez. — Eph., V, 3-4.
2° Les locutions impersonnelles avec ἦν, comme : χαλὸν nv χὐτῷ, Mat., XXVI, 24. — xpeirrov γὰρ ἦν αὐτοῖς μὴ ἐπεγνωχέναι, > P., II, 21.
3% Les temps passés de l'indicatif pour exprimer un souhait, un désir, regardés comme irréalisables.
Classiquement, ces temps « sont introduits par εἰ γὰρ et εἴθε.
Souvent ce mode est suppléé par la périphrase ὥφελον, ὦφελες, woeke avec l'infinitif.. Un souhait irréalisable se rapportant au présent est ordinairement exprimé par l’imparfait (ou par l’infinitif présent avec ὥφελον); un souhait se rapportant au passé, au contraire, par l'indicatif aoriste (ou par l'infinitif aoriste avec ὦφελον). » (Kocx, 105, 8.)
Dans le N. T., on ne trouve ni εἴθε ni εἰ γάρ. Si le verbe exprime le souhait par lui-même comme ἐθουλόμην, l'imparfait n’est précédé d'aucune particule (cf. GoonwiN, 425); dans le cas contraire, il est précédé de ὄφελον, particule optative invariable'. Les temps s'emploient comme en grec classique. La proposition est toujours positive : ;
A., XXV, 22 : ᾿Αγρίππας δὲ πρὸς τὸν Φῆστον ᾿Εὐουλόμην χαὶ αὐτὸς τοῦ ἀνθρώπου ἀχοῦσαι. — R., IX, 3 : ηὐχόμτην γὰρ ἀνάθεμα εἶναι αὐτὸς ἐγώ. --- Gal., IV, 20 : ἤθελον δὲ παρεῖναι πρὸς ὑμᾶς ἄρτι, je υοπαγ'αἷδ bien être en ce moment auprès de vous. — Philem., 13.
2 Co., XI, 1 : ὄφελον ἀνείχεσθέ μου μιχρόν τι ἀφροσύνης. — ApoC., LIL, 15 : ὄφελον ψυχρὸς ἧς ἢ ζεστός, plut à Dieu que tu fusses… | — 4 Co., IV, 8 : ὄφελόν γε ἐβασιλεύσατε ἵνα xai ἡμεῖς ὑμῖν συνδασιλεύσωμεν, plut ἃ Dieu que vous eussiez régné! vous auriez bien dit régner.
40. a) L'imparfait au mode irréel se rend en français par l'imparfait, le conditionnel présent ou le conditionnel passé, suivant le contexte. — L'aoriste se rend par notre conditionnel passé.
b) Le grec classique employait encore d’autres verbes au mode irréel, comme : εἶχεν (avec un adverbe), ἐξῆν, etc.; d’autres locutions avec ἦν, comme καιρὸς ἦν, elxdç nv, et tous les adjectifs verbaux en τέος. La plupart de ces expressions sont absentes du N. T.; en particulier, on n'y trouve pas un seul exemple d'adjectif verbal en τέος employé avec ἦν.
c) L’imparfait des verbes dont il a été question plus haut (39) ρου! s'employer au mode +'éel aussi bien qu’au mode irréel, L., XIII, 16 (ἔδει) J., VI, 21 (ἤθελον); À, XXVIII, 18 (ἐδούλοντο). — Dans les LXX, Sag., XVI, 4.
d) Classiquement, « l'indicatif aoriste, accompagné de ὀλίγον (μιχροῦ) δεῖν, ou bien ἐδέησα suivi de l’infinitif aoriste marquent que quelque chose est presque arrivé, ou, comme nous disons, serait presque arrivé. » (CucueL et RIEMANN, 89). Ces expressions n'existent plus dans le N. T.
e) Le mode irréel de l'indicatif est une manière de penser étrangère au Juif; aussi paraît-il très rare dans les LXX. Le Juif conçoit la pensée autrement, et l'exprime par un tour différent, rendu de diverses manières dans les LXX (Deut., XXVIII, 67; Gen., XXXIV, 7; Job, XVI, 43, etc.).
1. L'emploi de ὄφελον, invariable, comme particule de souhait, appartient à la langue familière de l'époque post-classique; voy. Sopuocces, sub verb. ὀφείλω. Dans les LXX, putre ὄφελον, on trouve aussi εἴθε (J06, IX, 33), etc.
Cependant, on y trouve ὄφελον et un temps passé de l’indicatif, Ex, XVI, 3 : ὄφελον ἀπεθάνομεν πληγέντες ὑπὸ Κυρίου ἐν γῇ Αἰγύπτῳ. — 4 R., V, 3; Job, XIV, 13; XXX, 24.
41. Clasiquement, on emploie dans la proposition affirmative le mode potentiel!.
« L'optatif avec ἄν, dans une proposition indépendante exprimant un jugement, présente l'action comme simplement possible..… Les Attiques emploient volontiers le mode potentiel; au lieu de dire nettement : cela est ou cela sera, ils préfèrent se servir de l'affirmation atténuée : cela peut être... » (Kocx, 105, 5.)
Lorsqu'il s'agit du passé, l'indicatif imparfait ou aoriste avec ἄν sert de mode potentiel, comme dans ἔνθα δὴ ἔγνω τις ἄν, on aurail connu... (Kocx, 105, 5 et Rem. I; Curtius, 516; CUCUEL et RIEMANN, 90, 91 et Rem. II.)
Pour le sens du mode potentiel, νου. 8, a et ὃ, et 9, c; et cf. 12, d.
Dans le N. T., le mode potentiel du passé est très employé dans Ia proposition principale d’une période conditionnelle au mode irréel.
Mais il n'existe qu'un seul exemple du mode potentiel dans la proposition indépendante affirmative, 4., XX VI, 29 : εὐξαίμην ἂν τῷ Θεῷ... où μόνον σὲ ἀλλὰ xal πάντας τοὺς ἀχούοντάς μου σήμερον Ὑενέσθαι..., je remercierais Dieu que vous fussiez devenus... (texte de ΜΗ). D’autres (Tis.) lisent εὐξάμην ἄν, au mode potentiel du passé : j'aurais remercié Dieu que.
C'est un vestige de la langue littéraire, dans Luc.
42. La manière de penser, qui correspond au mode potentiel, est abandonnée dans le N. T. Le Juif pense tout autrement que l’Athénien, et l'affirmation adoucie, réservée, lui est étrangère (32); il tend toujours, au contraire, à renforcer l'affirmation, et rien dans l'emploi du verbe en hébreu ne correspond à la nuance de pensée exprimée par le mode potentiel. Ce mode est très rare dans les LXX, s'il s’y rencontre. On lit JÉR., Lament., IV, 12 : οὐχ ἐπίστευσαν βασιλεῖς γῆς... ὅτι εἰσελεύσεται ἐχθρός, les rois du pays n'auraient pas cru que l'ennemi entrerait(cf. PRBISWERK, 475; voy. plus haut, 9, a).
D'un autre côté, présenter la pensée avec réserve, en l'adoucissant et en la nuançant, n’est pas le fait de la langue familière, en règle générale, mais plutôt de la langue littéraire. L'influence de l’hébreu et celle du grec familier ont dû contribuer toutes deux à la disparition du mode
1. Ce qui est dit ici de l'emploi du mode potentiel dans la proposition indépendante affirmative s'applique à son emploi dans les autres espèces de propositions (indépendantes interrogatives; dépendantes interrogatives, etc.).
potentiel, disparition qui forme une des caractéristiques de la langue du N.T.
43. Le mode potentiel est remplacé dans la proposition affirmative par différents tours.
a) L., XVI, 17 : εὐκοπώτερον δέ ἐστιν τὸν οὐρανὸν χαὶ τὴν γῆν παρελθεῖν ἡ τοῦ νόμου μίαν χερέαν πεσεῖν, — Ù ser ail plus facile... — J., VI, 7 : διχχοσίων δηναρίων ἄρτοι οὐχ ἀρχοῦσιν αὐτοῖς ἵνα ἕχαστος βραχὺ λάδη, — deux cents deniers de pain ne suffiraient pas... — Mat., XII, 38 : διδάσχαλε, θέλομεν ἀπὸ σοῦ σημεῖον ἰδεῖν, — NOUS VOUdrions voir.
δὴ R., V, 7: μόλις γὰρ ὑπὲρ δικαίου τις ἀποθανεῖται, à peine mourrait-on... — H., ΧΙ, 32 : ἐπιλείψει με γὰρ διηγούμενον ὁ χρόνος. --- Mat., XVI, 26: ΧΧΥ͂ῚΙ, 53; J., VI, 68; XIII, 37-38; R., ILL, 6.
c) Mat., XV, 5 : δῶρον ὃ ἐὰν ἐξ ἐμοῦ ὠφεληθῇς, je donne (au Temple) tout ce dont je pourrais (ou devrais) vous aider.
d) L'idée accessoire de pouvoir, souvent inhérente au verbe dans des exemples de ce genre, peut être exprimée (par δύναμαι, etc.).
44. Classiquement, « ὅρα μή (ou simplement μή) avec l'indicatif est une forme d’affirmation adoucie. » (CURTIUS, 533, ? Rem., et 518 bis, 2). On lit dans le N. T., L., XI, 35 : σκόπει οὖν μὴ τὸ φῶς τὸ ἐν σοὶ σχότος ἐστίν, peut-être ta lumière est-elle ténèbres (= vois donc si ta lumière ne serait pas ténèbres).
cet exemple de Luc paraît offrir une trace de l'usage classique.
45. L’affirmation positive ou négative est très souvent présentée dans le N. T. sous forme d'interrogation (53).
On trouve, sous forme de serment, l'affirmation positive et négative (197, et cf. 111, d).
46. La syntaxe des propositions indépendantes affirmatives offre les particularités suivantes :
4° Particularités de la langue familière du N. T.! : abandon de εἴθε, εἰ γάρ, ὥφελον, pour exprimer le souhait au mode irréel, 39, 3° — et emploi, dans le même cas, de ὄφελον invariable, 39, 39 — abandon de certaines expressions classiques pour le mode irréel, 40, b, d — abandon du mode potentiel, 41, 42 — remplacement du mode potentiel par les modes réel et éventuel, 43.
2e Particularités de la langue littéraire : exemple du mode potentiel, ΔΊ] — emploi de σχόπει un, affirmation adoucie, 44.
3° Particularités dues à linfluence de l’hébreu : le mode irréel est étranger au Juif, 40, e — il en est de même du mode potentiel, 41.
1. Nous entendons par là certaines expressions qui sont peu ou ne sont point usitées par les écrivains classiques, et d’un usage courant dans la langue du N.T. De plus, elles ne sont pas choisies et ne présentent pas un caractère littéraire.
Les particularités de la langue littéraire s'opposent aux précédentes.
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