‹ Etude sur le grec du Nouveau TestamentChapitre 32 sur 101 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Propositions indépendantes volitives, impératives ou jussives.

74. La proposition impérative ou jussive exprime l'ordre de faire ou de ne pas faire une chose, sous forme de commandement, de défense, de conseil, de prière, d'exhortation, etc.

L'acte est futur et éventuel. Les modes employés sont : l'impératif, le subjonctif, et l'indicatif futur. Ces trois modes s'emploient régulièrement dans le N. T. pour commander ou défendre. L'optatif se rencontre exceptionnellement.

L'impératif et le subjonctif prennent la négation ur; le futur prend οὐ.

L'impératif et le futur s'emploient pour commander et défendre ; le subjonctif (avec μή) pour défendre seulement.

L'impératif et le futur expriment l’ordre formel. Le subjonctif (avec μή) répond à notre locution : & ne faut pas que.

L'emploi régulier et ordinaire du futur pour exprimer l’ordre n’est pas classique.

72. Première personne. À la première personne il ne peut exister de commandement proprement dit.

Cependant la première personne du pluriel du subjonctif s'emploie avec une idée très voisine de celle de commandement, quand celui qui parle commande à d’autres de faire ce qu’il fait lui-même, Mat., XXVI, 46 : ἐγείρεσθε, ἄγωμεν. --- J., ΧΙ, 7 : λέγει τοῖς μαθηταῖς ἼΛγωμεν εἰς τὴν...

Elle s'emploie souvent au lieu de la deuvième personne de l'impératif ou du subjonctif, pour commander avec politesse ou ménagement (cf. GurrTius, 511, 1). Ainsi, 4 Co., X, 7-9 : μηδὲ εἰδωλολάτραι γίνεσθε χαθώς τινες αὐτῶν... μηδὲ πορνεύωμεν καθώς τινες αὐτῶν ἐπόρνευσαν... μηδὲ ἐχπειράζωμεν τὸν Ἰλύριον χαθώς τινες ἐπείρασαν... μηδὲ γογγύζετε χαθάπερ τινὲς αὐτῶν ἐγόγγυσαν.

73. Deuxième personne. a) Pour commander, on emploie la deuxième persoune de l'impératif, comme en grec classique :

PROPOSITIONS INDÉPENDANTES IMPÉRATIVES Οὐ JUSSIVES. 45

Mar., V, 19 : ὕπαγε εἰς τὸν οἶχόν σου πρὸς τοὺς σούς, καὶ ἀπάγγειλον αὐτοῖς ὅσα ὃ Κύριός σοι πεποίηχεν. --- Mat., IX, 6; X, 8-9.

b) Pour défendre, on emploie l'impératif présent ou le subjonctif aoriste avec μή, comme en grec classique :

Mar., V, 36 : μὴ 90605. — Mat., V, 42 : τῷ αἰτοῦντί σε δός, xat τὸν θέλοντα ἀπὸ σοῦ δανίσασθαι μὴ ἀποστραφῇς, et cf. L., VI, 30 : παντὶ αἰτοῦντί σε δίδου χαὶ ἀπὸ τοῦ αἴροντος τὰ σὰ μὴ ἀπαίτει, --- H., ΠῚ, 8 : μὴ σχληρύνητε (au subjonctif aoriste).

6) Les maximes générales demandent l'impératif présent (Cu- CUEL et RIEMANN, 94); c'est aussi l’usage dans le N.T., Μαί., V, 44; VI, 1,9, 16, etc.

4) On trouve l'impératif parfait : Α., XVI, 29; Mar., IV, 39. (Voy. 74.)

e) « Chez les poètes dramatiques, le futur indicatif et occasionnellement le subjonctif aoriste avec οὐ ur, à la deuxième personne, marquènt une défense forte.» (GODWIN, 297). Il en est de même dans le passage suivant du N.T., J., XIII, 8: λέγει αὐτῷ Πέτρος OÙ μὴ νίψης pou τοὺς πόδας εἰς τὸν αἰῶνα. (Pour cet emploi de où μή avec la deuxième personne, voy. 38 et 75).

74. Troisième personne. On emploie l'impératif présent et aoriste pour commander et défendre.

Mat., XVI, 24 : εἴ τις θέλει ὀπίσω μου ἐλθεῖν, ἀπαρνησάσθω ἑαυτὸν χαὶ ἀράτω τὸν σταυρὸν αὐτοῦ χαὶ ἀχολουθείτω μοι. — Mal., XXIV, 17: ὁ ἐπὶ τοῦ δώματος μὴ χαταθάτω. --- L., XXI, 21.

Les écrivains classiques emploient aussi le subjonctif aoriste ἃ ]a troisième personne pour défendre (CUCUBL οἱ RIEMANN, 94.) Cet emploi a été abandonné, semble-t-il, dans le N. T., où l’on n'en trouve que trois exemples, dans Paul :

2 Co., XI, 16 : μή τίς με δόξῃ ἄφρονα εἶναι. — 3 Th., 11, 3 : μή τις ὑμᾶς ἐξαπατήσῃ (et Cf. Eph., V, 6 : μηδεὶς ὑμᾶς ἀπατάτω). — 4 Co., XVI, 11.

Ces exemples sont un reste de l’usage de la langue littéraire.

On trouve un exernple de l'impératif parfait, L., XII, 35.

L'impératif parfait commande avec plus de force que l’impératif présent ou aoriste; celui qui parle demande non seulement l'acte, mais l'état durable résultant de l'acte. — L'impératif parfait est très rare ; cf. 73, d.

75. Le futur s'emploie régulièrement dans le N. T. pour exprimer l'ordre positif ou négatif.

Mat., XXI, 3 : καὶ ἐάν τις ὑμῖν εἴπη τι, ἐρεῖτε ὅτι..., et οἵ, Mar., XI, 8: καὶ ἐάν τις ὑμῖν εἴπη Τί ποιεῖτε τοῦτο; εἴπατε. --- Cf. L., X, 6 et Mat., X, 13.

Mat., V, 27 : où μοιχεύσεις, et cf. Mar., X, 19 : μὴ μοιχεύσης. —

Mat., XVI, 22 : ἵλεώς σοι, Κύριε" où μὴ ἔσται σοι τοῦτο (cf. 73, e). — Mat., VI, 5 : οὐχ ἔσεσθε ὡς οἱ ὑποχριταί, et cf. VI, 16 : μὴ γίνεσθε ὡς οἱ ὑποχριταί.

Classiquement, «un ordre peut être exprimé par le futur, une défense par οὐ et le futur, parce que l'idée d'exécution accompagne tout naturellement l'ordre ou la défense ». (Cur- Tius, 499, Rem. 1.) Le futur s'emploie ainsi à la deuxième personne (Kocx, 102, 1, Rem. I). Cependant le futur n'est pas le temps ordinaire pour exprimer l'ordre, dans la langue classique.

Dans le N. T., le futur s'emploie aussi bien que l'impéralif et le subjonctif; il s'emploie aux deuxième et troisième personnes; et il renforce l'idée de commandement. L'emploi ordinaire du futur, avec cette nuance de sens, est dû à l'influence de l’hébreu, dont les LXX réfléchissent l’usage :

Lév., XIX, 18 : ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν. — XVI, 29 : καὶ ἔσται τοῦτο ὑμῖν νόμιμον αἰώνιον. — 4 RÀ., IV, 9 : χραταιοῦσθε χαὶ γίνεσθε εἰς ἄνδρας, ἀλλόφυλοι..., καὶ ἔσεσθε εἰς ἄνδρας καὶ πολεμήσατε αὐτούς. (Pour ce mélange du futur et de l'impératif, cf. Mat., V, 44-48.) — Ex., XX, 3, 13-16. — (Cf. PRRISWERK, 479, 481, 486, 494.)

Pour des exemples de l'impératif dans les LXX, νου. 4 R., II, 3; Jér., IV,6 et 8; Prov., IV, 25, 27.

76. L'ordre peut être exprimé dans le N. T. par une proposition finale avec ἵνα, indépendante.

Eph., V, 33: ὑμεῖς οἱ καθ᾽ ἕνα ἕχαστος τὴν ἑαυτοῦ γυναῖχα οὕτως ἀγαπάτω ὡς ἕαυτόν᾽ ἣ δὲ γυνή, ἵνα φοθῆται τὸν ἄνδρα, cuant à la femme; qu’elle craigne son mari. — 2 Co., VIII, 7 : ἀλλ᾽ ὥσπερ ἐν παντὶ περισσεύετε, πίστει χαὶ λόγῳ χαὶ γνώσει χαὶ πάσῃ σπουδῇ χαὶ τῇ ἐξ ἡμῶν ἐν ἁμῖν ἀγάπη, ἵνα καὶ ἐν ταύτῃ τῇ χάριτι περισσεύητε. --- AD., XIV, 13 : ναί, λέγει τὸ πνεῦμα, ἵνα ἀναπαήσονται x τῶν χόπων αὐτῶν. (Pour le futur, cf. 150, 1° ; 153.)

Cet emploi indépendant de la proposition finale doit avoir deux causes. En premier lieu, les verbes qui expriment 16 désir, la volonté, sont régulièrement suivis de ἵνα en grec post-classique (146). En second lieu, la proposition principale se supprime facilement, et la proposition finale demeure seule (105 ; 161, c). Dès lors, la proposition finale a pu être considérée et employée comme une véritable proposition indépendante.

L'usage de la proposition finale indépendante, pour exprimer l'ordre, appartient à langue familière. Il existe dans les LXX ; 2 Mac., I, 9, à la fin d’une lettre : καὶ νῦν ἵνα ἄγητε τὰς ἡμέρας τῆς

σχηνοπηγίας, el maintenant célébrez la fèle... — Cf. Gen., XXXIII, 8; XLIV, 34 : ἵνα μὴ ἴδω, que je ne voie point. — Voy. So- PHOCLES, Sub verb. ἵνα, 8, où il renvoie à Epict., IV, 1, 142; IV, 1,4; ΠῚ, 4, 9, etc.

‘77. L'ordre est exprimé dans le N. T. par l'infinitif absolu et le participe absolu, R., III, 3-21 (cf. 13, c; 21, c). Mais un pareil emploi de ces modes est un hébraïsme ; voy. 247, 248: 341, 342.

2. Différents tours sont encore employés pour exprimer l'ordre :

a) L'ordre peut prendre la forme du souhait et s'exprimer par l’optatif, Mar., XI, 14; νου. 82, ὃ.

δὴ On trouve une fois la locution classique ὅρα ur (gardel'en bien), Ap., XXII, 8-9 : ἔπεσα προσχυνῆσαι ἔμπροσθεν τῶν ποδῶν τοῦ ἀγγέλου..., καὶ λέγει μοι Ὅρα μή᾽ σύνδουλός σού εἶμι...

c, L'ordre est exprimé parfois par la périphrase de θέλω avec l'infinitif, R., XI, 25 : οὐ γὰρ θέλω ὑμᾶς ἀγνοεῖν, sachez en effet. — Mar., VI, 25 : θέλω ἵνα ἐξαυτῆς δῷς μοι ἐπὶ πίναχι..., donne-moi à l'instant, et cf. Mat., XIV, 8 : δός μοι, φησίν, ὧδε ἐπὶ πίναχι...

d) La proposition déclarative interrogative est souvent employée pour exhorter avec impatience à faire ou à cesser telle ou telle chose (Currius, 518), J., VIII, 45-46 : ὅτι τὴν ἀλήθειαν λέγω, où πιστεύετέ μοι..., εἰ ἁλήθειαν λέγω, διὰ τί ὑμεῖς οὐ πιστεύετέ μοι; croyez-moi donc, puisque je dis la vérilé. — A., ΧΙΠ,10: ὦ πλήρης παντὸς δόλου..., οὐ παύσῃ διαστρέφων τὰς ὁδοὺς τοῦ Κυρίου; mais cesse donc de traverser les desseins de Dieu. — Dans les LXX ; Job, XVIII, 2; et νου. plus haut, 54, c.

e) L'ordre est exprimé par la périphrase formée d'un verbe circonstanciel, comme δεῖ, etc., et de l'iufinitif, 2 Tim., II, 24, etc.

La conclusion d'un raisonnement, indiquant ce qu'il faut faire, prend, soit la forme du commandement avec l'impératif, soit la forme de la proposition affirmative avec δεῖ, etc. ; 2 Tim., 1, 8: μὴ οὖν ἐπαισχυνθῇς τὸ μαρτύριον τοῦ Κυρίου ἡμῶν. — Α., XIX, 36 : ἀναντιρήτων οὖν ὄντων τούτων, δέον ἐστὶν ὑμᾶς χατεσταλμένους ὑπάρχειν χαὶ μηδὲν προπετὲς πράσσειν.

78. On ne trouve pas dans le N. T. les tours suivants, employés dans la langue classique : 1° le mode potentiel, qui sert à commander avec ménagement; 2° οὐκ ἂν φθάνοις avec le participe; 3° ὅπως, ὅπως μή avec l'indicatif futur. (CURTIUS, 518.)

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