‹ Etude sur le grec du Nouveau TestamentChapitre 6 sur 101 · E. Sornoczues, loc. cit · texte numérisé non relu

E. Sornoczues, loc. cit

INTRODUCTION. XIII

Nous distinguons la langue littéraire et la langue parlée ou familière. :

2° La langue commune, influencée par l’araméen, l'hébreu et le grec hébraïsaut des LXX, forme la langue judéo-grecque ou grec hébraïsant, employée par les Juifs hellénistes de la Palestine et de la Dispersion. Elle devient ensuite le grec judéo-chrélien.

Nous distinguons de même la langue littéraire, et la langue parlée ou familière.

3° Du grec post-classique parlé, mêlé de grec judéo-chrétien, provient la langue byzantine parlée, à côté de laquelle existe la langue byzantine littéraire. De la première est sorti le grec moderne. On voit que celui-ci, par ses origines les plus reculées, plonge jusque dans le grec post-classique des périodes alexandrine et gréco-romaine. (Voy. 285, et la note.)

Nature du grec post-classique et du grec hébraïisant!.

Le grec post-classique.

IX. — La langue commune est le grec que nous avons appelé post-classique; il succède au dialecte attique classique qui lui sert de base et en forme le fond. C'est au grec post-classique seul que l’on devrait appliquer le nom de langue grecque, c'est-à-dire de langue unique parlée par tous les Grecs indistinctement, par opposition aux divers dialectes employés auparavant par les diverses races helléniques.

Pendant les périodes alexandrine et gréco-romaine, le grec post-classique forme une langue internationale et universelle. Internationale : elle est en usage chez des peuples très diffé-

1. Nous empruntons une partie de ce qui suit à Sophocles, Hatch, et Simcox, dont les ouvrages sont cités à la fin de cette introduction.

XIV INTRODUCTION

rents et très éloignés les uns des autres, qui peuvent même n'être pas de race grecque. Universelle : elle s’étend à tout le monde gréco-oriental et gréco-romain, elle sert à tous, lettrés ou non; et à tout : littérature, science, arts, politique, commerce, affaires, conversation.

Le grec post-classique se divise en langue liftéraire et en langue parlée ou familière; la première, plus pure, plus châtiée, plus voisine du grec classique; la seconde, plus négligée, plus mêlée, mais plus originale et mieux caractérisée par 868 particularités.

Les caractères généraux du grec post-classique sont : la négligence des nuances et des finesses de la pensée et de l’expression, une tendance continuelle à la simplicité et à la clarté. Le grec devenant la langue universelle des affaires et de la propagande des idées, la clarté et la simplicité en sont les deux qualités les plus nécessaires. D'un autre côté, le grec post-classique est parlé par des peuples différents dans des

pays très éloignés, au lieu d'être cantonné, comme l'attique, ‘dans un coin de la Grèce. L'influence des rhéteurs et de leurs élèves ne peut s'exercer sur lui d’une manière dominante, comme elle l'a fait à Athènes sur le dialecte attique pendant la période classique. Rien n'est donc venu contrarier la tendance de la langue à dépouiller son caractère littéraire, synthétique et périodique, pour devenir familière, analytique et simple.

En devenant la langue universelle, le dialecte attique eut la gloire de refouler les dialectes rivaux dans quelques districts plus retirés, presque inaccessibles à son influence, et enfin la gloire de les supplanter entièrement. Mais il paya chèrement sa victoire.Ce qu'il gagnait en étendue, il le perdait en qualité. En passant par la bouche de tout le monde, il s’altérait et se détériorait,et à mesure qu'il s’éloignait de sa source, sa pureté originelle s’affaiblissait.

De plus, cette langue universelle est en même temps une langue vivante; une langue vivante subit par là-même un perpétuel changement par suite des influences qui agissent incessamment sur elle, soit du dedans, soit du dehors.

INTRODUCTION. XV

ΑἹ 1 existe dans toute langue vivante des causes intérieures qui dans le cours du temps produisent chez elle une évolution continue. Leur action sur le grec post-classique se révèle principalement par les phénomènes suivants :

4° La prononciation et l'orthographe de certains mots subissent des changements. Il se forme une foule de dérivés et de composés nouveaux sous l'influence des idées latentes du langage; de nonveaux substantifs se forment des verbes; de nouveaux verbes se forment des substantifs, etc. Les formes des mots tendent à s’assimiler, à s’abréger, à s’allonger. Certains mots, rares auparavant, deviennent fréquents, tandis que d’autres tendent à disparaître. Les mots et les expressions poétiques viennent enrichir la langue de la prose. Les formes intensives des mots perdent leur force et ont besoin d'être intensifiées de nouveau. Les formes grammaticales, les flexions nominales et verbales tendent à s’assimiler lorsqu'elles présentent quelque chose d’'analogue ou de semblable, au moins en apparence; elles tendent à l’unité et à l’uniformité, etc. — Exemples :

On dit ᾿ἸΙούλις — Ἰούλιος, Φιλημάτιν — Φιλημάτιον, ᾿Αρτεμώι — ᾿Αρτεμώ --Αὐάσχαντος, ἀθασχάντως, δίσχοραξ sont des composés et des dérivés nouveaux. — On dit : ἀγάπησις, ἀγάπημα, ἀγαπησμός et ἀγάπη; la première forme est peu classique; les trois autres ne le sont pas du tout. — ἀγαλλιῶ succède à ἀγάλλομαι, et ἀλήθω à ἀλῶ. — ὅπως cède la place à ἵνα, du moins dans le grec familier. On dit συντηρεῖν pour τηρεῖν, προαιρεῖσθαι POUT αἱρεῖσθαι, διαχατέχειν pour κατέχειν, προσαναφέρειν ῬΡΟῸΓ ἀναφέρειν. — On dit εἶπα, ἦλθα comme ἔλυσα; ἑόραχαν, ἐλήλυθαν, COMME ἔδωχαν et ἔλυσαν. — La forme en -τωσαν devient dominante à l'impératif. Etc.

2 Certains termes qui avaient un sens général en prennent un spécial ; pour d’autres, l'inverse se produit. Certains composés prennent une signification particulière qui ne correspond plus à leurs éléments composants. D'anciens sens se perdent, et de nouveaux sens s’attachent aux anciens mots. Les mots et les expressions qui avaient un sens métaphorique perdent leur force première, et le sens originel de la métaphore est oublié. Etc. — Exemples :

XVI INTRODUCTION

aôaoaviorws devrait signifier sans employer la question; il prend le sens de sans peine, facilement. — ἐπιτιμία, ne signifie plus droit de cité, mais pénalilé en général. — ἐπισχιάζειν ne signifie pas toujours couvrir d'ombre, comme le fait un nuage, mais aussi simplement s’élendre sur (L., 1. 35 : καὶ δύναμις Yhlorou ἐπισχιάσει σοι), — παραχαλεῖν prend le sens particulier de consoler. — προαιρεῖσθαι ne dit pas plus que αἱρεῖσθαι, ni διαχατέχειν que xaréyev. Etc.

3° De nouveaux rapports sont établis entre un mot et son complément et produisent de nouvelles constructions. La force du cas s’affaiblit, et le sens casuel a besoin d’être marqué plus clairement par une préposition. Avec les mots composés, la construction du complément change, parce que, la valeur de chacun des éléments composants étant oubliée, le mot composé est considéré comme un mot simple. Les constructions analogues ou équivalentes influent les unes sur les autres et amènent des changements dans l'emploi des particules qui les introduisent, dans celui des modes, dans les rapports des propositions entre elles. Certaines constructions tendent à disparaître, tandis que d’autres deviennent envahissantes. Etc. — Exemples :

χαταδιχάζείϊν, χαταθραθεύειν prennent l’accusatif de la personne, sans qu'il soit tenu aucun compte de χατά. — On dit : ἀγαναχτεῖν χατά τινος. — L'’optatif oblique disparaît de la langue familière. — Les verbes signifiant croire, ainsi que φημί, prennent la particule ὅτι comme les verbes signifiant déclarer. — La proposition finale avec ἵνα empiète considérablement sur les autres propositions, surtout dans la langue familière. — La particule ἄν devient particule de répétition indéterminée, même pour le passé et le présent, et oa pourra la rencontrer jointe aux temps passés et présent de l'indicatif, etc.

B) Les causes extérieures qui agissent sur une langue vivante varient suivant les temps et les lieux. Voici quelques-unes de celles qui ont exercé leur action sur le grec post-classique :

1° De nouvelles idées philosophiques, théologiques, scientifiques, etc., naissent sans cesse au sein d'une race d'aussi

INTRODUCTION. XVII

grande activité intellectuelle que l'était la race grecque. Les guerres, les conquêtes, les révolutions, le développement naturel de la civilisation changent les conditions de la vie privée, sociale, politique. Les relations internationales, plus fréquentes, plus faciles et plus variées amènent un échange d'idées de toute espèce, etc.

2° La nature physique et les conditions de la vie varient avec chaque pays et se reflètent dans la langue ; de là de nou- . velles idées, de nouvelles métaphores, et par suite de nouvelles expressions, qui contribuent à altérer la couleur originelle de l'attique.

3° Les orateurs, les écrivains, tous les hommes lettrés, élevés dans un pays parlant un dialecte grec différent de l'attique, et surtout parlant une langue non grecque, « tendaient naturellement à mélanger leur grec de tours tirés de leur idiôme local; ils évitaient en même temps tout ce quileur semblait devoir embarrasser un auditeur ou un lecteur peu familier avec les finesses du dialecte attique‘ ». Ce qui contribue à faire disparaître de la langue commune les atticismes de la langue littéraire, les atticismes de pensée et d’expression.

4 Déjà, à la fin de la période classique, se manifestait une certaine tendance à modifier l'orthographe, la prononciation, la forme et le seus des mots; et nous avons vu, en étudiant les causes intérieures, quels avaient été les effets de cette tendance; elle s'accroît avec la distance et s'exerce en toute liberté loin de l'Altique. |

5° En s'établissant chez des races grecques parlant des dialectes différents, le dialecte attique se charge de termes et d'expressions pris dans ces dialectes qui le marquent de leur empreinte avant de disparaître.

6° Quoique ce fût le même attique qui fut écrit et parlé partout, cet attique pouvait prendre dans chaque pays qui l’adoptait quelques particularités locales. Ce fait se produisit même

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